L’orchestre breton par Maurice Duhamel (1884-1940)

Le couple biniou bombarde vu par Maurice Duhamel

Duhamel de son vrai nom Maurice Bourgeaux, (1884-1940), fils d’un marchand de charbon de Rennes, était un musicien, journaliste et un homme politique breton.  Excellent musicien, il a composé de nombreuses œuvres, recherché et harmonisé des chansons bretonnes et participé comme journaliste à plusieurs revues musicales. Parallèlement, il a appris le breton, et rédigé des études sur la littérature bretonne. En 1912, il quitte l’Union régionaliste bretonne (URB) avec Emile Masson, Camille Le Mercier d’Erm, François Vallée et Loeiz Herrieu qu’il juge trop réactionnaire pour créer la Fédération Régionaliste de Bretagne (FRB). Maurice Duhamel est aujourd’hui reconnu pour avoir publié en 1913 « Musiques Bretonnes, airs et variantes mélodiques des chants et chansons populaires de la Basse-Bretagne publiés par F. – M. Luzel et Anatole Le Braz« , cet important recueil de 450 pièces musicales, vient en complément des collectages de Luzel et Le Braz (1).

Musica 1913

La revue mensuelle Musica (octobre 1902-août 1914) est la première revue illustrée consacrée à la musique en France.

En 1913, il publie dans la revue Musica une courte mais intéressante étude sur le couple biniou et bombarde intitulée L’orchestre Breton.

Sans titre

[pour facilité de lecture je reproduit intégralement le texte]

L’ORCHESTRE BRETON

C’est une lande d’ajoncs dorés et de bruyères roses, où le granit affleure. Le silence règne. Tout à coup, un son aigu, perçant, nasal, déchire l’air ; puis une gamme étrangement fausse, fleurie d’ornements imprévus, s’égrène sur une basse « en bourdon ». C’est le biniou qui prélude. La bombarde se joint à lui, accordée à un quart de ton d’intervalle, — et la dissonance est d’abord un supplice pour l’oreille. Mais le timbre pathétique et prenant de la bombarde s’impose. Au bout d’un instant, on n’entend plus qu’elle. À force de souffle, les deux instrumentistes ont d’ailleurs à peu près accordé leurs instruments. Et l’on est tout surpris, après la cacophonie du début, de ne plus percevoir qu’un chant nostalgique et vibrant, auquel de légères discordances semblent n’être, çà et là, qu’un raffinement de plus, et qui exprime, mieux que tout autre, la poésie intense du paysage.
Ce concert pittoresque et naïf, vous avez pu l’entendre maintes fois, au cours des villégiatures estivales, en Bretagne. L’entendez-vous souvent encore ? Il est permis d’en douter. Dans plus d’un « pardon », la clarinette a détrôné le petit hautbois et la cornemuse antique, et nombre de noces veulent, aujourd’hui, danser à l’accordéon. Aussi les « sonneurs » se font-ils plus rares. Les luthiers rustiques qui les fournissaient meurent, l’un après l’autre, et ne sont pas remplacés. Il est donc temps de dire ce que sont ce biniou et cette bombarde, avant que le « progrès » niveleur ne les ait relégués aux musées des Conservatoires, galerie des instruments anciens…
Le biniou, qui inspira tant de pages aux voyageurs, et fournit si souvent une rime à M. Botrel, n’a guère de breton que son nom, qui veut dire : outil. Soumponiah des Assyriens et des Hébreux, nay ambanah des Perses, tourry des Indous, zouggarah des Arabes, utricularium des Romains, et cornemuse des peuples modernes, on le trouve, dès les temps les plus reculés, chez tous les peuples, et sous toutes les latitudes. Son principe est simple et rappelle un peu, avec une réalisation rudimentaire, celui de l’harmonium et de l’orgue. Le « sonneur » gonfle d’air un sac de chèvre suiffée (ar zac’h), au moyen du porte-vent (ar zutel) que ferme une soupape. L’air s’échappe par les orifices de deux tuyaux : le bourdon (ar c’horn-boud), qui fait entendre, en basse continue, une note unique, et le chalumeau (al levriad), tuyau de bois percé de trous, sur lequel l’instrumentiste promène ses doigts.
En bouchant tous les trous du chalumeau, et en relevant les doigts un à un, on obtient une gamme qui rappelle, dans sa première quinte, la gamme par tons des compositeurs modernes.
Les notes intermédiaires s’exécutent, soit en n’obturant qu’en partie les trous du chalumeau, soit au moyen du doigté fourchu.
Le biniou, de par sa structure même, ne peut répéter plusieurs fois de suite la même note. Les sonneurs tournent la difficulté en introduisant, entre chaque son à répéter, une ou plusieurs petites notes d’agrément.
Ces « broderies » font partie du style classique du biniou, et le meilleur sonneur est celui qui peut agrémenter des plus copieuses fioritures les airs traditionnels de son pays. Il ne faut donc pas s’étonner que, du biniou, elles aient passé à la bombarde — instrument chanteur de l’orchestre breton —  où le mécanisme ne les rendait nullement indispensables.
La bombarde est un petit hautbois, d’une fabrication grossière, analogue à la musette sans clefs, mais muni d’une anche plus forte, qui lui vaut de donner des sons beaucoup plus retentissants, — d’où son nom, probablement.
Adjointe au biniou à une époque relativement récente, la bombarde a bientôt réduit son camarade au rôle d’accompagnateur. Au biniou est départie la tâche de préluder.
Sur le premier point d’orgue, la bombarde attaque le thème, que le biniou accompagne autant que le lui permet son échelle incomplète, et qu’il reprend, toutes les fois que se repose la bombarde – dont le jeu exige une dépense de souffle considérable. Et, le morceau terminé, il en marque la fin en laissant se dégonfler son outre sur une note aiguë.
Ce sont de curieuses figures que les « sonneurs » bretons. Aucun d’eux, naturellement, ne connaît la musique : tous jouent d’instinct. Et comme je demandais à un joueur de bombarde – particulièrement renommé, dans les montagnes de Cornouailles, par son jeu brillant et orné – comment il avait appris les airs qu’il exécutait, il me répondit :
– Gant sonerien gozoc’h evidoun ! (Avec des sonneurs plus anciens que moi).
L’estime où l’on tenait les sonneurs, en Bretagne, s’atteste par le salaire qu’ils recevaient. Il n’était pas rare que les deux musiciens, logés et nourris par leurs hôtes, touchassent dix écus de trois francs pour jouer durant les trois jours que dure une noce bretonne. Un métier accessoire les aidait à vivre, durant le carême – où toutes réjouissances s’interrompent – et dans l’intervalle des pardons et des noces.
Ce métier accessoire tend à devenir, à présent, la principale ressource de ces frustres instrumentistes, et c’est leur art qui est maintenant, pour eux, un « à côté ». Ainsi le veut l’évolution. Aux dérobées, aux passepieds, aux jabadaos d’autrefois, la jeunesse actuelle préfère les polkas et les valses qu’on danse dans les villes ; et elle souhaite les danser au son d’instruments plus modernes. Un jour viendra donc, sans doute, où biniou et bombarde ne seront plus que des souvenirs, et où l’on se montrera curieusement les derniers sonneurs – comme on se montre, au Pays de Galles, les derniers joueurs de la harpe à trois rangs de cordes, aujourd’hui cultivée par une seule famille, après avoir été l’instrument national de la Cambrie.

Maurice DUHAMEL. (2)
Chargé du cours de musique celtique à l’École des Hautes Études sociales.

Maurice Duhamel, bien que natif de Rennes, connait visiblement bien le couple biniou bombarde, qu’il décrit avec précision et justesse. Duhamel est précis sur les techniques de jeux, les ornementations des sonneurs, mais reste vague sur les gammes et tonalités qu’ils utilisent. Notons  qu’il a rencontré le couple Yves Menguy et Guillaume Léon sonneurs réputés du Pohers (région de Carhaix), qui sont notés comme informateurs à plusieurs reprises dans son livre Musique Bretonne de 1913.

(1) Réédition par Dastum, Rennes, 1997. – Lire l’étude de Marthe Vassallo, Les chants du livre bleu, CD + Livre, Son an Ero, 2015, 207 p.

(2) Musica n° 129 Juin 1913, p. 121

Midy Arthur (1887-1944)

Danse place des halles au Faouët

Sans titre

Arthur Midy est né à Saint Quentin en Yveline. Dès ces douze ans, ses talents de peintre sont encouragé par la ville, qui lui octroie de multiples prix et récompenses, et financera sa formation aux Beaux-Arts. Il suivra en parallèle une formation artistique à l’Académie Julian à Paris. Il exposera au Salon des Artistes Français de 1897 à 1928.

C’est à 28 ans qu’il découvre Le Faouët, et qu’il s’initie à la scène de genre et au paysage, délaissant les sujets d’histoire ou biblique pour lesquels il a été formé. Désormais il partagera sa vie entre Paris et le Faouët. En 1914, c’est lui et David-Nillet qui inaugureront le premier Musée du Faouët, qui à l’époque se résume à une salle de la Mairie. En 1921, Arthur Midy est nommé expert auprès de la commission de restitution des œuvres d’arts saisies en France par les Allemands. C’est comme cela qu’il rencontrera Émilie Maïer, qui deviendra sa deuxième femme en 1938. Durant toutes ses années, il passe progressivement de la peinture académique à la touche franche et frémissante, portant de plus en plus d’attention à la vibration de la lumière et aux couleurs. Il peint beaucoup sur le motif, sillonnant la campagne à bicyclette. Son œuvre est d’une grande richesse ethnographique. Il peindra un peu partout dans le Finistère et le Morbihan. Dès 1925, il exposera régulièrement au Salon des beaux-Arts de Lorient.

Arthur Midy et sa femme eurent une fin tragique. Il fut tué à la fin de la seconde guerre mondiale par la résistance, trouvant que ce couple Franco-Allemand avait trop pactisé avec l’ennemi. Source : http://www.bretagneancienne.com/product-list

Conférence : Jean Guillerm # 3

18 aout à 17 h dans les locaux de Ti ar Vro Gwengamp ( 3 place du Champ au Roy à Guingamp)

 

Guillerm f

Jean Guillerm de Belle-Isle-en-Terre (1857-1922) premier sonneur de Bagpipe en Bretagne

Une conférence animée par Kristian Morvan autour de l’exposition « Jean Guillerm, 1ere cornemuse de Bretagne » …Sur l’étonnant parcours de ce sonneur Tregorois qui aurait introduit l’usage de la Cornemuse en Bretagne. Expo : Dastum.