Cartes des Sonneurs Bretons

Après avoir établi une liste des anciens sonneurs de biniou & bombarde, j’ai mis en carte ce fichier pour une meilleure lecture de la répartition et de l’activité de ces sonneurs. Je n’ai pris en compte que les sonneurs de l’ancienne génération, en activité entre 1850 et 1950, avant le renouveau de la B. A. S. (Bodadeg ar Sonerion) de 1945. Pour l’instant sur cette carte : 171 fiches de sonneurs. Je précise que j’ai vérifié l’état civil, la profession et l’adresse le plus souvent qu’il m’a été possible de le faire. Attention : je viens d’ajouter deux sonneurs de la région parisienne…
Je suis bien sûr preneur de toutes informations permettant de corriger ou compléter cette carte. En cliquant sur un point, la fiche du sonneur apparait et peut-être bientôt sa photo…   Pour une lecture en mode pleine écran cliquer sur [  ] en haut à gauche de la carte.

 

 

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Vannes, 1899

Le premier concours organisé par l’U.R.B.

Au mois d’août 1899, l’Union Régionaliste Bretonne (l’U. R. B.) première association bretonne créée à Morlaix l’année précédente, tient son premier congrès à Vannes. Ce congrès sera l’occasion d’organiser différents concours (costumes, chants, biniou, déclamations, poésie…). Par la suite l’URB organisera au moins 9 concours de biniou entre 1899 et 1922.

Wester Mail 6 sept 1899

The Cardiff Times, 6 septembre 1899

  Les sources principales de renseignements sur ce concours sont deux articles. L’un de l’abbé François Cadic (1864-1929) pour le journal l’Ouest-Éclair et l’autre d’un représentant de la délégation galloise parue dans la presse d’outre-manche.

L’abbé Cadic plante le décor :
« Je les voie encore ces sonneurs plus de 30 binious, plus de 30 bombardes, formés en trois groupes, au milieu d’un pittoresque désordre, vestes brunes ou blanches au vent, ils s’en allaient, d’un pas endiablé, suivant la bannière de leurs paroisses. En entendant cette cacophonie musicale où chaque instrument tirait sa note, sans entente, sans accord, insouciant du voisin, j’eus la sensation de la fin du monde […] »

Cadic n’est pas le seul à remarquer cette cacophonie. La presse morbihannaise note : « Il y a eu aussi des bombardes et des binious qui ont parcouru la ville en grand nombre et en jouant chacun un air différent ; c’était charmant ! Les chiens en hurlaient. » (Le Progrès du Morbihan, 30/08/1899)
Mais comment produire une musique d’ensemble avec des instruments de tonalités et de gammes différentes ?

Reprenons l’article de l’Ouest-Éclair : « […] Le programme du concours comportait un motif commun : le n’hani gous et un autre air au choix de chaque concurrent. Une soixantaine de musiciens environ s’étaient présentés. Certes il y avait bien des disproportions dans les talents. […] Bientôt six exécutants seulement restaient en présence, des maîtres ceux-là, et parmi eux un aveugle de Gourin, véritable héritier du père Mathurin. […] Oh ! certes, je n’oserais affirmer que la proclamation des résultats ait satisfait tous les assistants. Je suis persuadé que Pluméliau en particulier valait mieux tandis qu’Elven valait moins. Il convient de reconnaitre pourtant que l’accord a été absolu sur les trois premiers. En vérité, dans ce concours, il s’est produit beaucoup de médiocrités. Mais, même en ne tenant compte que de ceux qui ont figuré là, nous pouvons l’affirmer, il y avait parmi eux de réels artistes. Et, quand on pense que ces artistes se sont formés d’eux-mêmes, sans maitres, sans direction, sans notion d’art, il y a lieu d’être surpris. En les entendant, les autres, les médiocres auront trouvé une leçon, une révélation ils auront appris comment on joue bien du biniou et de la bombarde. Ajoutons qu’il y a peut-être aussi là une leçon pour le clergé. Qu’il encourage ces instruments nationaux. Ce sera le plus sûr moyen d’écarter violons et accordéons, et aussi leurs suites naturelles, ces danses venues de loin qui peu à peu en viennent à supplanter la ronde bretonne au grand détriment de la morale et des bienséances.« 

Chaque couple concourant doit jouer un air imposé « le n’hani gous » [an hini gozh] comme déjà dans un concours de 1892 organisé dans cette ville. Cet air bien connu est emblématique de la Bretagne, il est aussi bien chanté que sonné, présent dans tous les terroirs. Tous les sonneurs n’ont pas le même niveau, sur la trentaine de couples présents seul dix sont classés, les autres sont sans doute la médiocrité décrite par Cadic.

Sans titre

L’autre article, est publié du 2 au 9 septembre 1899, en anglais dans The Cardiff Times. Il sera repris par plusieurs autres titres. Il est signé de COCHFARF qui est le pseudo de Edward Thomas (1853-1912) journaliste et militant pour la sauvegarde de la langue galloise.

The Breton festival at Vannes – A great Celtic awakening – Bands of biniou players

« DES BANDES DE JOUEURS BINIOUS ont pénétré dans la ville par différentes routes, précédées d’une bannière, chaque groupe y ayant peint le nom du lieu —Vannes — où la compétition a eu lieu et, la date de la compétition, puis le nom du village, de la ville ou du district où les joueurs sont venus. Chaque groupe a également été suivi par un groupe de villageois vêtus de costumes bretons. Lorsque vos lecteurs sauront que chaque paroisse a au moins un costume distinctif, on peut imaginer la grande place en face de l’hôtel de ville en kaléidoscope vivant pendant quelques heures. Certains processionnaires portaient sous le bras des petits pains et des bouteilles de cidre et, à en juger par l’apparence poussiéreuse de ceux qui s’étaient éloignés sous un ciel sans nuages ​​et un soleil brûlant, cette disposition n’était pas imprudente.
A une heure donnée, toutes les formations se rencontrèrent près des quais et furent massées pour jouer devant le jardin public, où devait se dérouler la compétition. Lorsque cette grande procession a atteint sa destination, nous avons trouvé une enceinte temporaire érigée avec une scène semblable à celle que l’on peut voir dans les théâtres itinérants au pays de Galles à une extrémité trois grandes tribunes séparées avec des sièges réservés et à l’autre extrémité l’espace intermédiaire les grandes tribunes, la scène étaient remplies de chaises louées à des prix intermédiaires. L’espace à l’extérieur de l’enceinte était occupé par le grand public, qui était admis dans le jardin à raison d’un demi-franc – cinq pence. La réunion était présidée par le général De Benoit, commandant territorial de la 22e division. La scène de la grande tribune était une scène incroyablement gaie – dames françaises et bretonnes habillées à la dernière mode parisienne ; Des bourgeoises et des paysannes bretonnes revêtues des costumes, des officiers de leurs districts respectifs de l’armée française, allant des caporaux aux généraux, ainsi qu’un cordon de soldats à leur garde. Les joueurs de biniou sont venus en couple et se sont tenus devant la scène, occupée par le général Benoit et les arbitres. Le public était de toute évidence amusé. Une fausse note ou une erreur dans le temps commis par l’un des joueurs a provoqué beaucoup de joie, mais de temps en temps, à l’instigation des arbitres, le chef d’orchestre a demandé aux interprètes inférieurs de partir avant d’avoir terminé leur jeu, une pratique familière à ceux qui fréquentent la province d’Eisteddfodau au pays de Galles. Chaque fois que cela était fait, il y avait un éclat de rire instantané dans toute la place. Cela a été provoqué autant par la manière dont cela a été fait par le chef d’orchestre que par la déconvenue des concurrents lors des interruptions. Immédiatement, les arbitres ont fait signe au chef d’orchestre d’arrêter le joueur de biniou, d’une manière sérieuse et comique, avec sa baguette vers le joueur, il s’exclamait en breton, ut ! « (Allez). Beaucoup de joueurs ont cependant reçu de très bons applaudissements et leur jeu a beaucoup surpris les visiteurs.« 

Le journaliste gallois décrit un mode de sélection proche des émissions télévisuelles d’aujourd’hui où le jury buzz pour stopper la prestation des concurrents. On imagine la déconvenue des sonneurs de se faire renvoyer après seulement quelques notes.

Difficile d’envisager une telle sélection dans un concours de sonneurs de notre époque !

Le nombre de concurrent est variable selon les titres de la presse si l’Ouest-Éclair annonce environ 30 couples, Le Nouvelliste du Morbihan annonce lui la présence de 41 sonneries alors que le Courrier du Morbihan en mentionne 38.

1er : Le Parc & Le Bail de Berné, 50 fr.
2e : Hervé & Le Lay de Gourin, 30 fr.
3e : Gourmelin & Rolland de Quimperlé, 20 fr.
4e : Lafféach & Rio de Colpo, 15 fr.
5e : Bigot & Jouan de Plouay  ou Morio & Thuriau de Plescop 15 fr.
6e : Guyot & Le Lué d’Elven
7e : Cadoret & Tantéze de Brech ou Cadoret & Carp ou Bigot & Jouan de Plouay
8e : Rolland & Henry de Vannes ou Cadoret & Tantéze de Brech
9e : Le Strat & Le Dantec de Pluméliau ou Rolland & Henry de Vannes
10e : Morio & Thuriau de Plescop ou Le Strat & Le Dantec de Pluméliau

Le palmarès est publié dans la presse du Morbihan, selon les titres l’ordre du classement change (?).
Les membres du jury sont : Lucien Laroche président, Le Brigand, Labbé, Henry.
Essayons d’identifier les concurrents :

1er prix, 50 fr. :
Le Parc : Sonneur non identifié précisément.
Le Bail : Sans doute Mathurin Le Bail (1866-19??) de Meslouan en Saint-Caradec-Tregomel qui sonne aussi avec Le Nouveau.
Ce couple participe aussi au concours de Quimperlé en 1901.

2e prix, 30 fr. :
Hervé : Jean Hervet (1860 Gourin – 1924 Gourin) bombarde, aveugle, surnommé : Yann Dall.
Le Lay : Jean-Louis Le Lay (1858 Priziac – 1911 Carhaix), habitué des concours de sonneurs.

3e prix, 20 fr. :
Gourmelin : Auguste Gourmelin (1866 Riec-sur-Belon – 19?? Quimperlé).
Rolland : Jean-Louis Rolland (1882-1964) de Rédené, son premier concours il a 17 ans.

4e prix, 15 fr. :
Lafféach ou Laffeuch selon les titres, mais il s’agit bien de Lafféach, sonneur non identifié.
Rio : s’agit-il de Louis Rio (1864 Arradon – 1901 Colpo) Charpentier – cabaretier – cultivateur ?
Seule trace de ce couple dans un concours de sonneurs.

5e prix, 15 fr. :
Bigot : sonneur non identifié, pourrait avoir participé à un concours à Plouay en 1923.
Jouan : sonneur non identifié.

6e prix :
Guyot : Pierre Guyot, semble aussi avoir participé au concours de Vannes en 1892, biniou. Voir : Deux Elvinois champions à Brest en 1895, Breiz (Kendalc’h), n°142, 12-1969, p. 9.
Le Lué : sonneur non identifié, seule trace dans un concours de sonneurs.

7e prix :
Cadoret : Mathurin Cadoret (186? Brech – 19??) biniou
Tantéze : S’agit-il de Julien Tartesse (1868 Plumergat – 19??), profession : joueur de biniou de Pluneret ?
Carp : pas de sonneur trouvé à ce nom – semble être une erreur de la presse.

8e prix :
Rolland : S’agit-il de Jean-Louis Rolland déjà classé à la 3 place ? Cela semble peu probable. Un deuxième Rolland non identifié cette fois.
Henry :  sonneur non identifié, seule trace dans un concours de sonneurs.

9e prix :
Le Strat : Jean-Marie Le Strat (1861 Pluméliau -1940 Pluméliau), cultivateur à Saint-Nicodème.
Le Dantec : Jean-Mathurin Le Dantec (1868 Pluméliau – 1937 Baud) cabaretier, rue de Pontivy à Baud.

10e prix :
Morio & Thuriau de Plescop : couple non identifié, seule trace dans un concours de sonneurs.

Les membres du jury :
Lucien Laroche (1855-1912) président du jury, luthier à Vannes, il répare, vends des instruments de musique (biniou et bombarde) dans son magasin de musique, compositeur, il fonde l’école de musique de Vannes.
Lire Roland Becker, Lucien Laroche. Vers une école de musique bretonne savante, Musique Bretonne, n° 212, 01-2009, pp. 21-23.
Jérôme Le Brigand (1846-1919): Conseiller Municipal de Pontivy, archéologue autodidacte, négociant, Membre de la société polymathique du Morbihan, créateur d’un éphémère Musée Breton dans sa ville de Pontivy, déjà membre de jury au concours de Vannes en 1892.
Les autres : Labbé et  Henry  me sont inconnus.

Dans son livre, Tonioù Breiz-Izel publié en 1994, Polig Monjarret mentionne pour la première fois l’existence de partitions notées lors de ce concours.
« Les airs présentés au concours de Vannes en 1899 étaient bretons dans leur quasi-totalité. Du moins si j’en juge par les notations de J. Le Padrun, qui releva l’essentiel des airs interprétés. Ses notations n’ont jamais eu, hélas, les honneurs de la publication. Dans ce manuscrit se trouvent notamment de nombreux airs attribués au sonneur Louis Rio de Colpo« .
Quelques années plus tard, en 2007, elles seront publiées, mais hélas sans la reproduction du manuscrit original, dans une version réécrite par André le Meut dans : Guillevic, Augustin & Cadic, Jean-Mathurin, Chants et airs traditionnels du pays vannetais, Dastum Bro-Ereg / AD56, 2007, pp. 242-246.
On y retrouve le fameux an hini gozh qui était l’air imposé du concours, ainsi que 14 airs de danses notés comme des : ridées, bals et rondes. Le nom de Louis Rio, ou d’autres noms figurent-ils sur le document original ?

Logo_Union_Régionaliste_Bretonne_1931

Jorj Cadoudal,’Veze ket dañset plinn !

Jorj Cadoudal, le plus ancien sonneur de Bretagne, fête en 2019 ses 90 ans.

Cadoudal

Livre en breton, 187 p., ed : An Alarch

À partir d’un enregistrement réalisé par Gege Gwenn et retranscrit sous forme de livre, Jorj Cadoudal revient sur plus de 70 ans de participation aux luttes sociales qui ont marqué la deuxième moitié du siècle dernier, sur son compère et regretté ami Étienne Rivoallan, sur le renouveau de la musique populaire, sur sa vie de paysan éleveur de moutons dans les Monts d’Arrée.

La vie de Jorj, paysan, sonneur, militant, personnage atypique, est la mémoire d’un peuple, d’un pays.

Description de cette image, également commentée ci-après

Piv e Breizh n’anavez ket Jorj Cadoudal ? Jorj, komper Étienne Rivoallan ar soner bombarb brudet, Jorj ar paotr drant ha seder tomm e galon ouzh e vro hag ouzh ar sevenadur pobl, Jorj ar peizant, saver-denved e Brenniliz, Jorj hag e vinioù er stourmoù sokial e-pad ouzhpenn 70 vloaz, Jorj koshañ soner biniou Breizh, ezel eus Re an Are ?

Gras d’un enrolladenn kaset da benn gant Gege Gwenn e 2017 e c’hallo al lenner heuliañ Jorj Cadoudal en un danevell-buhez divoutin : ober anaoudegezh gant un den en devo treuzet eil hanterenn ar c’hantved kozh gant e reuz, met ivez gant adganedigezh ar sonerezh pobl a oa tonket da vervel asambles gant ar gevredigezh kozh. Bezañ eo testeni unan en deus kemeret perzh en e amzer, koulz evel peizant, soner ha stourmer. Ha n’eo ket liammet an tri zra-se ? Unan eus Re an Are, memor an dud, memor ar vro. Ha kement-mañ en ur brezhoneg yac’h ha pinvidik.

PILLE Charles Henri (1844-1897)

« Couples bretons cheminant derrière un sonneur »

Pille Charles 1844-1897 D

Plume, encre brune et aquarelle signée en bas à droite, 19 x 27 cm- Source

Charles Henri PILLE (Essômes-sur-Marne 1844 – Paris 1897), caricaturiste, peintre qui publie régulièrement dans la presse de la fin XIXe siècle. Semble être fortement inspiré par les caricatures d’Alfred Darjou.

 

Darjou3

Alfred Darjou (1832-1874)