Facture Jacob 1939

Facture Jacob de 1939

 

Facture manuscrite, datant de 1939,  de Pierre Jacob (1896-1954), qui est installé comme tourneur à la Tournerie de Pont-Aven depuis les années 1920. Pierre Jacob est le fils de Jean-Pierre Jacob (1865-1919) célèbre fabriquant de biniou de Keryado. Cette facture nous montre qu’il continue l’activité familiale en réalisant des instruments bretons jusque dans les années 1940.

En 1937, l’écrivain quimperois Charles Chassé (1883-1965) notait : « de beaux binious, aux bois de buis ou d’ébène, sont l’œuvre du tourneur Jacob de Pont-Aven » dans le journal La Dépêche de Brest.

Le prix de 700 fr. en 1939 est à comparer avec un couple (biniou + bombarde) « type Jacob » tel qu’il s’en commercialise aujourd’hui.

Tournerie - La Dépèche de Brest 2-03-1922

La Dépêche de Brest, 02/03/1922

Publicités

Les vielles Kerboeuf

Petit Bleu Article de Pascal Cayeux, extrait du Petit Bleu des Côtes d’Armor du 07/03/2018

Rencontre: A Plouër-sur-Rance, Audren Kerboeuf maintient la vielle en vie

Luthier à Plouër-sur-Rance (Côtes d’Armor), il exporte ses instruments partout dans le monde. Reconversion réussie pour cet informaticien. Qui entretient un savoir-faire familial.

Kerboeuf Petit Bleu 2018

Audren Kerboeuf dans son atelier de Plouër-sur-Rance où il rénove et fabriques des vielles à roue. Ses commandes arrivent de toute l’Europe, mais aussi du Brésil ou de Russie.

C’est un vieil instrument. L’instrument-orchestre, comme il est aussi surnommé, avec son clavier pour la mélodie et sa manivelle pour actionner la roue qui fait office d’archer sur les cordes. On en trouve les premières traces dès le IXe siècle, « il fallait être deux pour en jouer ».
La vielle a traversé les époques et les styles, de la musique baroque aux airs plus folkloriques et plus récents, d’Auvergne ou de Haute-Bretagne. Appareil du passé pas dépassé, la preuve puisqu’il s’en fabrique encore. Et parmi la poignée de fabricants qui subsiste en France, moins d’une dizaine, la marque Kerboeuf s’est taillé une belle réputation.

Bilan de compétences
Aujourd’hui, c’est Audren qui perpétue le savoir-faire familial. Qui ne remonte pas à la nuit des temps, mais à une trentaine d’années tout au plus, seulement serait-on même tenté de penser. On est en 1989, et Bernard Kerboeuf, ébéniste à côté de Saint-Brieuc (Étables-sur-Mer), accessoirement sonneur de bombardes, éprouve l’envie de tâter de la vielle à roue.
Sa passion pour l’instrument le poussera à en fabriquer une première, puis un peu plus tard à faire le choix professionnel de s’établir en tant que luthier dans le centre de la France, à La Châtre (Indre), ce coin du Berry où la vielle à roue est tout particulièrement populaire.
On imaginerait aisément le petit Audren traînant ses guêtres à longueur de journée dans l’atelier du parternel, s’imprégnant des moindres faits et gestes du luthier. Pas du tout. Bien que lui-même musicien, c’est plutôt dans les percussions qu’il s’éclate, en bagad ou en pipe-band. Mais aussi dans l’informatique, métier d’avenir…
« J’ai obtenu un Bac + 3 de web-master, puis j’ai été embauché comme chef de projet dans de grosses firmes, en Irlande puis dans le Nord de la France. Mais je ne m’éclatais pas… »
Il ose un bilan de compétences, dont le résultat sera sans équivoque : la filière qui lui conviendrait le mieux, c’est celle de l’artisanat d’art. Une surprise, y compris pour le principal intéressé.
« Je ne m’attendais pas à ça. Je ne savais pas vraiment vers quoi m’orienter, mais je savais par contre ce que je n’avais pas du tout envie de faire. L’artisanat d’art ? Pourquoi pas… J’ai tout de suite pensé à l’activité de mon père. »
À presque 30 ans, il se retrouve à passer en accéléré un CAP d’ébénisterie « avec des gamins de 15-16 ans, je vous assure que ça fait drôle », puis rejoint son père pour y apprendre la facture de vielle à roue en 2015.
Audren Kerboeuf a repris l’activité à son compte depuis le mois de septembre 2017, et l’a rapatriée en Bretagne pour l’établir dans son atelier de Plouër-sur-Rance, près de Dinan (Côtes d’Armor) :  « Un choix familial, ma compagne partageant son temps de travail entre Rennes et Saint-Malo ».

Un an de travail devant lui
Il est passé maître dans l’art de travailler l’érable ondé, le palissandre de Santos, l’épicéa du Jura ou le noyer français, principales essences utilisées pour la fabrication des vielles à roues. Tandis que chanterelles, sautereaux, bourdons et sympathiques, les cordes qui composent la vielle, n’ont plus de secret pour lui. Au point qu’il existe un son Kerboeuf, reconnu et apprécié des amoureux de l’instrument.
Ses commandes lui proviennent aujourd’hui de toute la France, mais aussi d’Italie, d’Espagne, des Pays-Bas, d’Angleterre et même du Brésil et de Russie, « j’ai un an de travail devant moi », se réjouit le jeune patron de 34 ans.
De la fabrication, mais aussi de la rénovation voulue par quelques collectionneurs, pièces de 1738 comme celle qu’il vient tout juste de retourner à son propriétaire, ou comme celle de 1752 à laquelle il va bientôt s’attaquer. Comme un clin d’œil du destin : c’est dans ces « monuments du passé » que l’ancien informaticien est en train de se tracer un avenir…

Pour retrouver sur Internet : http://www.vielleskerboeuf.com/

Dominique fabrique des cornemuses

logo-le-télégramme-570x300

Métier d’art. Dominique fabrique des cornemuses

Dominique Bougé

Dominique Bougé est facteur d’instruments à vent. Entre cornemuses et veuzes, le sexagénaire s’adapte pour répondre aux musiciens locaux et internationaux depuis son atelier de Saint-Vran (22).

Dans son atelier de Saint-Vran, Dominique Bougé façonne les bûches de bois pour y laisser apparaître cornemuses, binious et autres veuzes. Depuis près de 40 ans, le sexagénaire est facteur d’instruments à vent. C’est adolescent que ce bourguignon d’origine découvre la cornemuse. « Je regardais l’Eurovision et le groupe irlandais Planxty est passé. J’ai été fasciné en voyant tous les détails de l’instrument. J’ai voulu en fabriquer », se souvient l’artisan. Après son CAP de menuiserie-ébénisterie, il entreprend un « petit tour de France » à la rencontre de « ceux qui tournaient », une technique consistant à sculpter le bois pendant qu’il tourne sur lui-même. Mais c’est en pratiquant qu’il apprend son métier. « J’ai des cartons entiers de ratés », constate-t-il.

Un métier de patience
Il y a 20 ans, le facteur quitte sa Bourgogne natale pour s’installer dans les Côtes-d’Armor. Au pays du biniou, il s’attelle à la fabrication d’instruments locaux. Il y travaille le bois de palissandre, d’ébène ou de buis, qu’il va directement chercher dans les propriétés des environs. « Ce qui me plaît, c’est de partir d’un tas de bois et d’en faire un instrument de musique », sourit-il. C’est avec passion que l’homme aux cheveux grisonnants raconte les heures passées dans son atelier avec un maître mot : la patience. D’abord parce qu’il faut au moins cinq ans, une fois le bois ramassé, pour pouvoir le travailler. « C’est le temps qu’il lui faut pour sécher ». De la patience aussi, parce qu’il ne faut pas moins d’une semaine pour faire naître l’un de ses instruments. Il en vend entre deux et trois par mois. « La demande est fluctuante. Il y a deux ou trois ans il y a eu une baisse des ventes, les gens mettaient leur argent ailleurs ». S’il a des commandes d’Allemagne, d’Italie ou encore du Canada, le facteur de cornemuses reconnaît, en effet, que le métier n’a rien d’évident. « C’est difficile de toujours créer quelque chose qui intéresse les gens ». Alors Dominique Bougé s’adapte à la demande et fait du sur-mesure. « Ça, par exemple, c’est une flûte de méditation, explique l’artisan, un tube troué en bois foncé dans les mains. Un musicien m’a décrit ce qu’il voulait et le son qu’il attendait, il a composé son instrument et je l’ai fabriqué ».

Des instruments et des livres
Comme chaque fois qu’il touche un instrument, Dominique Bougé en sort une mélodie. « Je joue avec tous », témoigne le musicien. Et lorsqu’il ne joue pas, il s’adonne à une autre passion en se plongeant dans des lectures historiques. « J’aime tout ce qui est archaïque », dit-il reposant l’ouvrage « 1421, l’année où la Chine a découvert l’Amérique ». Parfois pourtant, Dominique Bougé délaisse son atelier pour aller faire découvrir son métier auprès du public. Il sera ce week-end au Château de Quintin, dans le cadre des journées européennes des métiers d’art. Mais toujours accompagné de ses instruments. Et de ses livres.

http://www.letelegramme.fr/cotesarmor/metier-d-art-dominique-fabrique-des-cornemuses-07-04-2018-11917014.php

Le Télégramme : 07 avril 2018 – MATHILDE PIAUD

Les belles anches d’Yves-Marie

Résultat de recherche d'images pour

Depuis quinze ans, le Lannionnais Yves-Marie Le Bras s’est spécialisé dans la fabrication d’anches pour bombardes et binious kozh. Un travail exigeant.

Ses anches ont fait sa renommée en Bretagne et même au-delà. Depuis quinze ans, Yves-Marie Le Bras fabrique ces pièces indispensables aux sonneurs, avec un souci de la perfection. Un travail manuel qui fait aussi appel à ses connaissances de musicien traditionnel.

Yves-Marie Le Bras s’intéresse aux anches… doubles. Ces deux lamelles sont mises en vibration par les sonneurs pour produire leur musique traditionnelle. Depuis quinze ans, le Lannionnais en a fait son activité professionnelle principale, à Loguivy-lès-Lannion. Aujourd’hui, à 49 ans, il fait partie du petit cercle des facteurs d’anches bretons. Et sa renommée s’est constituée uniquement par le bouche-à-oreille. Les bagads, les écoles de musique, les magasins d’instruments, les groupes, les associations et les particuliers font appel à ses services. « Il faut compter entre un à deux mois de délai, expose Yves-Marie Le Bras. L’activité reste soutenue toute l’année avec des pics avant et après l’été. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer. » Musicien, Yves-Marie Le Bras a presque réalisé son rêve d’adolescent, celui de fabriquer des instruments. Professionnellement, il est d’abord parti dans l’ébénisterie (bureau d’études, formation), mais un jour, il a eu le déclic, « à force d’entendre que les musiciens avaient dû mal à se procurer des anches ».

« Il n’y a pas d’école pour apprendre »

« J’ai commencé par fabriquer des anches à la main puis avec des outils, se souvient-il. Il m’a fallu deux à trois ans pour la mise au point. Il n’y a pas d’école pour apprendre. » « Il n’y avait rien à inventer ; je n’ai fait que recopier ce qui existait déjà, mais la difficulté, c’était de mettre en fabrication », précise-t-il, modeste. Aujourd’hui, il a réussi à standardiser sa production : il réalise des séries de 100, 200 ou 300 pièces et propose une quinzaine de modèles, suivant les tonalités de bombardes et binious kozh. « Plus les anches sont petites, plus cela exige du temps », explique-t-il. C’est notamment le cas de l’anche de bourdon.

 Une fabrication complexe et délicate

Chaque étape de fabrication demande minutie et concentration, mais c’est loin de déplaire à ce grand manuel. Tout commence par la sélection du roseau, à l’oeil ; il est reçu du Var sous forme de tubes. « On va d’abord fendre le roseau en lamelles, détaille le facteur. Ensuite, on rabote l’intérieur du roseau pour ne garder que la partie la plus dure. Puis on coupe, selon une certaine longueur, la lamelle qui est pliée en deux. On va tailler la forme triangulaire de l’anche, puis on procède à l’effilage ». Cette opération de grattage du bout de l’anche est déterminante, car elle va jouer sur la dureté de l’anche, son timbre et son son. « On passe à une deuxième opération d’effilage, dans l’autre sens, pour faciliter le montage de l’anche, poursuit notre passionné. Il ne faut pas que le roseau se fende. On va resserrer les deux lamelles avec du fil nylon sur le tube en laiton qui est, lui, collé à un morceau de liège. » « Il ne faut jamais quitter de vue ce que l’on fait, précise-t-il. Par exemple, si les anches de lévriad tombent, c’est fini ! » S’il maîtrise son geste avec l’expérience, Yves-Marie Le Bras reste à l’écoute des musiciens et cherche à fabriquer un produit le plus stable possible. C’est peut-être ce qui fait sa force !

Des anches expédiées en Italie et en Allemagne

À ses clients ensuite de bien prendre soin des anches, fragiles tout de même. « Leur durée de vie peut être de quelques heures à quelques années, expose-t-il. Les musiciens en emmènent souvent plusieurs avec eux et avant de jouer, ils les essayent. Car le son de chaque anche peut varier en fonction du temps qu’il fait. » Ce spécialiste, un brin perfectionniste, a encore du travail devant lui ! Il lui arrive même parfois d’expédier des pièces en Italie ou en Allemagne.

Le Télégramme : 20 janvier 2018 – Lannion – Lucile Argaud

Benoît Queffeulou – Facteur d’Anches

logo-le-télégramme-570x300

Facteur d’anches. Il quitte le pétrole pour la bombarde
Publié le 20 novembre 2017

Queffelou Telegramme 2017

Éric Rannou

Chez lui, Benoît Queffeulou a aménagé un local en atelier, afin d’y fabriquer ses premières anches de bombarde.

En Bretagne, ils ne sont qu’une poignée de facteurs d’anches pour bombarde. Depuis début octobre, Benoît Queffeulou, qui habite Saint-Agathon (22), les a rejoints, après avoir quitté l’univers de la recherche du pétrole et du gaz.

Après 17 années passées dans la prospection de pétrole et de gaz aux quatre coins du monde, Benoît Queffeulou a décidé de poser définitivement sa besace à terre, à Saint-Agathon. « J’ai fait quelques missions en France mais c’était principalement à l’étranger. Les seuls continents que je n’ai pas faits, c’est l’Australie et l’Amérique du sud. Au début, c’était des missions à terre. Après, j’étais sur un bateau », témoigne Benoît. Il gérait le planning des équipes et s’occupait de la qualité des données récupérées.

Sonneur depuis 30 ans
Celui qui a passé plus de temps à travailler en mer que sur terre s’attaque aujourd’hui à une nouvelle partition dans son parcours professionnel. En octobre, ce jeune quadragénaire a créé son entreprise de facteur d’anches, pour fabriquer des embouts de bombarde. Au début de l’année 2018, « Korz a son » (le roseau qui sonne) deviendra sa seule activité.
Ce profil scientifique à la base, qui possède un DUT en mesures physiques, ne s’aventure pas en terre inconnue. Il connaît la musique en matière de bombarde, instrument qu’il pratique depuis 30 ans. « Quand j’étais plus petit, j’allais à la Saint-Loup. Je voyais toujours des sonneurs de bombarde. J’avais dit à mes parents :  » Moi, je veux faire ça « . Un jour, ça s’est fait. Je suis parti au bagad à Pommerit-le-Vicomte avec un copain de classe », se rappelle Benoît, qui aime le « son et le timbre de cet instrument ».
Après Pommerit-le-Vicomte, il met sa bombarde aux services d’autres bagadoù, comme Pontivy et Guingamp. Depuis quelques années, il a déserté ces formations pour privilégier sa vie de famille. C’est aussi cette raison qui l’a poussé à prendre ce virage professionnel : « Quand tu pars six ou sept semaines, tu peux rater beaucoup de choses dans la vie de famille. J’ai eu la chance de vivre les événements les plus importants, comme la naissance et les premiers pas des enfants, mais on n’a pas tous les Noël, ni les fêtes. Il y a beaucoup de choses que l’on ne voit pas non plus dans le cursus scolaire des enfants », poursuit le père de deux filles, âgées de 9 et 13 ans. Aujourd’hui, il va pouvoir profiter pleinement de sa vie de famille.

La promesse faite à Daniel
« Ce n’est pas le seul facteur. Je m’épanouissais moins aussi dans mon travail. Ça fait trois ans que je me posais la question d’arrêter ». Le métier de facteur d’anches ne date pas de cette époque. Cette envie remonte très loin dans son histoire personnelle. « Je suis de Pont-Melvez. Daniel Le Noan, qui était le seul facteur d’anches jusqu’à il y a peu de temps, habitait à Plougonver, à 3 km à vol d’oiseau de chez mes parents. Ça m’arrivait de prendre mon vélo et d’aller chez lui pour avoir une anche. J’ai toujours été émerveillé en regardant les anches. En 2010, je lui avais dit que je m’installerais le jour où il partirait à la retraite ».
C’est arrivé en mars 2016. Un local, transformé chez lui en atelier, lui donne un espace pour créer ses premières anches, et le bouche-à-oreille lui apporte ses premiers clients. Au fil des derniers mois, son rêve d’enfant est devenu réalité.

Tél. 06.83.49.82.19.