Quimper, 1908

Un concours de biniou à Quimper en 1908

En octobre 1908 la ville de Quimper organise en grande pompe l’inauguration d’un monument « aux morts pour la patrie » suite à la guerre de 1870 et à la mémoire du Maréchal de la Tour d’Auvergne (1743-1800), premier grenadier des armées françaises.
Quimper 1908

Discours des autorités et réceptions sont bien sûr au programme, mais l’inauguration comprend aussi une partie plus festive avec un tournoi de lutte, un concours de danses et de biniou.

Une série de cartes postales marquées E. L. D. et, le classement du concours publié dans la presse locale nous permet aujourd’hui l’identification des concurrents.  Sur 8 couples classés (15 concurrents), je possède pour le moment les vues de 5 couples. Il ne reste plus qu’à remettre le tout dans l’ordre.

1er – Boulic & Coroller de Scaër, 50 fr.
2e – Bodivit & Guéguen de Quimper, 40 fr.
3e – Guéguen de Plozévet & Kerloch de Plouhinec, 30 fr.
4e – Mocaër & Gourlaouic de Rosnoën, 20 fr.
5e – Gaillard & Lalaison de Quimper, 10 fr.
6e – Hémidy père & fils, d’Ergué-Gabéric, 10 fr.
7e – Volant de Plonéour & Y. Boissel de Tréogat, 10 fr. (selon le Courrier du Finistère) / Rolland (François) & Boissel (selon Ouest-Éclair qui me parait erroné)
8e – Marot de Juch & Le Hénaff de Goulezien / Goulizon / Goullen suivant les titres
Le jury : MM. Bodereau, Le Rodallec de Scaër, F. Le Guyader, Le Fèvre, Denic, Corre.


1er prix :
505

Boulic : François Boulic (1848 Scaër – 1911 Kernevel), un habitué des concours, vainqueur à Vannes en1892 et à Brest en 1895, surnommé : Boulig Koz
Coroller : Yves Coroller (1881-1948) aveugle du bourg de Bannalec


2e prix :

Sans titre
Bodivit : sans doute Louis-Noël Bodivit (1848-19??) cultivateur à Gouesnarch, biniou
Guéguen de Plozevet : s’agit-il d’Alain-Pierre Guéguen (1845 Pont-l’Abbé – 1909) bombarde, surnommé : Penn ar pont ? Guéguen, passe deux fois, il est classé à la 2e et 3e place.


3e prix :
Guéguen de Plozevet : s’agit-il d’Alain-Pierre Guéguen (1845 Pont-l’Abbé – 1909) bombarde, surnommé : Penn ar pont ? Guéguen, passe deux fois, il est classé à la 2e et 3e place.
Kerloch de Plouhinec (29) : un des deux frères Kerloch. S’agit-il de Jean Kerloch (1875 – 1960) aveugle, surnommé : Yann Dall ou François Kerloch (1876 – 19??) ?


4e prix :
502
Mocaer : Non identifié, 41e au concours de Brest en 1895, sonnait avec un nommé Menez.
Gourlaouic : Non identifié, sonneur de Rosnoen ou du Faou ?


5e prix :
L’équipe locale :
Gaillard : François Gaillard (1876-1922) de Quimper
Lalaison : Pierre Lalaizon (1842-1927) de Quimper

Une « gavotte jouée par François Gaillard joueur de bombarde à Ergué-Armel » a été collectée par Henri Guillerm (1872-1932) dans Recueil de Mélodies Bretonnes, sd [1908]

Polig Monjarret (1920-2003), publie dans Toniou Breiz-Izel en 1984, page XXVII une version du célèbre An hini goz jouée en gavotte par Gaillard sonneur de Quimper, sans mentionner sa source.


6e prix :
506
Hémidy père : François Hémidy (1850-19??) tisserand à Garsalec en Ergué-Gabéric au biniou
Hémidy fils : Joseph Hémidy (1883-1929) à la bombarde
Pour en savoir plus sur les Hémidy : Le Grand Terrier


7e prix :
507
Volant : François Volant (1862 Ploneour-Lanvern – 19??) bombarde, tailleur
Y. Boissel : Yves Boissel au biniou


8e prix :
Marot de Juch : Jean Marrot (1867-1936), cultivateur au Juch, biniou
Le Hénaff de Goulezien / Goulizon / Goullen suivant les titres : Sonneur non identifié précisément les Le Hénaff sont une famille de sonneur du pays bigouden.


Les membres du jury :
François Rodallec (1849-1935) : Instituteur à Scaër, c’est un habitué des jurys de concours de biniou : Vannes en 1892 et Brest en 1895. Frédéric Le Guyader (1847-1926), écrivain, il vit à Quimper. les autres : Bodereau, Le Fèvre, Denic, Corre me sont inconnus.


Les quinze concurrents posent pour le photographe d’E.L.D.

501

504

La même scène mais cette fois par Villard photographe quimperois :

6876

La série de cartes postales E. L. D. porte comme titre « En Bretagne » et inclut à ma connaissance, les n° suivants : n° 497 (Les luttes), comme le 496 sur le même sujet, il y avait bien au programme une épreuve de lutte, ainsi que les n° 501 (Les sonneurs réunis) – 502 (Sonneurs de Rosnoen) – 503 (Sonneurs de Pont-l’Abbé) – 504 (sonneurs réunis) – 505 (Sonneurs de Scaër – 1er prix) – 506 (Sonneurs d’Ergué-Gaberic) – 507 (Sonneurs de Plonéour et Tréogat).

497

A priori, il me manque les n° 498, 499 et 500 qui doivent concerner aussi cette fête quimpéroise. De même que je ne sais pas qu’elles sont les numéros de début et de fin de cette série. Si tous les concurrents ont été photographiés, ce qui est très probable, par E.L.D. les cartes manquantes sont à trouver…

Les cartes de la collections Villard photographe de Quimper, n’ont pas une numérotation constante, le même n° étant réutilisé sur d’autres sujets, impossible donc de suivre la numérotation.


CMCB 322

Cette vue, à pour moi été prise a l’occasion de ce concours de 1908 à Quimper. On reconnait la place, avec le public et la rangée d’arbres derrière, les sonneurs restent à identifier.

Quimper 1908 programme

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Facture Jacob 1939

Facture Jacob de 1939

 

Facture manuscrite, datant de 1939,  de Pierre Jacob (1896-1954), qui est installé comme tourneur à la Tournerie de Pont-Aven depuis les années 1920. Pierre Jacob est le fils de Jean-Pierre Jacob (1865-1919) célèbre fabriquant de biniou de Keryado. Cette facture nous montre qu’il continue l’activité familiale en réalisant des instruments bretons jusque dans les années 1940.

En 1937, l’écrivain quimperois Charles Chassé (1883-1965) notait : « de beaux binious, aux bois de buis ou d’ébène, sont l’œuvre du tourneur Jacob de Pont-Aven » dans le journal La Dépêche de Brest.

Le prix de 700 fr. en 1939 est à comparer avec un couple (biniou + bombarde) « type Jacob » tel qu’il s’en commercialise aujourd’hui.

Tournerie - La Dépèche de Brest 2-03-1922

La Dépêche de Brest, 02/03/1922

Bernard Émile (1868-1941)

Étude de bretonnes ou la Ronde bretonne

Emile Bernard (1868-1941) Etude de Bretonnes, vers 1888, Huile sur toile, 81 x 54 cm, Dépôt du musée d’Orsay au musée des beaux-arts de Quimper

Huile sur toile, 81 x 54 cm, Dépôt du musée d’Orsay au musée des beaux-arts de Quimper © musée des beaux-arts de Quimper

Cette célèbre toile d’Émile Bernard, datée entre 1888 et 1890, symbolise l’école de Pont-Aven, dans son agencement de trois plans successif, cassant les codes du classicisme.

Sonneur de pont-Aven 1892

« Le sonneur de Pont-Aven 1892 » aquarelle et fusain, 29.5×19 cm

 

Cornemuses au front 14-18

La Cabrette

Faible

S’agit-il du 139e RI d’Aurillac avec son cabretaire ?

Cabrette

Au front, les poilus manquent de tout : de vivres, des nouvelles de leurs proches, entre autres. Les Auvergnats, eux, souffrent aussi du manque de leur instrument fétiche : la cabrette. Un régiment d’Auvergnats s’en feraient envoyer une, pour remonter le moral des troupes ( à droite sur la photo). © André Ricros [La Montagne, 11 novembre 2018]

Les soldats bretons ne seront pas les seuls à réclamer leurs instruments favoris afin d’agrémenter les quelques moments de repos pendant la Grande Guerre. En septembre 1915, un capitaine du 16e Régiment d’Artillerie, régiment basé à Issoire en Auvergne, écrit au journal Le Figaro :

« Parmi les instruments qu’on vous demande, ou qu’on pourrait vous demander, il y en a un tout à fait spécial et local, il est vrai dont je n’entends jamais parler et qui ferait tant de plaisir à mes braves poilus, tous originaires des quatre provinces de l’Auvergne la Loupiasie, la Fouchtrasie la Bouniasie et la Bougrasie !… Cet instrument s’appelle une musette d’Auvergne, ou plutôt une chabrette. Il ne serait pas difficile d’en trouver dans les parages de la Roquette, rue de Lappe. Tous mes solides et braves gaillards sont très amateurs des airs de bourrée qu’ils dansent avec grâce et légèreté, entre deux bombardements.(1) »

Émile Berr, journaliste au Figaro, se met en quête de l’instrument :

« Pour l’avoir, c’est, en effet, rue de Lappe qu’il fallait se renseigner. La rue de Lappe, c’est un morceau d’Aurillac ou du vieux Clermont-Ferrand transporté à cent mètres de la place de la Bastille. […] Et naturellement il y à dans la rue de Lappe un « bal musette » où l’on vient danser la bourrée. Le joueur de musette ou de biniou disons de chabrette pour être Auvergnat tout à fait est mécanicien dans un grand journal illustré; mais tous les soirs il revient au pays, c’est-à-dire à sa chabrette et à son accordéon, et fait danser les camarades ou bien, enfermé dans son étroit logis d’ouvrir bien sage, rue du Chemin-Vert, entre sa femme et sa petite fille, il travaille; il construit des musettes, et voici ce qui est merveilleux il en vend Et dans cette chambre d’ouvrier de Paris, on est stupéfait de trouver l’outillage tout neuf du joueur de bourrées, la ceinture à soufflet, les anches, le sac à air en velours frappé, les flûtes… flûtes en ivoire, en ébène rehaussé d’argent, en gros bois simple et nu de chabrettiste pauvre. Elles sont toutes là, couchées pêle-mêle dans la grande boite où l’Auvergnat déraciné vient choisir sa musette. J’ai choisi la nôtre. Elle partira tout à l’heure pour le front et demain, c’est au son de la chabrette et du canon que les gaillards du 16e d’artillerie danseront la bourrée.(1) »

Dix jours plus tard les lecteurs du Figaro sont avertis que le précieux instrument est bien arrivé. La « chabrette » trouve rapidement son chabrettaire et le capitaine remercie le journal de son envoi :

« Les Auvergnats dansent !
Une compagnie du 16e d’artillerie – régiment d’Auvergne – voulait danser la bourrée en musique, et demandait une « chabrette » ; autrement dit, une musette ; ou, si l’on veut, un biniou. Nous avons envoyé l’instrument ; et voici l’accusé de réception du capitaine : Aux. Armées, le 24 septembre 1915. « Monsieur, J’étais, en mission à l’arrivée de votre lettre et du colis contenant la « chabrette » tant désirée. Je ne sais comment m’exprimer pour adresser au Figaro les remerciements de tous nos braves et vaillants Auvergnats et vous dépeindre la joie qu’ils ont éprouvée à la vue de cette chabrette et de tous ses accessoires neufs et brillants. Le deuxième canonnier-conducteur Cantuel, un « cabrettaïre » de Salers (Cantal), s’en est emparé ; dès les premiers airs, tous niés poilus accoururent de toutes parts, et, à l’ébahissement des gens du pays, ils dansèrent par couples une bourrée en règle, qu’ils terminèrent par un «iou» formidable et des acclamations à l’adresse du Figaro. Si vous aviez pu assister à ce début de la chabrette dans le département de…, je suis sur, monsieur, que vous auriez été heureux de vous rendre compte de la joie et du plaisir que vous avez procurés à ces braves gens. Une grosse larme perlait par-ci par-là sur dés poils de barbe hirsute… léger et passager attendrissement au souvenir de leur Auvergne, de leurs montagnes qu’ils ont quittées depuis quatorze mois, et où beaucoup ne sont pas retournés depuis ; ils revoyaient parla pensée le jour heureux de leur mariage, les cabrettaïres munis de leurs instruments ornés de longs rubans de soie pour la circonstance, précédant la jeune mariée et les invités, annonçant à tous les échos l’hymen des jeunes époux… C’est un jeu de leur chère Auvergne que le Figaro leur a envoyé ; ils lui en sont profondément reconnaissants. Permettez-moi, cher monsieur, d’ajouter mes remerciements aux leurs et veuillez agréer l’assurance de mes sentiments les meilleurs. Capitaine Henry B… P. S. – J’oubliais de vous dire que leur moral est excellent; plus vaillants que jamais, ils sentent tous qu’il faut en finir avec cette race de barbares qu’ils ont vue à l’œuvre. C’est une grande satisfaction pour un officier d’avoir 1 l’honneur de commander de pareils soldats ; On remarquera que cette lettre est datée du 24 septembre, la veille du jour où se déclenchaient les offensives, si splendidement préparées par nos artilleurs. Quelles, bourrées ceux du 16e n’ont-ils pas dû danser depuis une semaine !
Émile Berr » (2)

Quelques mois plus tard, alors que la guerre s’enlise, des bretons réclament à leur tour une cornemuse pour remonter le moral des troupes bretonnes du front.
« Le capitaine d’une compagnie de Bretons voudrait un biniou pour ses soldats, comme un autre capitaine nous demandait naguère une musette d’Auvergne pour ses artilleurs.(3) »

A Paris en 1916, il était visiblement plus compliqué de trouver un biniou breton qu’une « chabrette » Auvergnate.
« Nous avons pu trouver à Paris un ouvrier auvergnat, fabricant de musettes; nous n’avons pu y trouver un Breton fabricant de binious. Mais l’adresse d’un spécialiste de Keryado (Lorient) nous a été donnée et la commande est faite. Le biniou sera expédié au front vers le 5 mai. (4) »

Le spécialiste de Keryado en Lorient est bien sûr Jean-Pierre Jacob (1865-1919), qui a donc eu une commande de plus à réaliser pour le journal parisien.

(1) Le Figaro, 17 septembre 1915.
(2) Le Figaro, 2 octobre 1915.
(3) Le Figaro, 11 avril 1916.
(4) Le Figaro, 23 avril 1916.
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Binet Raphaël (1880-1961)

Les sonneurs de Pluméliau

Faouet

Raphaël BINET (1880-1961) Deux sonneurs, 1929. Tirage argentique 16,9 x 23,1 cm sur papier photographique 24 x 30 cm. Signée, datée, non timbrée. Au dos :  » Sonneurs – Sainte Barbe au Faouët « 

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Tableau sur panneau bois, 60 cm X 40 cm, huile. Signature Michel Le R ???? (Peut-être Le Run ??)

Binet Plumeliau

Source : Musée de Bretagne, Rennes (982.0008.2528 )

Sur le lieu pas de doute, il s’agit du calvaire de Castennec à Bieuzy-les-Eaux (56)

Les deux sonneurs sont :
A la bombarde : Joseph Le Strat (1890-1968) [Job bombarde]
Au biniou : Jean-Mathurin Le Dantec (1868 Pluméliau – 1937 Baud) [Info de : Roland Becker, merci]