Curiosités de la Musique

Musiciens des rues et des champs

Au début du XXe siècle les musiciens de Paris se regroupent au sein de la Fédération des artistes musiciens de France, son premier mot d’ordre est de lancer une grève générale qui est un véritable succès. En réaction, le journal parisien Le Petit Bleu, présente les musiciens de rues et des champs, qu’on appelle aujourd’hui « amateurs » et qui eux n’ont pas fait grève. (Le Petit Bleu de Paris, 11 novembre 1902)

Le Petit Bleu de Paris du 11 novembre 1902

« la musique n’est plus… le bruit qui coûte le plus cher »

Les musiciens, qui, de tous temps, menèrent grand bruit dans le monde, ont encore haussé le ton en ces dernières semaines ; et l’accord presque parfait avec lequel ils nous ont joué le grand air des Revendications, leur a valu la sympathie du public et même l’oreille des directeurs qui, pour la plupart, ont dû capituler. L’événement nous a paru favorable pour rechercher quelques-unes des curiosités de la Musique et les réunir en ce magazine, à l’usage des amateurs de pittoresque.
Au sujet des musiciens d’orchestre, nous n’avons plus rien à apprendre aux lecteurs du Petit Bleu. Nos collaborateurs ont tout dit en ce qui concerne la vie pénible et les salaires plus que modestes de ces laborieux artistes. On savait déjà que la musique n’est plus, comme quelqu’un l’écrivit jadis, le bruit qui coûte le plus cher, — puisque nous avons maintenant des coups de canon à cinq mille francs par seconde. Donc, c’est ailleurs, à côté de l’actualité et de la question, qu’il fallait chercher.
Nous allons donc présenter au lecteur quelques-uns des musiciens qui n’ont pas fait grève, mais que le Temps et le Progrès, grands pourchassera de pittoresque, menacent de nous enlever bientôt.
Les uns sont nos familiers : ils vivent sur le pavé parisien, soit de leur métier (disons de leur art, pour ne point les froisser), soit, de la charité des passants.
Les autres, les autres, — bien peu d’entre nous les ont tous rencontrés, bien peu les ont tous entendus. Les uns sont au fond du Morbihan ou du Finistère, celui-ci dans les Pyrénées, cet autre dans le Roussillon. Leur musique est mélancolique ou turbulente, suivant la couleur du ciel sous lequel ils vivent. Ce sont de vieilles ombres tenaces, qui jouent de vieilles choses qui vont s’en aller, qu’on ne verra plus, qu’on n’entendra plus. Les voici réunis en cette page. Regardons-les et tâchons de savoir ce qu’ils sont. Voici la cornemuse, connue des hébreux et des Romains, la cornemuse qui figurait au Moyen Age dans toutes les musiques militaires, et qui au siège de Valenciennes, en 1340 à ce que nous conte Froissart. Elle survit en nos provinces et à l’étranger, soit sous sa forme authentique, avec son outre de peau de chèvre et ses trois chalumeaux, soit avec des modifications plus ou moins importantes. C’est, à peu de choses près, le bag-pipe des highlanders écossais, le biniou de Bretagne, la musette des départements méridionaux.
Tous ces instruments appartiennent à une même famille, dont la cornemuse semble être le type le plus ancien. Ils émettent des sons traînants, grêles et peu variés, mais éminemment rustiques, et qu’il est impossible d’entendre sans se laisser gagner par leur charme mélancolique et doux.
La bombarde accompagnait autrefois presque toujours la cornemuse ou le biniou dans les orchestres champêtres. Son origine est également très vieille. Elle a la forme allongée et évasée de certaines flûtes antiques, et le son qu’elle fournit offre plus d’ampleur et plus de gravité que celui des instruments précédents. La bombarde a été modernisée sous le nom de basson et figure à ce titre dans tout orchestre bien complet.
Le tambourinasse a été immortalisé par Alphonse Daudet, qui, dans un moment d’enthousiasme tenta même de l’acclimater à Paris, comme il nous l’a conté dans ses souvenirs. L’entreprise échoua piteusement d’ailleurs ; à ce musicien des pays de soleil, il faut le ciel de la Provence, le cortège des belles filles alertes, nées pour le rire et pour l’amour, et pas exigeantes sur le chapitre de la mélodie. Avec son tambourin, étroit et long, et sa flûte à trois trous, le tambourinaire est pourtant un poète, et son tulupanpan exprime tout un monde d’impressions, de rêves, d’inspirations. N’oublions pas que « ça lui est vénu dé nouit, en écoutant canter lé rossignou… »
Qui oserait s’aventurer jusqu’à rechercher dans la nuit des temps l’origine de la flûte en roseau qui annonce le passage du chevrier et de son maigre troupeau dans les rues de Paris ? N’est-ce pas Pan lui-même, le dieu Pan, qui l’inventa ? Et si ce n’était lui, qui voudrait-on que ce fût ?
Il est a peu près certain que le bizarre violon des montagnards d’Argelès est d’invention plus récente. Cela ne l’a pas empêché de disparaître complètement, alors que sa vieille petite sœur la flûte du chevrier béarnais, (ou bellevillois ?) continue d’égrener sa chanson aigrelette et comme vaguement sauvage.
Le poseur de robinets est lui aussi un musicien. Son instrument ne lui offre pas de grandes ressources, trois ou quatre notes tout au plus, — et il faut autant de bonne volonté que de souffle pour en tirer quelque chose qui ressemble, de très loin, au Roi Dagobert. Mais bah ! le poseur de robinets est un indépendant. Sa musique est à lui et lui suffit. Son verre n’est pas grand, mais il boit dans son verre.
Autre musiciens des rues, – autre artiste.
C’est l’orgue do Barbarie, lamentable et poussif, et attendrissant aussi, comme toute misère qui chante. A le voir1, à l’entendre, on ne croirait guère que c’est un instrument moderne. Il date de la fin du XVIIIe siècle, et c’est déjà une très vieille chose, une chose périmée, oubliée, méconnue, comme beaucoup d’idées de la fin du XVIIIe siècle. On ne sait, même plus d’où il vient, — pas de Barbarie, en tout cas ! — ni où il a pris son nom.
Derrière lui, de lui, sont venus les machines à musique, les musiques à vapeur, engins terribles et discordants, qui bercent les foules à la rude cadence des montagnes russes, dans les fêtes foraines.
Mais cela, ce n’est plus le passé, ce n’est plus le pittoresque. C’est même le modernisme sous un de ses aspects les plus terrifiants.. Écoutons pleurer le dernier orgue de Barbarie.

Bieuzy, 1929

Dans les années 1920-30, on trouve de nombreux concours organisés dans les petites communes du Vannetais entre Pontivy et Lorient, comme : Plumeliau, Languidic, Génin, Le Faouet, Bieuzy, Plouay, Lignol ou Melrand. C’est lors de kermesses, pardons ou Comices Agricoles que ces concours très locaux sont à l’affiche. Le nombre de concurrents de ses concours est assez limité au maximum cinq ou six couples avec quelques anciens ayant sonnés au siècle précédant et la nouvelle génération est aussi présente.

L’Ouest Républicain, 13 octobre 1929

Concours de joueurs de binious et bombardes :
1er prix, 80 fr. : Tanguy et Gourriérec dit Pochgorre de Melrand
Tanguy Pierre (1867 Melrand – 1955 Pontivy) tisserand et cabaretier à Kervalan en Melrand.
Le Gourriérec Joseph (1871 Bubry – 1949 Melrand) forgeron à Melrand surnommé : Poch-Gorr.
Couple de sonneurs habitué des concours des années 1920-30.

2e prix, 60 fr. : Mandart et Le Strat de Pluméliau
Le Strat : S’agit-il du père ou du fils ?
Le père : Le Strat Jean-Marie (1861 Pluméliau -1940 Pluméliau)
Le fils : Le Strat Joseph (1890 Pluméliau – 1968 Pontivy)
Mandart : ou Mandast sonneur non identifié
Ce couple participe à d’autres concours dans les années 1920-30

3e prix, 40 fr. : Cocoual et Péresse de Melrand
Cocoual Olivier (1906 Melrand – 1965) de Kertanguy en Melrand, bombarde
Peresse Joseph (1897 Melrand – 1966 Pontivy) de Kerboulch en Melrand, biniou

Lorient, 1924

Ce concours est organisé dans le cadre d’une fête historique célébrant l’histoire de la ville de Lorient avec des défilés de chars, des reconstitutions historiques, élections de reines et une partie bretonne avec concours de costumes, de danses, de chants et de biniou.

La partie bretonne de la fête est dirigée par le barde Théodore Botrel qui ne manque de chanter plusieurs de ses compositions.

Nouvelliste du Morbihan (Le) du 05/10/1924
L’Union Agricole, 11/10/1924

Binious :

1er prix, 100 fr. : Bannalec-Scaër (Gestin et Coroller)
Augustin Gestin (1866 Guiscriff – 1938 Scaër) cultivateur à Pont-Meur en Scaër, surnommé le père Gestin.
Yves Coroller (1881 Bannalec -1948 Bannalec) aveugle de la rue du Trévoux à Bannalec, surnommé Youenn Dall.

Dénombrement population de Bannalec, 1911

2e prix, 75 fr. : Melrand
3e prix, 50 fr. : Plozevet
4e prix, 40 fr. : Vannes
5e prix : Auray

Le Faouët, 1931

Ce concours est le dixième et dernier concours de sonneurs organisé par l’Union Régionaliste Bretonne.

L’Ouest-Éclair 24 août 1931

Concours de Binious du dimanche 23 aout 1931 :

1er prix : Le Guennec et Lenouveau père
Le Guennec Joseph (1889 Ploërdut – 1944 Guéméné-Sur-Scorff), Cafetier, A La Gaité Bretonne rue Frémicourt à Paris
Lenouveau : Le Nouveau famille de sonneurs de Saint-Tugdual, le seul référencé précisément est Laurent Le Nouveau (1845-19??) qui déclare « Musicien breton » comme profession à l’état civil. Il participe à plusieurs concours jusque 1914. Il sonne avec son fils sans doute Jean-Marie (1866-1951) aussi de Saint-Tugdual.

Le Guennec & Le Nouveau 1er prix du concours

2e prix : Le Breton et Gervais de Lignon
Le Breton Jean-Marie (1889 Meslan – 1956 Le Faouet), aveugle, bombarde
Gerbet Nicolas (1879 Le Saint – 1945 Le Faouet), biniou, cultivateur.

Le couple Le Breton & Gerbet

3e prix : Le Louarn et Le Coguic du Faouët
Ce couple est vainqueur au concours de l’URB de 1922 à Pontivy.
Le Louarn Joseph : sonneur non identifié, en 1904 à Gourin un sonneur au nom de Louarn est classé 7e.
Le Coguic : S’agit-il de François Le Coguic (1892 Lignol – 1976 Lignol) cultivateur ?

4e prix Lenouveau fils et Le Puilh de Saint-Tugdual
Lenouveau : deuxième nouveau ou Lenouveau participant à ce concours
Le Puilh : sonneur inconnu, unique mention dans un concours

L’Ouest républicain du 27-05-1937

Un problème d’impression a décalé le texte :
« Voici deux excellents sonneurs de biniou de Saint-Tugdual.
A droite : Joseph Nouveau, père alerte malgré ses 72 ans et toujours populaire « biniaouér » lauréat de nombreux concours.
A gauche : son neveu, Louis Nouveau qui, fidèle à la tradition familiale, est déjà un « bombarder » de talent. c’est à eux que fut confié l’honneur d’accueillir « à la bretonne » tout dernièrement à Lorient, l’Harmonie des Chemins de fer de l’État.
« 
Je n’est pas retrouvé de Joseph Le Nouveau sonneur, mais n’aurait-il pas une erreur de prénom ? Il pourrait s’agir de Jean-Marie Le Nouveau (1866-1951) fils de Laurent Le Nouveau (1845-19??). Qui serait son neveu au nom et prénom de Louis Le Nouveau ?

5e prix : Nouveau et Milliou du Faouët
Nouveau : troisième sonneur au nom de Nouveau ou Le Nouveau de ce concours
Milliou : sonneur non identifié, unique trace dans les concours.

Source : Musique Bretonne, ArMen, 1996, p. 384

Vue sans doute prise lors du concours du Faouet en 1931, on y reconnait assis a gauche à la bombarde Gus Salaun (1897-1976) qui ne figure pas dans le classement du concours. Derrière lui a gauche Job Le Guennec (1889-1944) à la bombarde, vainqueur de ce concours avec Le Nouveau qui est assis au biniou. Gus Salaun a échangé avec Job Le Guennec chapeau et costume pour la photo, à noter la clarinette au premier plan. Le couple debout a droite n’est pas identifié précisément.

Logo_Union_Régionaliste_Bretonne_1931

Penmarc’h, 1922 et 1923

1922, fête des Cormorans

La fête des Cormorans est crée le 12 septembre 1920, elle est organisée au profit des victimes de la mer, sur le modèle du Pardon des Fleurs d’Ajoncs de Pont-Aven inventé en 1905. Cette fête est a l’initiative du peintre Jean-Julien Lemordant (1878-1968) qui en assure la présidence. Un concours de binious est rajouté au programme en 1921.

L’Illustration, 9 septembre 1922

Reconstitution de noces bretonnes, concours de chants, régates, concours de danses, concours de costumes et concours de binious avec des prix de : 50, 25 et 10 fr.

Je n’ai pas retrouvé les résultats de ce concours

1923, fête des Cormorans

Troisième fête organisé par le peintre aveugle Julien Lemordant avec pour thème principal la lutte bretonne.

1er prix : Salaun de Bannalec
Auguste Salaun (1897 Bannalec – Quimperlé 1976), famille de sonneur de Bannalec, surnommé Gus, habitué des concours, avec qui fait-il équipe ?

2e prix ex-equo :
Le Goff de Scaer, sonneur inconnu, unique trace dans un concours.

Gueguen de Plozevet
Louis Guéguen (1892 Plozevet – 1962 Plozevet) cabaretier à Plozevet, surnommé Jean Pouf, avec qui fait-il équipe ?

Le Pèlerin, 26 août 1923
L’Avenir, 7 août 1923
Source : Gallica – Agence Rol
La fête des Cormorans à Penmarc’h en 1923

Carnac, 1923 et 1924

Pardon des Menhirs, dimanche 19 août 1923

Le pardon de 1922 avec son concours de sonneurs ayant été un succès, le programme est reconduit.

« Concours de binious (100 francs de prix), plus un biniou et une bombarde, don de M. et Mme Pecquari) […]
Le chef de jury du concours de binious était le biniou carnacois Magadur, un aveugle de guerre décoré de la croix de guerre avec palme, de la médaille militaire et de la légion d »honneur qui a certain moment déchaina le fou rire avec sa chanson bretonne des filles de Ploemel un peu pimenté de sel gaulois. La cécité de ce brave ne lui enlève rien de sa gaité et on l’entendit chanter, on le vit rire joyeusement et danser avec entrain. » (L’Écho de Quiberon, 26 août 1923).

C’est la première fois qu’un sonneur figure parmi les membres dans le jury d’un concours. Il s’agit de Le Magadur François (1876 Ploemel – 1937 Carnac), cordonnier au Coudiec en Carnac, aveugle suite à la guerre, surnommé : Françez ar soner que l’on peut écouter sur le 78 tours (réf K‐6705) avec son fils, sur un En Dro et un Laridé de 1932.

Je n’ai pas retrouvé le classement de ce concours.

Les Magadur père et fils – Source : G Bailloud, Zacharie Le Rouzic Carnac, Vannes, 2015, p. 79

Pardon des Menhirs, 1924

Le classement ne donne pas les noms des concurrents mais seulement les noms de leurs communes.

Concours de biniou :
Ancien :
1er prix : Joueurs d’Erdeven
2e prix : Joueurs de Vannes

Jeunes :
1er prix : Joueurs de Crach
2e prix : Joueurs de Carnac