Tragique accident à Carhaix

Carhaix

   Le 6 juin 1911 un accident cause le décès d’un sonneur au cours d’une noce à Carhaix. Le tragique fait divers, est repris par la presse parisienne. Le Petit Journal en fait même sa une avec illustration.

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Illustration de la dernière page du « Petit Journal » du dimanche 26 juin 1911

Tragique-Accident-Carhaix

L’illustration est très éloignée de la réalité, les deux sonneurs et les gens de la noce, sont représentés en costumes glazik, de même que l’on peut reconnaitre la rue Kéréon de Quimper, avec en fond la cathédrale Saint-Corentin.

  Plusieurs titres de la presse parisienne annoncent l’accident, comme La Croix (10/06/1911) qui précise même que c’est un camion chargé de beurre qui écrase le sonneur. Nous en savons un peu plus sur ce fait divers grâce à la presse locale qui est plus précise :

AR-BOBL-DU-SAMEDI-03-AU-SAMEDI-24-JUIN-1911

   Coupure de presse extraite du journal carhaisien Ar Bobl du 10 juin 1911.

Le Courrier du Finistère du 10 juin 1911 : « Accident au cour d’une noce – Mardi, une noce conduite par les binious bien connus Le Lay et Léon, descendait l’avenue de la Gare. Tout à coup, une voiture de camionnage arriva au grand trot. Le cocher, M. Baron, n’ayant pas réussi à arrêter son attelage à temps, un timon de sa voiture renversa le sonneur Le Lay, qui roula sous le lourd véhicule. Il a une jambe écrasée et se plaint de douleurs internes. Des soins lui ont été immédiatement prodigues par M. le docteur Marchais. Le malheureux a été transporté d’urgence à l’hospice. Mercredi, dans la soirée, il mourait. Il laisse une veuve et sept enfants. »
Il se raconte même que c’est en voulant ramasser le chapeau de paille de son compère qui c’était envolé, que le sonneur se fait écraser.

L’acte de décès du sonneur accidenté est enregistré à Carhaix, il indique que Jean-Louis Le Lay est décédé le 6 juin 1911.
Qui était Jean-Louis Le Lay ?
Il est né 15 novembre 1858 à Priziac, de père inconnu, il devient Le Lay au mariage de sa mère en 1860 avec Le Lay Joseph (1830-1902). La famille est très pauvre, les parents sont mendiants toutes leurs vies. Jean-Louis déclare lui la profession de tailleur à son mariage en 1885, c’est la profession de ses beaux-parents. Toute la famille vit à Botqueven en Priziac, situé entre Le Faouet et Priziac. Son décès par accident à Carhaix marque toute la ville, l’écrivain et militant carhaisien Taldir Jaffrennou compose le soir même ce poème :

Le sonneur de biniou Fanch Le Lay
 Le sonneur Fanch Le lay, en Cornouaille et en Vannes
 à chaque fête et noce avait coutume de se rendre.
 Il n’avait encore que quinze ans, qu’à la noce de ma mère
 son biniou retentissait près de la bombarde de Bidan
 au village du Hellouët, en la paroisse de Bolazec
 Son pipeau appela alors à la danse ;
 Quand il soufflait à perdre haleine sans son outre gonflée à craquée
 Les gens, vieux et jeunes, se hâtaient frémissants.
  
 Souffle donc, Sonneur
 Dans ton outre de cuir ;
 Sonne et sonne encore
 Jusqu’à demain,
 Aux amours
 Sonne toujours !
  
 Le fils né des époux du Hellaouêt
 rencontra un jour le sonneur du Faouët.
 « Viens sonner, bon sonneur, au congrès de l’Armor ! »
 et la renommée du Sonneur s’accrut
 et son pipeau merveilleux appela au combat 
 les enfants de Bretagne en Argoat
 et l’on vit les Bardes de notre génération
 Le Lay à leur tête, par toutes les villes du pays.
  
 Souffle donc, Sonneur
 Dans ton outre de cuir ;
 Sonne et sonne encore
 Jusqu’à demain,
 A la Petite Bretagne
 Sonne sans repos
  
 Quand Fanch Le Lay revêtait son costume brodé
 et sas braies de toile, qu’il était beau à voir !
 Ses yeux de goémon vert, au dessus de son nez d’épervier
 donnaient à sa physionomie un air de douceur et de gaieté.
 Quand il marchait droit et raide, à la tête des foules
 de son outre éclataient vibrante les notes
 et vous auriez cru ouïr l’appel des vieux celtes
 quand le bourdon, comme un airain, grondait sur son épaule.
  
 Souffle donc, Sonneur
 Dans ton outre de cuir ;
 Sonne et sonne encore
 Jusqu’à demain,
 Tant que tu pourras,
 Sonne hardiment !
  
 Un jour, le Sonneur fut invité à jouer
 en la cité de Carhaix, pour la « fête du bouquet ».
 Le petit Vénète, en tête de la noce,
 était parvenu en face de ma maison
 son biniou attaquait la marche « Bretagne à jamais »
 lorsque survint un chariot prompt comme l’éclair
 qui renversa et écrasa le bon sonneur du Faouët
 devant la demeure de celui qui naquit des épousailles de Hellouët
  
 Souffle donc, Sonneur
 Dans ton outre de cuir ;
 Pour égayer
 Les Trépassés,
 Le jour, la nuit,
 Au paradis !
  
 Taldir JAFFRENNOU – 6 juin 1911

Cette élégie au sonneur disparu, nous apporte quelques renseignements, mais pose aussi plusieurs questions :
– Étrangement, Jaffrennou, qui pourtant connait le sonneur, le nomme Fanch [François en breton], alors que son prénom est Jean-Louis. Jean-Louis a frère prénommé François qui est né en 1861 à Priziac, il est très possible qu’il soit lui aussi sonneur. Ce poème est écrit le jour même du décès du sonneur, aurait-il confondu les deux frères ?
– Selon Taldir, Fanch Le Lay et Bidan sonnent à la noce de ses parents. Cette noce à eu lieu le 14 juin 1875 à Bolazec où le père Claude Jaffrennou épouse Anne Ropars. Si Jean-Louis Le Lay sonne effectivement à cette noce il avait 17 ans.

On retrouve la trace de ou des Le Lay dans de nombreux concours de sonneurs, avec différent compère, mais s’agit-il toujours du même sonneur ?
1894 – classé 1er à Pontivy avec Le Borgne
1895 – classé 7e à Brest avec Rivoal
1895 – classé 2e à Vannes avec Hervet
1901 – Présent au concours de Quimperlé
1904 – Prénommé Jean – classé 3e à Gourin avec Cotillec
1904 – Prénommé Michel – classé 2e à Gourin avec Harscouet
1906 – Fête bretonne Dinard avec François Léon
1907 – classé 1er à Rostrenen URB avec Le Bihan

Après 1911, date de l’accident de Carhaix, on retrouve aussi
1913 – classé 4e à Brest avec Léon
1923 – classé 2e à Plouay avec Le Breton

Le 28 octobre 1911, 5 mois après l’accident, le journal l’Ouest-Eclair, rend compte d’une grande noce à Plounevezel, animée par François Léon à la bombarde et Jean Le Lay au biniou. Il ne fait donc aucun doute qu’il y a eu plusieurs sonneurs au nom de Le Lay, soit François le frère de Jean-Louis, soit un de ses enfants, affaire à suivre …

Leon-LeLay  Les livres d’histoire de la musique bretonne présente ce couple de sonneur comme les sonneurs de cette dramatique noce de Carhaix avec : François Léon (1871-1941) à la bombarde et Jean-Louis Le Lay (1858-1911) au biniou. Mais s’agit-il vraiment de Jean-Louis au biniou ?

Le-LayAvec ou sans pipe, mais toujours au biniou

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2 réflexions sur “Tragique accident à Carhaix

  1. Le couple Le Borgne- Le Lay a donc remporté un concours à Pontivy en 1884 ? Je n’avais pas trouvé trace de ce concours. Auriez-vous connaissance du palmarès complet ?

    • Merci pour votre message qui me permet de corriger une erreur. Il s’agit du concours de 1894 à Pontivy avec comme résultat : 1 ex Le Borgne (Gourin) & Le Lay (Faouet) ; 1 ex Le Norcy & Martin (Pontivy) ; 1 ex Le Pallec (St Gérand) & Le Tulzo (Noyal-Pontivy) ; 2e Cadoux Mathurin & Cadoux François de St Thuriau
      Kristian Morvan

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