Jean Douirin 1892-1974, tourneur à Plozévet

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Août 1946, Jean Douirin essaie ses instruments (Photo Dan Lailler, MuCEM)

Né en 1892, Jean Douirin a été le dernier des facteurs de biniou de l’ancienne génération, il décède à Plozévet en 1974. Il exposera ses instruments en 1942 à la Foire de Rennes qui avait décidé de mettre en avant l’artisanat régional. Une équipe d’ethnomusicologues du musée des Arts et Traditions Populaires, conduite par Claudie Marcel-Dubois fera l’acquisition à Plozévet chez Jean Douirin en 1946 d’un couple biniou et bombarde. Ces instruments seront ensuite exposés en 1951 au musée des A. T. P. pour une grande exposition consacré à l’art populaire en Bretagne. Aujourd’hui, ils sont conservés au MuCEM à Marseille.

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Août 1946, Jean Douirin creuse au couteau dans un élément de bourdon (Photo Dan Lailler, MuCEM)

Toujours en activité en 1955, Jean Douirin livre un biniou au Musée Bigouden de Pont l’Abbé. Ce biniou fera les faits divers de la presse locale en 2010. Il apparait après un inventaire du Musée que l’objet conservé dans les vitrines n’est qu’une copie. L’original ayant été échangé, au début des années 1960, par Yann-Kaourintin Ar Gall [Jean Corentin Le Gall] (1945-1995), grand sonneur de bombarde et luthier du pays bigouden.

Il parait paradoxal que les artisans du renouveau musical breton des années 1940/50 que sont Polig Monjarret et Dorig Le Voyer ne se soient pas plus intéressés à cet artisan en pleine possession de ses moyens, âgé seulement de 58 ans en 1950. Au début des années 1950, au moins deux tourneurs de biniou de tradition sont toujours en activité dans le sud Finistère : Pierre Jacob (1896-1954) à Pont-Aven, fils du célèbre Jean-Pierre Jacob de Keryado et Jean Douirin à Plozevet.

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1946 – Tuyaux et souches en ébène tournés, avec incrustation en étain de Jean Douirin.

 

 

 

 

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1944 – Bombarde tournée par Jean Douirin en buis, incrusté d’étain, bagues en os.

Source : MuCEM

 

 

 

 

 

Jean Douirin est aussi un sonneur de biniou. Avec son compère et ami Louis Guéguen (1892-1962), ils animent les fêtes de Plozévet des années 1920-40.

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Louis Guégen (1892-1962) à la bombarde et Jean Douirin au biniou en 1923. Source : A Plozévet autrefois, Tal ar Sonerien (bult. communal), n°38 – 2016, p. 25.

Depeche de Brest 11-07-1938

La Dépêche de Brest, 11 juillet 1938

Juillet 1938, le ministre de la Marine César Campinchi est accueilli sur le terrain d’aviation de Pluguffan par les binious de Plozévet : Louis Guéguen et Jean Douirin.

Le Finistere 16-07-1938

Le Finistère, 16 juillet 1938

Nos sonneurs ont sans doute été enregistrés sur un disque à gravure directe, réalisé à un seul exemplaire, qui est à retrouver. Si on peut écouter, aujourd’hui, Louis Guéguen grâce aux enregistrements Mouez Breiz des années 1950-60, Il n’y a pas d’enregistrement disponible de son compère.

Lallier

1943, Atelier Jacob à Keryado

Dans les décombres…

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Merci à Pierre-Alain Jacob pour cette photo et les renseignements

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La raison de la difficulté de retrouver des renseignements sur le célèbre atelier de fabrication de biniou Jacob s’explique en partie avec cette photo. Le port de Lorient et Keryado sont massivement bombardés au début de l’année 1943 par les Alliés. Il ne reste pas grand chose de l’atelier Jacob, seules une bombarde et une boite d’anches seront récupérées des décombres.

Bien que le plus célèbre des Jacob : Jean-Pierre décède en 1919, la famille continue la facture d’instrument avec Pierre (1896-1954) qui s’installe à Pont-Aven, mais il semble que Joseph (1887-1938) poursuit lui aussi le tournage d’instruments de musique.

Facture Jacob 1939

Facture Jacob de 1939

 

Facture manuscrite, datant de 1939,  de Pierre Jacob (1896-1954), qui est installé comme tourneur à la Tournerie de Pont-Aven depuis les années 1920. Pierre Jacob est le fils de Jean-Pierre Jacob (1865-1919) célèbre fabriquant de biniou de Keryado. Cette facture nous montre qu’il continue l’activité familiale en réalisant des instruments bretons jusque dans les années 1940.

En 1937, l’écrivain quimperois Charles Chassé (1883-1965) notait : « de beaux binious, aux bois de buis ou d’ébène, sont l’œuvre du tourneur Jacob de Pont-Aven » dans le journal La Dépêche de Brest.

Le prix de 700 fr. en 1939 est à comparer avec un couple (biniou + bombarde) « type Jacob » tel qu’il s’en commercialise aujourd’hui.

Tournerie - La Dépèche de Brest 2-03-1922

La Dépêche de Brest, 02/03/1922

Les vielles Kerboeuf

Petit Bleu Article de Pascal Cayeux, extrait du Petit Bleu des Côtes d’Armor du 07/03/2018

Rencontre: A Plouër-sur-Rance, Audren Kerboeuf maintient la vielle en vie

Luthier à Plouër-sur-Rance (Côtes d’Armor), il exporte ses instruments partout dans le monde. Reconversion réussie pour cet informaticien. Qui entretient un savoir-faire familial.

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Audren Kerboeuf dans son atelier de Plouër-sur-Rance où il rénove et fabriques des vielles à roue. Ses commandes arrivent de toute l’Europe, mais aussi du Brésil ou de Russie.

C’est un vieil instrument. L’instrument-orchestre, comme il est aussi surnommé, avec son clavier pour la mélodie et sa manivelle pour actionner la roue qui fait office d’archer sur les cordes. On en trouve les premières traces dès le IXe siècle, « il fallait être deux pour en jouer ».
La vielle a traversé les époques et les styles, de la musique baroque aux airs plus folkloriques et plus récents, d’Auvergne ou de Haute-Bretagne. Appareil du passé pas dépassé, la preuve puisqu’il s’en fabrique encore. Et parmi la poignée de fabricants qui subsiste en France, moins d’une dizaine, la marque Kerboeuf s’est taillé une belle réputation.

Bilan de compétences
Aujourd’hui, c’est Audren qui perpétue le savoir-faire familial. Qui ne remonte pas à la nuit des temps, mais à une trentaine d’années tout au plus, seulement serait-on même tenté de penser. On est en 1989, et Bernard Kerboeuf, ébéniste à côté de Saint-Brieuc (Étables-sur-Mer), accessoirement sonneur de bombardes, éprouve l’envie de tâter de la vielle à roue.
Sa passion pour l’instrument le poussera à en fabriquer une première, puis un peu plus tard à faire le choix professionnel de s’établir en tant que luthier dans le centre de la France, à La Châtre (Indre), ce coin du Berry où la vielle à roue est tout particulièrement populaire.
On imaginerait aisément le petit Audren traînant ses guêtres à longueur de journée dans l’atelier du parternel, s’imprégnant des moindres faits et gestes du luthier. Pas du tout. Bien que lui-même musicien, c’est plutôt dans les percussions qu’il s’éclate, en bagad ou en pipe-band. Mais aussi dans l’informatique, métier d’avenir…
« J’ai obtenu un Bac + 3 de web-master, puis j’ai été embauché comme chef de projet dans de grosses firmes, en Irlande puis dans le Nord de la France. Mais je ne m’éclatais pas… »
Il ose un bilan de compétences, dont le résultat sera sans équivoque : la filière qui lui conviendrait le mieux, c’est celle de l’artisanat d’art. Une surprise, y compris pour le principal intéressé.
« Je ne m’attendais pas à ça. Je ne savais pas vraiment vers quoi m’orienter, mais je savais par contre ce que je n’avais pas du tout envie de faire. L’artisanat d’art ? Pourquoi pas… J’ai tout de suite pensé à l’activité de mon père. »
À presque 30 ans, il se retrouve à passer en accéléré un CAP d’ébénisterie « avec des gamins de 15-16 ans, je vous assure que ça fait drôle », puis rejoint son père pour y apprendre la facture de vielle à roue en 2015.
Audren Kerboeuf a repris l’activité à son compte depuis le mois de septembre 2017, et l’a rapatriée en Bretagne pour l’établir dans son atelier de Plouër-sur-Rance, près de Dinan (Côtes d’Armor) :  « Un choix familial, ma compagne partageant son temps de travail entre Rennes et Saint-Malo ».

Un an de travail devant lui
Il est passé maître dans l’art de travailler l’érable ondé, le palissandre de Santos, l’épicéa du Jura ou le noyer français, principales essences utilisées pour la fabrication des vielles à roues. Tandis que chanterelles, sautereaux, bourdons et sympathiques, les cordes qui composent la vielle, n’ont plus de secret pour lui. Au point qu’il existe un son Kerboeuf, reconnu et apprécié des amoureux de l’instrument.
Ses commandes lui proviennent aujourd’hui de toute la France, mais aussi d’Italie, d’Espagne, des Pays-Bas, d’Angleterre et même du Brésil et de Russie, « j’ai un an de travail devant moi », se réjouit le jeune patron de 34 ans.
De la fabrication, mais aussi de la rénovation voulue par quelques collectionneurs, pièces de 1738 comme celle qu’il vient tout juste de retourner à son propriétaire, ou comme celle de 1752 à laquelle il va bientôt s’attaquer. Comme un clin d’œil du destin : c’est dans ces « monuments du passé » que l’ancien informaticien est en train de se tracer un avenir…

Pour retrouver sur Internet : http://www.vielleskerboeuf.com/

Dominique fabrique des cornemuses

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Métier d’art. Dominique fabrique des cornemuses

Dominique Bougé

Dominique Bougé est facteur d’instruments à vent. Entre cornemuses et veuzes, le sexagénaire s’adapte pour répondre aux musiciens locaux et internationaux depuis son atelier de Saint-Vran (22).

Dans son atelier de Saint-Vran, Dominique Bougé façonne les bûches de bois pour y laisser apparaître cornemuses, binious et autres veuzes. Depuis près de 40 ans, le sexagénaire est facteur d’instruments à vent. C’est adolescent que ce bourguignon d’origine découvre la cornemuse. « Je regardais l’Eurovision et le groupe irlandais Planxty est passé. J’ai été fasciné en voyant tous les détails de l’instrument. J’ai voulu en fabriquer », se souvient l’artisan. Après son CAP de menuiserie-ébénisterie, il entreprend un « petit tour de France » à la rencontre de « ceux qui tournaient », une technique consistant à sculpter le bois pendant qu’il tourne sur lui-même. Mais c’est en pratiquant qu’il apprend son métier. « J’ai des cartons entiers de ratés », constate-t-il.

Un métier de patience
Il y a 20 ans, le facteur quitte sa Bourgogne natale pour s’installer dans les Côtes-d’Armor. Au pays du biniou, il s’attelle à la fabrication d’instruments locaux. Il y travaille le bois de palissandre, d’ébène ou de buis, qu’il va directement chercher dans les propriétés des environs. « Ce qui me plaît, c’est de partir d’un tas de bois et d’en faire un instrument de musique », sourit-il. C’est avec passion que l’homme aux cheveux grisonnants raconte les heures passées dans son atelier avec un maître mot : la patience. D’abord parce qu’il faut au moins cinq ans, une fois le bois ramassé, pour pouvoir le travailler. « C’est le temps qu’il lui faut pour sécher ». De la patience aussi, parce qu’il ne faut pas moins d’une semaine pour faire naître l’un de ses instruments. Il en vend entre deux et trois par mois. « La demande est fluctuante. Il y a deux ou trois ans il y a eu une baisse des ventes, les gens mettaient leur argent ailleurs ». S’il a des commandes d’Allemagne, d’Italie ou encore du Canada, le facteur de cornemuses reconnaît, en effet, que le métier n’a rien d’évident. « C’est difficile de toujours créer quelque chose qui intéresse les gens ». Alors Dominique Bougé s’adapte à la demande et fait du sur-mesure. « Ça, par exemple, c’est une flûte de méditation, explique l’artisan, un tube troué en bois foncé dans les mains. Un musicien m’a décrit ce qu’il voulait et le son qu’il attendait, il a composé son instrument et je l’ai fabriqué ».

Des instruments et des livres
Comme chaque fois qu’il touche un instrument, Dominique Bougé en sort une mélodie. « Je joue avec tous », témoigne le musicien. Et lorsqu’il ne joue pas, il s’adonne à une autre passion en se plongeant dans des lectures historiques. « J’aime tout ce qui est archaïque », dit-il reposant l’ouvrage « 1421, l’année où la Chine a découvert l’Amérique ». Parfois pourtant, Dominique Bougé délaisse son atelier pour aller faire découvrir son métier auprès du public. Il sera ce week-end au Château de Quintin, dans le cadre des journées européennes des métiers d’art. Mais toujours accompagné de ses instruments. Et de ses livres.

http://www.letelegramme.fr/cotesarmor/metier-d-art-dominique-fabrique-des-cornemuses-07-04-2018-11917014.php

Le Télégramme : 07 avril 2018 – MATHILDE PIAUD

Les belles anches d’Yves-Marie

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Depuis quinze ans, le Lannionnais Yves-Marie Le Bras s’est spécialisé dans la fabrication d’anches pour bombardes et binious kozh. Un travail exigeant.

Ses anches ont fait sa renommée en Bretagne et même au-delà. Depuis quinze ans, Yves-Marie Le Bras fabrique ces pièces indispensables aux sonneurs, avec un souci de la perfection. Un travail manuel qui fait aussi appel à ses connaissances de musicien traditionnel.

Yves-Marie Le Bras s’intéresse aux anches… doubles. Ces deux lamelles sont mises en vibration par les sonneurs pour produire leur musique traditionnelle. Depuis quinze ans, le Lannionnais en a fait son activité professionnelle principale, à Loguivy-lès-Lannion. Aujourd’hui, à 49 ans, il fait partie du petit cercle des facteurs d’anches bretons. Et sa renommée s’est constituée uniquement par le bouche-à-oreille. Les bagads, les écoles de musique, les magasins d’instruments, les groupes, les associations et les particuliers font appel à ses services. « Il faut compter entre un à deux mois de délai, expose Yves-Marie Le Bras. L’activité reste soutenue toute l’année avec des pics avant et après l’été. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer. » Musicien, Yves-Marie Le Bras a presque réalisé son rêve d’adolescent, celui de fabriquer des instruments. Professionnellement, il est d’abord parti dans l’ébénisterie (bureau d’études, formation), mais un jour, il a eu le déclic, « à force d’entendre que les musiciens avaient dû mal à se procurer des anches ».

« Il n’y a pas d’école pour apprendre »

« J’ai commencé par fabriquer des anches à la main puis avec des outils, se souvient-il. Il m’a fallu deux à trois ans pour la mise au point. Il n’y a pas d’école pour apprendre. » « Il n’y avait rien à inventer ; je n’ai fait que recopier ce qui existait déjà, mais la difficulté, c’était de mettre en fabrication », précise-t-il, modeste. Aujourd’hui, il a réussi à standardiser sa production : il réalise des séries de 100, 200 ou 300 pièces et propose une quinzaine de modèles, suivant les tonalités de bombardes et binious kozh. « Plus les anches sont petites, plus cela exige du temps », explique-t-il. C’est notamment le cas de l’anche de bourdon.

 Une fabrication complexe et délicate

Chaque étape de fabrication demande minutie et concentration, mais c’est loin de déplaire à ce grand manuel. Tout commence par la sélection du roseau, à l’oeil ; il est reçu du Var sous forme de tubes. « On va d’abord fendre le roseau en lamelles, détaille le facteur. Ensuite, on rabote l’intérieur du roseau pour ne garder que la partie la plus dure. Puis on coupe, selon une certaine longueur, la lamelle qui est pliée en deux. On va tailler la forme triangulaire de l’anche, puis on procède à l’effilage ». Cette opération de grattage du bout de l’anche est déterminante, car elle va jouer sur la dureté de l’anche, son timbre et son son. « On passe à une deuxième opération d’effilage, dans l’autre sens, pour faciliter le montage de l’anche, poursuit notre passionné. Il ne faut pas que le roseau se fende. On va resserrer les deux lamelles avec du fil nylon sur le tube en laiton qui est, lui, collé à un morceau de liège. » « Il ne faut jamais quitter de vue ce que l’on fait, précise-t-il. Par exemple, si les anches de lévriad tombent, c’est fini ! » S’il maîtrise son geste avec l’expérience, Yves-Marie Le Bras reste à l’écoute des musiciens et cherche à fabriquer un produit le plus stable possible. C’est peut-être ce qui fait sa force !

Des anches expédiées en Italie et en Allemagne

À ses clients ensuite de bien prendre soin des anches, fragiles tout de même. « Leur durée de vie peut être de quelques heures à quelques années, expose-t-il. Les musiciens en emmènent souvent plusieurs avec eux et avant de jouer, ils les essayent. Car le son de chaque anche peut varier en fonction du temps qu’il fait. » Ce spécialiste, un brin perfectionniste, a encore du travail devant lui ! Il lui arrive même parfois d’expédier des pièces en Italie ou en Allemagne.

Le Télégramme : 20 janvier 2018 – Lannion – Lucile Argaud