Le biniou de Ploërmel

A la recherche du sonneur de Ploërmel

 

Film réalisé par les élèves du collège Beaumanoir et leur professeur de français Vincent Soubigou.

Ploermel

LE BINIOU DE PLOERMEL
A docteur Pierre Merklen.


C’est dans la bonne petite ville de Ploërmel, célébrée par Meyerbeer, et très diversement illustrée par messire Jean de Beaumanoir et par le providentiel inventeur du traitement ouaté, le docteur Alphonse Guérin…
Le monument de l’illustre chirurgien va être solennellement inauguré.
Des drapeaux flottent aux fenêtres, des branches de pin encadrent les portes, et les sabots claquent, plus nombreux, sur les pavés pointus des ruelles de la vieille ville.
Dans un décor de verdure, sur une petite place d’une intimité charmante, le monument émerge d’un cercle compact de larges chapeaux, noirs et de coiffes blanches. C’est d’abord le buste souriant du savant, puis, à mi-hauteur du socle, une Gloire presque nue, d’une exquise jeunesse de formes, et dont les seins rigides étincellent sous la caresse lustrale d’une pluie fine et persistante. Et les réflexions, et les commentaires rustiques de circuler autour du monument :
—  C’est tout de même pas juste qu’on ait sculpté tout le corps de madame Guérin et seulement la tête de son mari. Et puis, elle était bien trop jeune pour lui…
—  C’est-y donc vrai, s’exclame près de nous un vieux au sourire madré, au corps tordu comme une racine et sec comme une souche, c’est-y donc vrai qu’on pourrait avec tout ça faire beaucoup de sous ?…
Tout à coup, un bruit lugubre traverse la foule : on ne dansera pas après l’inauguration du monument.
Et pourquoi cela ?
C’est monsieur le maire qui l’a dit.
Et la raison ?
C’est que le joueur de biniou, l’unique joueur de biniou refuse son concours. Il y a bien encore la fanfare de Malestroit. Mais faudrait la payer bien cher. Et puis, aurait-on le temps de la faire venir ?
Graves problèmes! Désolation générale. Jeunes gens et jeunes filles prennent des attitudes navrées, et, pour ma part, je regrette vivement cette résolution inattendue du sonneur de biniou, qui me prive du spectacle pittoresque de danses locales.
Si l’on tentait une suprême démarche en faisant sonner des arguments presque toujours vainqueurs ? Peine inutile, efforts perdus Le biniou demeure inébranlable, répondant invariablement à toutes les sollicitations « Pendant près de vingt ans, j’ai prêté mon concours à l’ancienne municipalité qui était royaliste, et dont je partage les opinions. Ma conscience me défend aujourd’hui d’entrer au service de la municipalité républicaine. »
Ainsi parla le sonneur de biniou, dont la hautaine fidélité à ses principes politiques fut cause que les jeunes gens et les jeunes filles de Ploërmel ne purent danser, eurent de la peine au cœur, et que je fus privé du doux spectacle de leurs jeux.
Hélas! Le biniou de Ploërmel, qui se dresse à tout moment dans mon souvenir, obsédant symbole, est aujourd’hui partout. On le rencontre le long des routes, sur la lande, dans les champs, dans la rue, soufflant à pleins poumons dans son instrument, d’où s’échappent des rumeurs de colère, des cris de haine, des appels de combat… C’est la boîte de Pandore au fond de laquelle il ne reste même pas un chant d’espérance.
Que de fois, pendant mes courses dernières à travers les campagnes de mon pays natal, n’ai-je pas été témoin de stupéfiantes manifestations qui m’emplissaient l’âme d’inquiétude !
Ici, à l’extrémité d’un clos, où paissent tranquillement des vaches aux yeux pleins de bonté, se dresse, comme un gibet, un poteau surmonté d’un large écriteau portant en lettres rouges cette inscription: « Défense au x nobles de chasser ! » Réponse très logique d’ailleurs, à d’autres interdictions.

Mais les châtelains visés ont aussi leurs partisans politiques, et bientôt, autour de leurs domaines, puis partout, surgissent de blancs poteaux ornés de la fatale inscription: « Défense de chasser ! »… Aussitôt, nouvelle levée d’écriteaux, et sur toutes les terres appartenant aux cultivateurs républicains apparaissent les terribles pancartes ornées de superbes majuscules.
Quelques braves ruraux, au cœur bien placé, restent encore réfractaires à cet étrange mouvement d’opinions qui met si nettement en face, comme aux jours les plus douloureux de notre histoire, les Blancs et les Bleus.
Mais d’ici peu, sans doute, l’ardeur des propagandistes aura raison de leur sage et philosophique indifférence.
Et ce qui donne à cet état de choses une signification si précise, c’est que la plupart de ces braves gens ne chassent pas, et se soucient fort peu du droit de chasse, n’ayant chacun pour toute propriété que quelques maigres parcelles de terre, où gîte rarement le lièvre et que le perdreau déserte de plus en plus. Mais pour eux l’occasion était bonne d’affirmer solennellement, sous le ciel, le soleil et les étoiles, l’inflexibilité de leurs opinions politiques. De telle sorte que l’imprudent chasseur qui se hasarde à travers ces inhospitalières campagnes finit par être saisi de vertige à la vue de tous ces écriteaux proscripteurs aux inscriptions menaçantes. Et bientôt Je malheureux rentre éperdu, hâtant sa course, croyant entendre les haies, les buissons, les arbres, les champs de choux, les carrés de betteraves… crier au passage : « Vite, fais-nous connaître tes opinions politiques. Es-tu royaliste, impérialiste, républicain, ou bien encore un rallié… ? »
Derrière chaque barrière, un paysan plus soucieux de défendre son champ contre le passage déshonorant d’un adversaire politique que de protéger un lapin problématique, ou même de récolter ses pommes de terre, monte la garde, la bouche haineuse, les sourcils froncés, la main crispée sur un instrument de travail devenu presque une arme de combat.
Doux pays!
Nous avons tenté de décrire quelque part les ravages de l’alcoolisme, cet autre fléau des campagnes, tels qu’ils nous étaient apparus lors d’un récent voyage en basse Bretagne, dans toute leur horreur, sous les formes aiguës de la névrose, de l’abêtissement, de la scrofule, du crime, de la folie…
Mais si l’alcoolisme est un cruel fléau, si les ravages qu’il cause sont chaque jour plus profonds, on devine assez facilement les mesures qu’une volonté toute-puissante pourrait employer pour le combattre avec succès; peut-être même pour le détruire. Le remède n’est pas loin du mal.
Quel providentiel docteur fera jamais connaître le moyen d’arrêter la contagion du mal de la politique? Nous voulons dire de cette politique provinciale, faite de haine, d’envie, de jalousie, qui chaque jour gagne davantage les âmes les plus simples et les meilleures, étouffant peu à peu les sentiments naturels, glaçant le cœur, engendrant le plus impitoyable égoïsme.
Illustre Thomas More, doux abbé de Saint Pierre, Cloots au large cœur, Saint-Simon, Fourier, vénérable Cabet… nobles et saints apôtres de la fraternité humaine, veuillez descendre un moment de vos ciels utopiques ou icariques, prenez vos places, et en avant la musique !
Voici tout d’abord notre biniou de Ploërmel… Un panache de rubans blancs orne son large chapeau. Il ouvre la marche, précédant de quelques pas la fanfare opportuniste de Malestroit. Bientôt c’est la suite ininterrompue des harmonies sociales, des orphéons démocratiques, des fanfares eucharistiques, etc., d’où montent vers le ciel de sauvages et discordants accords, pendant que les beaux gars et les belles jeunes filles, les mains enlacées, attendent vainement, pour danser en rond, le bon ménétrier d’antan, « qui faisait sortir de son instrument des airs si jolis que les petits oiseaux quittaient la paix des champs et des bois pour venir les entendre ».

Dayot (Armand), Le long des routes, Paris, Flammarion, 1897, p. 139-144.

Armand_Dayot

 

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Noce aux violons à Ercé-en-Lamée

L’apprenti sonneur

violon - Erce-en-Lamée

Cortège de noce, à Ercé-en-Lamée au sud de Rennes (Pays de la Mée), à la sortie de l’église, mené par trois violons, deux adultes et un enfant.  Rare document montrant un jeune sonneur de 7 / 8 ans en pleine séance d’apprentissage. Photographie prise entre 1900 et 1910.

violon - Erce-en-Lamée A

La vielle à Perros-Guirec en 1885

Vielle Perros B

Vielle Perros DB

Document rare : une photographie datant de 1885, montrant à l’entrée du cimetière de Perros-Guirec un vielleux et un comparse, sur le côté un groupe d’enfants.

La scène
Aucun doute, on reconnait la forme caractéristique de l’église St-Jacques de Perros avec son clocher surmonté d’un dôme. Le vielleux est devant l’enclos paroissiale, au bas des marches, devant l’échalier menant au cimetière qui à cette époque est encore autour de l’église. Le vielleux de face semble bien être de petite taille, sur son coté un personnage assis parait l’accompagner, que fait-il ? Il ne regarde pas le photographe ? un chanteur ?
Sur la droite, un personnage en uniforme, regarde le vielleux et son comparse : un militaire, le garde champêtre ? A gauche, devant la grille d’entrée, un groupe d’enfants a été attiré par le musicien.

La vielle
Il s’agit d’une vielle plate, en forme de guitare, modèle le plus utilisé en Bretagne au XIXe siècle, avant l’arrivée des modèles de vielle ronde provenant de luthier du centre de la France. Comme le vielleux, la vielle me semble de petite taille ? Avis d’un spécialiste ?

Musicien du pays ou itinérant ?
S’agit-il d’une fête avec un musicien du pays ou d’un musicien de passage faisant la « manche » ?
La vielle est un instrument qui n’est pas inconnu dans la région. L’écrivain angevin René Bazin (1853-1932), note sa présence au pardon de Notre-Dame la Clarté Perros dans son roman Madame Corentine publié en 1893.
Guen fit le tour de l’enceinte de murs bas qui enveloppe la chapelle, ayant peine à se faire un chemin, à cause des hommes qui refusaient de se ranger. Ils étaient si nombreux, que le peu de bruit qui s’élevait de la place étonnait d’abord, pêcheurs pour la plupart ou paysans des paroisses voisines, vêtus de sombre, toutes les lignes anguleuses, le visage creusé de rides, l’œil fixe et froid, gardant, même aux jours de fête, la songerie du large et l’inquiétude du danger. Aux abords de la place, sur le seuil des portes, aux angles des routes, des mendiants demandaient l’aumône, dans une langue rauque. Il y en avait des grappes autour des brèches ouvertes dans l’enceinte de la chapelle, des êtres affreux de misère, tendant aux pèlerins dans une sorte de concurrence sauvage, leurs moignons, leur poitrine rongée de lèpre, des plaies mal bandées et saignantes. Des idiots, habillés de jupons, tournaient autour de leur bâton. Des joueurs de vielle raclaient des airs lugubres. Et tout au bout du tertre, le long de la pente qui descend vers Ploumanac’h, les marchands ambulants dressaient sur leurs tréteaux des piles de pains mous, de gâteaux mal levés, ou des mannequins pleins de poires et de prunes, cahotées, meurtries, mais jamais mûres.
De rares coiffes blanches glissaient dans cette cohue sans gaieté : les coiffes blanches emplissaient l’église.
René Bazin, écrivain, journaliste, essayiste est aussi l’auteur de nombreux récits de voyage, il parcourt la France entière. Son récit est précis et juste, tout porte à croire qu’il a assisté à cette scène.

Pour en savoir plus sur la vielle en Trégor lire l’article de Bernard Lasbleiz dans Musique Bretonne n°170 du 01/2002 pages : 32-35.

Les vielles Kerboeuf

Petit Bleu Article de Pascal Cayeux, extrait du Petit Bleu des Côtes d’Armor du 07/03/2018

Rencontre: A Plouër-sur-Rance, Audren Kerboeuf maintient la vielle en vie

Luthier à Plouër-sur-Rance (Côtes d’Armor), il exporte ses instruments partout dans le monde. Reconversion réussie pour cet informaticien. Qui entretient un savoir-faire familial.

Kerboeuf Petit Bleu 2018

Audren Kerboeuf dans son atelier de Plouër-sur-Rance où il rénove et fabriques des vielles à roue. Ses commandes arrivent de toute l’Europe, mais aussi du Brésil ou de Russie.

C’est un vieil instrument. L’instrument-orchestre, comme il est aussi surnommé, avec son clavier pour la mélodie et sa manivelle pour actionner la roue qui fait office d’archer sur les cordes. On en trouve les premières traces dès le IXe siècle, « il fallait être deux pour en jouer ».
La vielle a traversé les époques et les styles, de la musique baroque aux airs plus folkloriques et plus récents, d’Auvergne ou de Haute-Bretagne. Appareil du passé pas dépassé, la preuve puisqu’il s’en fabrique encore. Et parmi la poignée de fabricants qui subsiste en France, moins d’une dizaine, la marque Kerboeuf s’est taillé une belle réputation.

Bilan de compétences
Aujourd’hui, c’est Audren qui perpétue le savoir-faire familial. Qui ne remonte pas à la nuit des temps, mais à une trentaine d’années tout au plus, seulement serait-on même tenté de penser. On est en 1989, et Bernard Kerboeuf, ébéniste à côté de Saint-Brieuc (Étables-sur-Mer), accessoirement sonneur de bombardes, éprouve l’envie de tâter de la vielle à roue.
Sa passion pour l’instrument le poussera à en fabriquer une première, puis un peu plus tard à faire le choix professionnel de s’établir en tant que luthier dans le centre de la France, à La Châtre (Indre), ce coin du Berry où la vielle à roue est tout particulièrement populaire.
On imaginerait aisément le petit Audren traînant ses guêtres à longueur de journée dans l’atelier du parternel, s’imprégnant des moindres faits et gestes du luthier. Pas du tout. Bien que lui-même musicien, c’est plutôt dans les percussions qu’il s’éclate, en bagad ou en pipe-band. Mais aussi dans l’informatique, métier d’avenir…
« J’ai obtenu un Bac + 3 de web-master, puis j’ai été embauché comme chef de projet dans de grosses firmes, en Irlande puis dans le Nord de la France. Mais je ne m’éclatais pas… »
Il ose un bilan de compétences, dont le résultat sera sans équivoque : la filière qui lui conviendrait le mieux, c’est celle de l’artisanat d’art. Une surprise, y compris pour le principal intéressé.
« Je ne m’attendais pas à ça. Je ne savais pas vraiment vers quoi m’orienter, mais je savais par contre ce que je n’avais pas du tout envie de faire. L’artisanat d’art ? Pourquoi pas… J’ai tout de suite pensé à l’activité de mon père. »
À presque 30 ans, il se retrouve à passer en accéléré un CAP d’ébénisterie « avec des gamins de 15-16 ans, je vous assure que ça fait drôle », puis rejoint son père pour y apprendre la facture de vielle à roue en 2015.
Audren Kerboeuf a repris l’activité à son compte depuis le mois de septembre 2017, et l’a rapatriée en Bretagne pour l’établir dans son atelier de Plouër-sur-Rance, près de Dinan (Côtes d’Armor) :  « Un choix familial, ma compagne partageant son temps de travail entre Rennes et Saint-Malo ».

Un an de travail devant lui
Il est passé maître dans l’art de travailler l’érable ondé, le palissandre de Santos, l’épicéa du Jura ou le noyer français, principales essences utilisées pour la fabrication des vielles à roues. Tandis que chanterelles, sautereaux, bourdons et sympathiques, les cordes qui composent la vielle, n’ont plus de secret pour lui. Au point qu’il existe un son Kerboeuf, reconnu et apprécié des amoureux de l’instrument.
Ses commandes lui proviennent aujourd’hui de toute la France, mais aussi d’Italie, d’Espagne, des Pays-Bas, d’Angleterre et même du Brésil et de Russie, « j’ai un an de travail devant moi », se réjouit le jeune patron de 34 ans.
De la fabrication, mais aussi de la rénovation voulue par quelques collectionneurs, pièces de 1738 comme celle qu’il vient tout juste de retourner à son propriétaire, ou comme celle de 1752 à laquelle il va bientôt s’attaquer. Comme un clin d’œil du destin : c’est dans ces « monuments du passé » que l’ancien informaticien est en train de se tracer un avenir…

Pour retrouver sur Internet : http://www.vielleskerboeuf.com/

Dominique fabrique des cornemuses

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Métier d’art. Dominique fabrique des cornemuses

Dominique Bougé

Dominique Bougé est facteur d’instruments à vent. Entre cornemuses et veuzes, le sexagénaire s’adapte pour répondre aux musiciens locaux et internationaux depuis son atelier de Saint-Vran (22).

Dans son atelier de Saint-Vran, Dominique Bougé façonne les bûches de bois pour y laisser apparaître cornemuses, binious et autres veuzes. Depuis près de 40 ans, le sexagénaire est facteur d’instruments à vent. C’est adolescent que ce bourguignon d’origine découvre la cornemuse. « Je regardais l’Eurovision et le groupe irlandais Planxty est passé. J’ai été fasciné en voyant tous les détails de l’instrument. J’ai voulu en fabriquer », se souvient l’artisan. Après son CAP de menuiserie-ébénisterie, il entreprend un « petit tour de France » à la rencontre de « ceux qui tournaient », une technique consistant à sculpter le bois pendant qu’il tourne sur lui-même. Mais c’est en pratiquant qu’il apprend son métier. « J’ai des cartons entiers de ratés », constate-t-il.

Un métier de patience
Il y a 20 ans, le facteur quitte sa Bourgogne natale pour s’installer dans les Côtes-d’Armor. Au pays du biniou, il s’attelle à la fabrication d’instruments locaux. Il y travaille le bois de palissandre, d’ébène ou de buis, qu’il va directement chercher dans les propriétés des environs. « Ce qui me plaît, c’est de partir d’un tas de bois et d’en faire un instrument de musique », sourit-il. C’est avec passion que l’homme aux cheveux grisonnants raconte les heures passées dans son atelier avec un maître mot : la patience. D’abord parce qu’il faut au moins cinq ans, une fois le bois ramassé, pour pouvoir le travailler. « C’est le temps qu’il lui faut pour sécher ». De la patience aussi, parce qu’il ne faut pas moins d’une semaine pour faire naître l’un de ses instruments. Il en vend entre deux et trois par mois. « La demande est fluctuante. Il y a deux ou trois ans il y a eu une baisse des ventes, les gens mettaient leur argent ailleurs ». S’il a des commandes d’Allemagne, d’Italie ou encore du Canada, le facteur de cornemuses reconnaît, en effet, que le métier n’a rien d’évident. « C’est difficile de toujours créer quelque chose qui intéresse les gens ». Alors Dominique Bougé s’adapte à la demande et fait du sur-mesure. « Ça, par exemple, c’est une flûte de méditation, explique l’artisan, un tube troué en bois foncé dans les mains. Un musicien m’a décrit ce qu’il voulait et le son qu’il attendait, il a composé son instrument et je l’ai fabriqué ».

Des instruments et des livres
Comme chaque fois qu’il touche un instrument, Dominique Bougé en sort une mélodie. « Je joue avec tous », témoigne le musicien. Et lorsqu’il ne joue pas, il s’adonne à une autre passion en se plongeant dans des lectures historiques. « J’aime tout ce qui est archaïque », dit-il reposant l’ouvrage « 1421, l’année où la Chine a découvert l’Amérique ». Parfois pourtant, Dominique Bougé délaisse son atelier pour aller faire découvrir son métier auprès du public. Il sera ce week-end au Château de Quintin, dans le cadre des journées européennes des métiers d’art. Mais toujours accompagné de ses instruments. Et de ses livres.

http://www.letelegramme.fr/cotesarmor/metier-d-art-dominique-fabrique-des-cornemuses-07-04-2018-11917014.php

Le Télégramme : 07 avril 2018 – MATHILDE PIAUD

Les belles anches d’Yves-Marie

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Depuis quinze ans, le Lannionnais Yves-Marie Le Bras s’est spécialisé dans la fabrication d’anches pour bombardes et binious kozh. Un travail exigeant.

Ses anches ont fait sa renommée en Bretagne et même au-delà. Depuis quinze ans, Yves-Marie Le Bras fabrique ces pièces indispensables aux sonneurs, avec un souci de la perfection. Un travail manuel qui fait aussi appel à ses connaissances de musicien traditionnel.

Yves-Marie Le Bras s’intéresse aux anches… doubles. Ces deux lamelles sont mises en vibration par les sonneurs pour produire leur musique traditionnelle. Depuis quinze ans, le Lannionnais en a fait son activité professionnelle principale, à Loguivy-lès-Lannion. Aujourd’hui, à 49 ans, il fait partie du petit cercle des facteurs d’anches bretons. Et sa renommée s’est constituée uniquement par le bouche-à-oreille. Les bagads, les écoles de musique, les magasins d’instruments, les groupes, les associations et les particuliers font appel à ses services. « Il faut compter entre un à deux mois de délai, expose Yves-Marie Le Bras. L’activité reste soutenue toute l’année avec des pics avant et après l’été. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer. » Musicien, Yves-Marie Le Bras a presque réalisé son rêve d’adolescent, celui de fabriquer des instruments. Professionnellement, il est d’abord parti dans l’ébénisterie (bureau d’études, formation), mais un jour, il a eu le déclic, « à force d’entendre que les musiciens avaient dû mal à se procurer des anches ».

« Il n’y a pas d’école pour apprendre »

« J’ai commencé par fabriquer des anches à la main puis avec des outils, se souvient-il. Il m’a fallu deux à trois ans pour la mise au point. Il n’y a pas d’école pour apprendre. » « Il n’y avait rien à inventer ; je n’ai fait que recopier ce qui existait déjà, mais la difficulté, c’était de mettre en fabrication », précise-t-il, modeste. Aujourd’hui, il a réussi à standardiser sa production : il réalise des séries de 100, 200 ou 300 pièces et propose une quinzaine de modèles, suivant les tonalités de bombardes et binious kozh. « Plus les anches sont petites, plus cela exige du temps », explique-t-il. C’est notamment le cas de l’anche de bourdon.

 Une fabrication complexe et délicate

Chaque étape de fabrication demande minutie et concentration, mais c’est loin de déplaire à ce grand manuel. Tout commence par la sélection du roseau, à l’oeil ; il est reçu du Var sous forme de tubes. « On va d’abord fendre le roseau en lamelles, détaille le facteur. Ensuite, on rabote l’intérieur du roseau pour ne garder que la partie la plus dure. Puis on coupe, selon une certaine longueur, la lamelle qui est pliée en deux. On va tailler la forme triangulaire de l’anche, puis on procède à l’effilage ». Cette opération de grattage du bout de l’anche est déterminante, car elle va jouer sur la dureté de l’anche, son timbre et son son. « On passe à une deuxième opération d’effilage, dans l’autre sens, pour faciliter le montage de l’anche, poursuit notre passionné. Il ne faut pas que le roseau se fende. On va resserrer les deux lamelles avec du fil nylon sur le tube en laiton qui est, lui, collé à un morceau de liège. » « Il ne faut jamais quitter de vue ce que l’on fait, précise-t-il. Par exemple, si les anches de lévriad tombent, c’est fini ! » S’il maîtrise son geste avec l’expérience, Yves-Marie Le Bras reste à l’écoute des musiciens et cherche à fabriquer un produit le plus stable possible. C’est peut-être ce qui fait sa force !

Des anches expédiées en Italie et en Allemagne

À ses clients ensuite de bien prendre soin des anches, fragiles tout de même. « Leur durée de vie peut être de quelques heures à quelques années, expose-t-il. Les musiciens en emmènent souvent plusieurs avec eux et avant de jouer, ils les essayent. Car le son de chaque anche peut varier en fonction du temps qu’il fait. » Ce spécialiste, un brin perfectionniste, a encore du travail devant lui ! Il lui arrive même parfois d’expédier des pièces en Italie ou en Allemagne.

Le Télégramme : 20 janvier 2018 – Lannion – Lucile Argaud