Caillotin Christiane (?-1984)

Accordéon

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« Troménie à Plas-ar-Horn en Locronan« 

Technique mixte sur isorel, 72 x 60 cm de Christiane Caillotin (? – 1984) artiste de l’Oise méconnue.
Rare tableau présentant un accordéoniste breton, mais au regard des costumes féminins s’agit-il vraiment d’un pardon breton ? La présence d’un accordéoniste à cette Troménie est aussi étonnante.

P’tit Gus

A voir…. P’tit Gus de et par Jean-Louis Le Vallegant

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Dans ce récit musical Jean-Louis Le Vallegant, sonneur de bombarde et saxophoniste, nous conte sa jeunesse des années 1960 dans une boucherie d’un bourg de Bretagne. C’est l’histoire d’un petit gamin aux grandes oreilles qui retire son bonnet et découvre le monde à travers la MUSIQUE.
Entre le Blue rondo à la turk de Dave Brubeck au saxo et la bombarde de Gus Salaun, culture officielle et culture populaire, un spectacle qui nous emmène de l’intime à l’universel.

« En gros je parle de non-transmission. J’appartiens à une génération qui est allée à la conquête de sa culture. P’tit Gus parle des nécessités intimes : l’indépendance, la création, la transmission… pour exister. » JL Le Vallégant

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Popea Elena (1879-1941)

Kermesse en Bretagne

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Huile sur toile – 68 x 100 – de 1925 / 29 – Musée national d’art de Roumanie – Bucarest

Elena Popea est une artiste roumaine qui fait plusieurs voyage en France dès 1905. Elle rencontre et travaille avec le peintre Lucien Simon (1861-1945). Le tableau présente une scène de danse avec un couple de sonneurs sur deux tonneaux, aucun doute nous sommes bien en pays bigouden comme le montre la coiffe et la gavotte dansée en couple.

Audfray Etienne Jean (1846-1911)

Joueur de biniou koz (Pays de Quimper)

Audfray

Musée des Beaux Arts de Quimper – 32,5 x 24,7 cm – daté de 1890

Étienne Audfray est un artiste peintre, né le 4 août 1846 à Saint-Christophe-du-Bois dans le Maine-et-Loire. L’artiste, auteur de nombreux portraits et de tableaux à thème religieux, a beaucoup œuvré pour la décoration des églises d’Anjou. Cette toile présente un sonneur en costume glazig, de manière assez réaliste. A-t’il été réalisé d’après l’exposition du Musée de Quimper de 1884 à 1955, Sortie de Noce Bretonne ?

Duveau Louis (1818-1867)

Le retour du pardon

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« Le retour du pardon de Saint-Anne-la-Palud » Louis Duveau (Saint-Malo, 1818 – Paris 1867)

Grande huile sur toile (172×349 cm), exposé pour la première fois en 1859, que l’on peut voir au Musée des Beaux-Arts de Quimper.

Les pèlerins de retour du pardon de Sainte-Anne-la-Palud,  que l’on aperçoit à droite au pied du Menez-Hom, s’entassent sur une barque, pour traverser la baie de Douarnenez. L’artiste, habitué des scènes bretonnes, ne présente pas une œuvre documentaire, mais une scène pleine de gaité avec chants et musique. Chacun ramène des souvenirs du pardon : images pieuse, rubans, fleures et bouquets. Si les costumes et les coiffes sont réalistes, le biniou avec son double chalumeau est bien éloigné de la réalité. A remarquer l’enfant, sous le sonneur de cornemuse, qui semble tenir un instrument de musique d’une main. S’agit-il d’une petite flûte, d’une bombarde ou d’un jouet acheté au pardon ?

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Paris 1889, exposition universelle

Concours de musiques pittoresques

1889

Pour fêter le centenaire de la Révolution française de 1789, Paris accueille une Exposition Universelle. La France invite 35 pays qui participent à cette foire gigantesque. Gustave Eiffel, en ingénieur de génie, se lance un défi : bâtir le plus haut monument jamais construit sur terre…
Dans le programme de cette Exposition on trouve un « Concours de musiques pittoresques des provinces de France et de l’étranger » qui est organisé dans les salles du Trocadéro. Parmi les noms de la commission chargée de l’organisation : Bourgault-Ducoudray (1840-1910) professeur de musique, Julien Tiersot (1857-1936) jeune musicologue très intéressé  par les traditions populaires), Henri Paladilhe (1844-1926) compositeur… des noms que l’on retrouvera parmi les membres du jury.
Avant 1889 quelques concours de musique régionale ont déjà été organisés :
1864, Aix-en-Provence (tambourinaire)
1878, Gap, concours de ménétrier (violon)
1881, Saint-Brieuc, concours de Binious
1886, Vic-sur-Cère (Cantal) le premier concours de cabretaires
1888 et 1889, Neris-les-Bains (Allier)
 L’idée étant d’auditionner des musiciens et de les récompenser comme il est fait pour le salon des arts plastiques. Le concours est annoncé dans toute la presse nationale et régionale avec un certain scepticisme « […] si vous aimez les instruments primitifs tels que la vielle, le galoubet, le biniou, la cornemuse, le tambourin de Provence, vous pouvez satisfaire ce doux penchant. » (1)
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Le Monde Illustré 13 juillet 1889, dessin de M. Kauffeman
Les commentaires rédigés à la suite de ce concours auditions sont assez contradictoires ; certains semblent avoir apprécié les prestations :

« Une curieuse séance a eu lieu le 4 juillet dans la salle des fêtes du Trocadéro où se pressait un public nombreux attire par l’originalité du programme. Il s’agissait d’un concours international, et d’une audition de musiques pittoresques, réunissant les instruments les plus bizarres des provinces de France et des pays étrangers. C’est ainsi que tour à tour on a entendu le biniou, la bombarde, la cornemuse, la musette, la vielle, le hautbois, le galoubet et le tambourin. Des Bretons du Finistère ont fait applaudir les mélodies caractéristiques du pays d’Armor. Des Savoyards et des tambourinaires d’Arles ont fait aussi entendre leurs airs nationaux. Quant aux étrangers, ils n’ont pas eu moins de succès; les Russes, avec la balalaika et la cithare, les Laoutars roumains, avec la cobza et la flûte de Pan ou naiou, dont ils tirent des effets fort étranges; les Hongrois avec le cymbalum, les Espagnols et les Italiens, avec les mandolines et les guitares. Notre dessinateur a groupé fort heureusement les types principaux des artistes qui ont pris part à ce concert original. » (Le Monde Illustré, 13 juillet 1889)

« La vielle qui fait encore danser la bourrée aux paysans de l’Auvergne, la cornemuse du Bourbonnais, le biniou et la bombarde des Bretons, le galoubet des Provençaux, le tympanon des Tsiganes, etc., ont été écoutés avec faveur, des prix ont été distribués, et il faut espérer que ces encouragements empêcheront la disparition de ces instruments dont l’usage est lié à des mœurs locales. » (Journal Officiel, 14 novembre 1889)

D’autres sont plus sceptiques :

« Les instruments rudimentaires qu’on nous a montrés là sont des instruments de paysans ; c’est au plein air et au grand soleil des fêtes villageoises que sont destinées les mélodies sommaires, les refrains monotones de ces braves gens » (Le Figaro, 5 juillet 1889)

Les commentateurs semblent d’accord sur un point : ce concours n’a été que d’un intérêt superficiel : « L’impression du pittoresque nait d’un ambiant qu’on ne saurait déplacer » (2)

Pourtant cette audition retient l’attention de deux commentateurs Julien Tiersot (1857-1936) qui était dans le jury et du journaliste Émile Goudeau (1849-1906).

Les observations de Julien Tiersot (3)

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Dans son commentaire Julien Tiersot, plus enthousiaste, montre sa compétence :
« Qu’auraient dit les vieux classiques d’il y a cinquante ans si on leur avait proposé de se réunir pour entendre, juger et primer de simples ménétriers, des paysans, des gens ne sachant pas la musique, et dont c’est même le mérite essentiel, la plus parfaite rusticité étant de rigueur pour la plus part d’entre eux ? » (p. 210)
« On a détaché de la Classe C  les joueurs de biniou et de bombarde bretons qui y étaient primitivement compris, et l’on a décerné une médaille hors classe à Pérou (Lambert) et Ichar, de Châteaulin (Finistère). Le biniou, instrument de même nature que la cornemuse, est d’une sonorité beaucoup plus puissante : son bourdon, qui donne une pédale de tonique continue, couvrirait presque les sons du corps principal ou hautbois, si cette partie n’était soutenue par la bombarde, instrument à anche très court et aux sons très perçants, qui le double à l’unisson. Leur manière de préluder est très curieuse : quand le musicien commence à gonfler l’outre qui sert de réservoir d’air, les corps sonores de l’instrument se mettent à résonner à vide, ce qui produit des sons dont la discordance est incontestable. Pour faire patienter l’auditeur, il pose alors les doigts sur le corps principal, et fait entendre une multitude de petites notes improvisées de l’effet le plus bizarre. Bientôt la bombarde vient s’y joindre avec une tonique sonore, et arpège rapidement les notes de l’accord parfait, puis on commence sur-le-champ, avec beaucoup de volubilité, la bombarde détachant chaque note, tandis que le biniou joue d’un style très lié, avec une infinité de petits ornements qui se fondent dans l’ensemble de la ligne mélodique. Quand le morceau est près de finir, les musiciens accélèrent beaucoup et, par un arpège rapide, arrivent à une note suraiguë sur laquelle ils s’arrêtent tout à coup. Cela est très curieux, plein de vivacité et d’entrain. Le public a fait une véritable ovation aux Bretons. » (p. 211)
Tiersot remarque la complémentarité des deux instrumentistes dans le jeu mais aussi dans le style (lié / détaché), dans la sonorité (puissance) nous avons là la première description musicale du jeu d’un couple breton.

Les observations de Émile Goudeau (4)

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En introduction : « Musiques pittoresques signifie ici musiques naïves, originales, populaires, rustiques, musique de ceux qui ne savent pas la musique, musiques traditionnelles des vielleux et tambourinaires, joueurs de biniou et cornemuseux, musique de ménétriers qui font danser les villageois de nos provinces, musiques étrangères aussi, et quelque peu étranges, musiques sonnées, frappées ou soufflées, musiques sortant d’instruments bizarres, démodés, inconnus, primitifs comme la flûte de Pan, et souvent simples à la manière du mirliton. » (p. 25)

« la classe C comprend un second élément : le biniou et la bombarde. Saluez ! c’est la vieille mère celtique, la Bretagne aux longs cheveux qui se présente. Peron et Ichar, de Châteaulin (Finistère), ont remporté une médaille hors classe ; mais ce qui a dû leur être plus sensible, c’est la chaleureuse ovation du public après leur audition. Le biniou est une sorte de cornemuse, mais plus puissante et ornée d’un bourdon chargé de donner une pédale de tonique continue. Ce bourdon couvrirait le chant même du hautbois, si la bombarde ne venait doubler ce dernier par des sons d’une acuité extraordinaire. Tout en gonflant l’outre, le musicien prélude par des petites notes improvisées ; c’est une façon de dissimuler ce travail préalable, analogue aux grincements qui, dans les orchestres, indiquent que les musiciens s’accordent. Ensuite la bombarde s’en mêle par une suite d’accords parfaits en arpèges ; puis le duo commence, la bombarde pique les notes de son air, le biniou lie la mélodie et l’orne de notes amusantes. Le mouvement s’accélère, et les instruments endiablés semblent grimper en se poursuivant jusqu’au suraigu, où, crac, ils s’arrêtent net. Ce sont les bravos qui concluent. » (pp. 27-28)
Cette description du jeu musical d’un couple de sonneurs est parfaite, d’autant plus qu’ Émile Gaudeau n’est pas musicien et ne semble pas connaître la Bretagne.
En guise de conclusion : « Bref, pluie de médailles et de diplômes, que personne ne songe à renvoyer au jury. Le mot de pittoresque, ajouté à leur titre principal, n’a pas transformé ces musiciens en peintres. Ils partent enchantés et retourneront sous le toit natal avec la juste fierté d’avoir, eux aussi, obtenu leur triomphe dans la triomphale Exposition. Quant aux Parisiens, si leur oreille n’a pas fait son éducation définitive, c’est à désespérer de l’acoustique. Entendre le gamelang javanais, la musique tunisienne, les castagnettes et tambours de basque espagnols, le redoutable orchestre annamite ; aller de la guzla au biniou, de la vielle au czymbalum; se soumettre à toutes les dissonances, tous les miaulements, cris et clameurs que peut offrir la nature agrémentée par l’art, est certainement le fait d’oreilles héroïques. Et telles sont les oreilles parisiennes, auxquelles on ne saurait reprocher véritablement de n’entendre qu’une cloche et de n’ouïr qu’un son.
Quand, cet hiver, on nous offrira du Wagner, il nous paraîtra fade. Avis aux musiciens qui voudront véritablement inventer la musique de l’avenir. » (p. 31)

Ce concours donne le départ de l’ethnographie musicale comme véritable science en France. Dans les années suivantes de nombreux concours réunissant des musiciens traditionnels bretons, mais aussi d’autres régions vont être organisés.

Le couple Péron & Hicher

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Dessin de J. F. Raffaelli (1850-1924) pour l’article de Émile Goudeau, « Les musiques pittoresques au Trocadero« , in : Revue de l’Exposition Universelle de 1889, Paris, 14 Août 1889, p. 26.

Un seul couple de sonneur breton se présente à ce concours, il s’agit de Lambert Péron (1858-1900) de Châteaulin à la bombarde et de René Hicher (1848-1926) de Dinéault au biniou, tous les deux du Finistère.

Les organisateurs ont-ils vraiment recherché des concurrents ? Pas simple pour des citadins, sans attache avec la Bretagne, de trouver des sonneurs. Pourtant, ils auraient pu trouver des joueurs de binious dans l’émigration bretonne de la région parisienne. En 1899, le pardon de Montfort-l’Amaury est animé par un couple de sonneurs parisiens. On peut penser que les organisateurs ont contacté la municipalité de Saint-Brieuc qui avait déjà organisé un concours de biniou en 1881, concours remporté par les frères Péron (Lambert et un de ses frères) de Châteaulin.

La presse locale se fait l’écho de l’expédition des deux concurrents :
« Mardi dernier, sont parti pour Paris en costume breton, deux joueurs de biniou, MM Péron Lambert cordonnier à Châteaulin et Icher, Jean,  cabaretier aux Trois Canards à Plomodiern. Ils devaient prendre part au concours entre les musique pittoresque des provinces de la France.
Vendredi matin la dépêche suivante nous annonçait le résultat obtenu :
1er prix – Médaille de vermeille – Musette d’honneur – Diplôme d’honneur – Prime 500f (ou indemnité pour frais de voyage). Nos félicitations à nos sonneurs bretons. »
(Union Agricole, 10 juillet 1889)
 Et annonce leurs retour :
« Plomodiern – De notre correspondant le 9 :
Les deux joueurs de biniou Hicher Alain, de Plomodiern, et Peron Lambert, de Châteaulin, qui étaient allés à l’Exposition se faire entendre dans le concours de musique pittoresque, sont arrivés hier à Plomodiern. Comme vous l’avez annoncé mercredi, un prix de 500 fr. leur a été accordé.« 
(Union Agricole, 12 juillet 1889)
On retrouve la trace du passage à la capital de nos deux sonneurs dans un récit de G. Brault, illustré Albert Clouart publié en 1892.
 » […] le boucher nous présente le maître de la maison […]– Péron le joueur de biniou, qui avec Hircher, le sonneur de bombarde, a remporté le premier prix à l’Exposition. On n’en retrouve pas deux comme ceux-là […] pour nous conter son admiration de la grande ville, et il nous montre accroché au mur, un ignoble chromo représentant cette bête tour Eiffel. Comme nous le prions de nous jouer un petit air, il prend son instrument, incrusté de dessins d’étain, il gonfle l’outre à vent et exécute sur une ronde des variations échevelées […] il explique à son compères le boucher qu’il doit aller bientôt à une noce des environs ; il aura cent francs pour trois jours et huit bouteilles de cidre par journées […]  » (6)
L’auteur fait une erreur, c’est bien Hicher qui joue du biniou et qui tient l’auberge.

Nous en savons plus sur Lambert Péron, qui était le sonneur de bombarde grâce à une étude de son descendant Vincent Soubigou publiée dans la revue Musique Bretonne (6). Son compère au biniou au nom de Hicher (orthographe très fluctuante : Ircher, Icher, Ichard…), quelquefois prénommé Jean ou Alain (?) cabaretier au Trois Canards à Plomodiern reste à identifier plus précisément.

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A la bombarde : Lambert Péron (1858-1900) – Le sonneur de biniou est à identifier

Lambert Péron, sonneur gaucher, arbore deux médailles obtenues  sans doute  au concours de St Brieuc et de Paris. Cette vue aurait-elle été prise à l’occasion du concours de Brest en 1895 ?

(1) Camille Debans, Les coulisses de l’Exposition : guide pratique et anecdotique, Paris, E. Kolb, 1889.
(2) L’art Musical, 14, 1889, p. 99.
(3) Julien Tiersot, Promenades musicales à l’Exposition, concours de musiques pittoresques, in : Le Menestrel, 7 juillet 1889, pp. 210-212.
(4) Émile Goudeau, « Les musiques pittoresques au Trocadero« , in : Revue de l’Exposition Universelle de 1889, Paris, 14 Août 1889, pp. 25-32.
(5) Vincent Soubigou, Lambert Péron – Illustre sonneur de la fin du XIXe siècle, Musique Bretonne, n° 247, Avril 2016, pp. 32-40.
(6) G. Brault & Albert Clouard, Tro-Breiz Tour de Bretagne, Fischbascher, Paris, 1892, p. 179.