Vannes, 1892

Concours musical

Après Saint-Brieuc en 1881 et Paris en 1889, la ville de Vannes décide d’organiser un concours biniou dans le cadre d’une Exposition industrielle, artistique, agricole, horticole et maritime. L’idée d’organiser ce concours revient à l’archéologue Jérôme Le Brigand de Pontivy (1).

Participation

Le journal Le Morbihannais annonce la présence de 30 couples de sonneurs dans son édition du 2 juillet qui deviennent 42 couples à l’annonce des résultats dans son édition du 5 juillet. Trois jours plus tard, c’est la participation de plus de 60 couples qu’annonce Le Progrès du Morbihan. La Croix du Morbihan dans son édition du 9 juillet annonce « 44 sonneries » (couples), Le Démocrate et Le Nouvelliste du 7 juillet publient un nombre identique de « 128 sonneurs« . Difficile donc de savoir le nombre exact de participants à ce concours, entre 40 et 60 couples, d’autant plus que les résultats sont aussi imprécis. Le nombre de 60 couples (120 sonneurs) est très probable ce qui en fait le plus important des concours de sonneurs jamais organisé.

Les membres du jury :
MM. de Limur père (président), de Gourdon (vice-président), Le Pallec (secrétaire), de Kerlinou, Jérôme, Henry, Le Brigand, Agier, Le Floch, Lassus, Laumonier, Roumanec (1).
Limur père : il s’agit vraisemblablement de Michel Louis de Limur (1817-1901) conseiller général du Morbihan, peintre, minéralogiste….
de Gourdon : Comte Eugène de Gourdon
de Kerlinou : Eugène Le Gall de Kerlinou (1850-1907), journaliste écrivain, président de la Société Polymathique du Morbihan.
Jérôme Le Brigand (1846-1919) : Conseiller Municipal de Pontivy, archéologue autodidacte, négociant, Membre de la société polymathique du Morbihan, créateur d’un éphémère Musée Breton dans sa ville de Pontivy.
Agier : Henri Agier, sous-chef de musique au 116e d’Infanterie de Vannes, originaire du Gard.
Paul de Lassus : Rédacteur en chef du journal Le Morbihannais
Laumonier : il s’agit d’Ernest Laumonier (1851-1920) peintre verrier de Vannes.
Roumanec : François-Louis Rodallec (1849-1935) directeur d’école et secrétaire de mairie à Scaër, précurseur, il est le premier à s’intéresser à la lutte bretonne qu’il commence à codifier, musicien il fonde la première Musique Municipale de Scaër en 1895, il est aussi l’un des premiers à collecter des airs directement auprès des sonneurs. Il existe un manuscrit, toujours inédit de ses collectages.

Un jury composé de notables et d’érudits de la région, dans lequel on note la présence d’au moins deux musiciens mais, à la grande différence avec aujourd’hui, l’absence de sonneurs est à remarquer.

Le programme présente les sonneurs par commune, ce qui pose des questions : commune de résidence ou de naissance, commune du sonneur de biniou ou de bombarde ? Le programme fait aussi mention de « sonnerie« , pour couple de sonneurs, chaque « sonnerie » ayant une bannière au nom de sa commune. Les organisateurs cherchent à faire s’opposer les communes, les départements, Vannetais contre Cornouaillais, plus que les concurrents entre eux. Si les concours de sonneurs vont rapidement se multiplier, cette idée  de présenter les concurrents par commune ne fera pas date.

Liste des 43 communes représentés d’après la presse :
Morbihan – Auray, Baden, Baud, Berric, Bignan, Brandivy, Brech, Bubry, Colpo, Crach, Elven, Grandchamp, Guiscriff, Locqueltas, Landaul, La Chapelle-Neuve, Locmaria-Grandchamp, Melrand, Meucon, Monterblanc, Moustoir-Ac, Muzillac, Naizin, Noyal-Pontivy, Plescop, Ploeren, Plouay, Plougoumelen, Plouharmel, Pluméliau, Plumelin, Plumergat, Pluvigner, Pontivy, Saint-Barthelemy, Saint-Jean-Brévaly, Theix, Tréffléan, Vannes.
Finistère – Bannalec, Quimperlé, Scaër.

Déroulement

Le programme du concours annonce :
Dimanche 3 juillet – Concours de binious et bombardes.
Chaque sonnerie Biniou et Bombarde concours à divers prix.
1er prix : 50 f. ; – 2e prix : 40 f. ; – 3e prix : 30 f. ; – 4e prix : 20 f.
De plus chaque sonnerie inscrite non primée recevra 10 francs comme gratification, et chaque commune représentée, une bannière à son nom qui sera portée par un jeune garçon du pays et appartiendra à la commune. Tout le monde devra être autant que possible en costume breton.
A 10h1/2 réception des binious et bombardes à la gare, distribution des rubans.
A 11 heures, distribution des bannières à chaque commune, place de l’Hôtel-de-Ville.
A 2 heures, binious et bombardes sur la Rabine [nom de l’esplanade au pied des remparts de la ville]
A 3 heures, Grand concours de l’exposition
A 4h1/2 récompense 
(Le Morbihannais, 23 juin 1892)

Si l’on suit ce programme, une question ce pose, comment faire passer 40 à 60 couples de sonneurs en 2h30 ? Avec en plus un deuxième passage pour 12 couples. Ce qui ferait en prenant une participation de 40 couples, un passage toutes les trois minutes ou un passage toutes les deux minutes avec un participation de 60 couples. Il semble à la lecture des nombreux compte rendus de presse, que l’horaire ait été respecté, aucun ne note un retard. Même dans l’hypothèse la plus basse chaque couple n’aurait donc eu qu’environ deux minutes pour développer leur musique. Ce rythme effréné de passage n’a pu que valoriser la virtuosité, la rapidité de chaque exécutant au détriment d’un développement musical plus mélodique.

Classement :
Quatre prix étaient prévus au programme, voici les noms des communes victorieuses :
1er prix : 50 fr. Jérôme (l’aveugle) et Boulic, Scaër (Finistère)
2e prix : 40 fr. Lorcy et Martin, Pontivy (Morbihan)
3e prix : 30 fr. Corroler et Justhomme, Scaër (Finistère)
4e prix : 20 fr. Danilo et Le Pallec, Plumelin (Morbihan)
Vu la valeur exceptionnelle des concurrents, les membres du jury se sont entendus pour offrir un prix supplémentaire, ce qui a porté le nombre des prix à cinq.
5e prix : 10 fr. Salaün, Bannalec (Finistère)
M. Riou maire, a offert un prix de 20 francs aux sonneurs de la commune de Vannes.
(Le Morbihannais, 23 juin 1892)

Au premier passage il est demandé aux sonneurs de « jouer un air breton à leurs choix« . Un deuxième passage est demandé à 12 couples pour les départager, cette fois il leur est demandé de jouer « l’ann hini gos« . Les sonneries de Bannalec et Plumelin refont un 3e passage devant le jury pour le classement final.
Les sommes remis en prix ne sont pas négligeables, entre 50 fr. et 10 fr. en comparant avec une journée de travail qui est rémunérée entre 1,50 fr. et 2 fr.

Les sonneurs ont tous approuvé les décisions du Jury et proclament hautement leur impartialité. Ils ont pris l’argent, mais ils préféraient de beaucoup leurs bannières. (L’Avenir du Morbihan, 6 juillet 1892)

La presse locale publie seulement quelques noms de participants :
Baud : Le Tutour et Le Gouas
Pluméliau : Le Villio et Lestrat
Noyal-Pontivy : Tanguy et Tulzo
Guiscriff : Le Bihan frères
Plumelin : Guyot et Le Paih
(Journal de Pontivy, 10 juillet 1892)

Petit-Breton1940

Le Petit Breton du 3 mars 1940

Boulic : François Boulic (1848 Scaër – 1911)  surnommé : Boulig Koz
Corroler : Yves Coroller (1881-1948) aveugle du bourg de Bannalec
Danilo : S’agit-il d’un Denis Danilo ?
Guyot : S’agit-il de Pierre Guyot d’Elven ?
Jérôme (l’aveugle) : Jérôme Le Bihan (Melgven 1855- 1917 Rosporden) aveugle, surnommé Dall Rosporden (2).
Justhomme : ou Justomme, plus vraissemblablement Justom sonneur du Morbihan non identifié.
Lorcy : Mathurin Le Norcy (1862 Noyal-Pontivy – 1915 Naizin) (3)
Martin : Joseph Martin (18??-19??) menuisier à Pontivy  (3)
Le Bihan : Louis Le Bihan (1863-1906) tisserand et cabaretier et son frère Maurice (1866-1932) de Guiscriff
Le Gouas : Sonneur à identifier
Le Paih : s’agit-il de Joachim Le Paih de Plumelin ?
Le Pallec : Sans doute Vincent Le Pallec de Plumelin ?
Le Stat : Jean-Marie Le Strat (1861Pluméliau -1940 Pluméliau)
Le Tutour : Sonneur à identifier
Le Villio : Jean-Marie Le Villio (1859-1923) sabotier au bourg de Pluméliau
Tulzo : Julien Le Tulzo (1867-1934) de Noyal-Pontivy
Norcy-Martin

Le couple de concurrents : Mathurin Le Norcy à la bombarde et Job Martin au biniou (3)

(1) Le progrès du Morbihan, 6 juillet 1892.
(2) Postic (Fañch), Jérôme Le Bihan un héritier de Matilin an Dall, Musique Bretonne, n°191, Juillet 2005, pp. 22-25. et Loti en Bretagne, Skol Vreih, n°63, 2009, pp. 31-34.
(3) Musique bretonne, n°82, 06/1988, p. 16
(2) Caprice-Revue, n° 122, 26 juin 1892, p. 2.

Le concours en photos
Elles sont de Paul Lancrenon et conservées à la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine. Je n’ai pas réussi à identifier plus précisément ce photographe, participe-t-il au concours photographique qui est aussi organisé cette journée, ou un simple touriste ? Les photos ne sont pas d’une grande qualité artistique, le photographe semble être intrigué plus par les costumes que par les musiciens.
Binious-Vannes

Quatre sonneurs, un biniou qui visiblement ne joue pas, la poche n’est pas gonflée, et deux bombardes, dommage que le quatrième à droite soit mal cadré.

Bubry-Vannes-1892-2

Devant la bannière de Bubry deux personnages posent pour le photographe, on aperçoit dans la main de celui de gauche une bombarde. Dans le fond d’autres bannières avec plusieurs sonneurs.

Bubry.Vannes-1892

Toujours devant la bannière de Bubry, le même groupe de concurrents.

Binious-Vannes-1892
Pontivy-Vannes-1892-jpg

Devant la bannière de Pontivy, un groupe de sonneurs posent, sur le côté l’exposition agricole.

Une réflexion sur “Vannes, 1892

  1. Il me semble que la dépêche de Brest en aout 1895 évoque un défilé des concurrents avec des bannières représentant les communes. Il se pourrait que ce soient les mêmes? A vérifier

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