Fête de Châtelaudren – Des sonneurs aux orchestres

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Le XIXe siècle est une période intéressante en matière d’évolution des cultures traditionnelles, notamment parce que les sources d’informations, telle la presse locale, se multiplient.

La première trace qu’il m’a été permis de retrouvée de la Fête de Châtelaudren remonte à 1843, son règlement publié dans la presse nous permet de connaître le programme et surtout les instruments et les danses pratiqués.

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Publicateur des Côtes-du-Nord, 18 août 1843.

On retrouve ici l’habituelle difficulté d’interprétation du terme générique « biniou ». Pourtant, on a tout lieu de penser que l’on a affaire ici au trio biniou, bombarde, tambour. En effet, c’est ce type d’orchestre que l’on retrouve dans tous les programmes des grandes fêtes de la région. Comme à Saint-Brieuc pour la fête des Courses, à Moncontour pour la Saint-Mathurin, seule la Saint-Loup de Guingamp fait exception avec un orchestre de la Garde Nationale à cette époque.
Dans les années suivantes, le programme de la fête de Châtelaudren n’évolue pas, le « biniou » reste à l’affiche. En 1857, changement, on découvre dans le premier article du programme, l’information suivante : « La Fête sera annoncée, le samedi au soir, au son de la musique, qui se composera d’un Biniou, d’un Haut-bois, d’un Tambourin, d’un Cornet à Piston et d’un Fifre (1) ». On trouve ici un orchestre original, composé du trio classique biniou, bombarde, tambour, auquel s’ajoutent deux instruments à vent : un cornet à piston et un fifre. Une formule pas banale à reconstituer aujourd’hui pour des musiciens en recherche de nouveauté !

En 1869, le «biniou» est absent : « Les binious que l’on avait arrêtés comme par le passé ont fait défaut. La Commission s’est réunie et a fait aller en toute hâte demander à Saint-Brieuc quelques musiciens (2) ». Il semble que par la suite le « biniou » ne revient plus, c’est un orchestre de ville, de type «harmonie» d’aujourd’hui, qui prend sa place.
On mesure ici l’évolution, en une vingtaine d’années, avec le passage d’une fête animée par des sonneurs (biniou) à l’arrivée d’un orchestre de ville. La formule du trio renforcé d’un cornet à piston et d’un fifre ne semble pas avoir remporté un grand succès, je n’en retrouve pas de trace par la suite. Doit-on voir dans cet orchestre de cinq instruments, un essai de sonneurs qui, voyant ces orchestres de ville les concurrencer, cherchent à suivre la nouveauté ?
L’évolution du type de musique ne se fait pas seule. On remarque dans le même temps une innovation dans le programme des danses. D’une affiche annonçant comme danses, rondes et dérobée de 1843 à 1860, apparaît une danse nouvelle, le quadrille, puis très rapidement la polka au début des années 1870. Est-ce cette modification de l’accompagnement musical qui influence sur l’évolution des danses ou l’inverse ?

[L’histoire de la Dérobée]

(1) Publicateur des Côtes-du-Nord, 8 août 1857.
(2) Publicateur des Côtes-du-Nord, 26 août 1869.

Kristian Morvan
Musique Bretonne, n° 192, Septembre 2005, p. 27.

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