Yvon Palamour (1932-2018)

Décès d’un grand sonneur

En cette veille de championnat des sonneurs de Gourin, la presse annonce le décès d’Yvon Palamour. Sonneur et ébéniste de grand talent il restera dans nos mémoires.

Palamour

En juillet 1952, aux Fêtes de Cornouaille

Publicités

Le biniou du Faouët

Ouest-France   14/08/2018

Le Faouët. Une exposition consacrée à Jean-Marie Le Breton

Expo Le Faouet

Roland Bouëxel a rassemblé anecdotes, témoignages, photos sur le sonneur aveugle du Faouët. Ils sont à découvrir à l’office de tourisme.
L’office de tourisme accueille jusqu’à vendredi soir une exposition intitulée Jean-Marie Le Breton 1889-1956, le sonneur aveugle du Faouët, réalisée par Roland Bouëxel. Celui-ci, passionné de patrimoine et d’histoire locale, a rassemblé de nombreux éléments sur le parcours de ce sonneur attachant.
Témoignages, anecdotes, photos, sculptures, manuscrits, feuilles volantes et divers objets permettent de découvrir le musicien.

Musicien et compositeur
Jean-Marie Le Breton est au Faouët ce que Matilin an Dall, le sonneur de bombarde d’exception, est à Quimperlé ; toutes proportions gardées, bien sûr, car le premier ne jouit pas de la notoriété du second. Né en 1889, un siècle après son illustre aîné, Jean-Marie Le Breton perd la vue à l’âge de seize mois, des suites d’une épidémie de variole.
Il composera toute sa vie avec ce handicap puisqu’il devient musicien dans les assemblées dansantes, comme accordéoniste et surtout comme sonneur de bombarde. Son comparse attitré au biniou, Nicolas Gerbet, sonnera à ses côtés dans des centaines de noces et de fêtes de la région.

Jusqu’au 17 août, Jean-Marie Le Breton 1889-1956, le sonneur aveugle du Faouët, à l’office de tourisme au 3, rue des Cendres. Du lundi au samedi, de 9 h 30 à 13 h et de 14 h à 18 h. Le dimanche et jours fériés, de 10 h à 13 h. Gratuit. Contact : 02 97 23 24 23 23.

Expo Le Faouet 1

Le biniou de Ploërmel

A la recherche du sonneur de Ploërmel

 

Film réalisé par les élèves du collège Beaumanoir et leur professeur de français Vincent Soubigou.

Ploermel

LE BINIOU DE PLOERMEL
A docteur Pierre Merklen.


C’est dans la bonne petite ville de Ploërmel, célébrée par Meyerbeer, et très diversement illustrée par messire Jean de Beaumanoir et par le providentiel inventeur du traitement ouaté, le docteur Alphonse Guérin…
Le monument de l’illustre chirurgien va être solennellement inauguré.
Des drapeaux flottent aux fenêtres, des branches de pin encadrent les portes, et les sabots claquent, plus nombreux, sur les pavés pointus des ruelles de la vieille ville.
Dans un décor de verdure, sur une petite place d’une intimité charmante, le monument émerge d’un cercle compact de larges chapeaux, noirs et de coiffes blanches. C’est d’abord le buste souriant du savant, puis, à mi-hauteur du socle, une Gloire presque nue, d’une exquise jeunesse de formes, et dont les seins rigides étincellent sous la caresse lustrale d’une pluie fine et persistante. Et les réflexions, et les commentaires rustiques de circuler autour du monument :
—  C’est tout de même pas juste qu’on ait sculpté tout le corps de madame Guérin et seulement la tête de son mari. Et puis, elle était bien trop jeune pour lui…
—  C’est-y donc vrai, s’exclame près de nous un vieux au sourire madré, au corps tordu comme une racine et sec comme une souche, c’est-y donc vrai qu’on pourrait avec tout ça faire beaucoup de sous ?…
Tout à coup, un bruit lugubre traverse la foule : on ne dansera pas après l’inauguration du monument.
Et pourquoi cela ?
C’est monsieur le maire qui l’a dit.
Et la raison ?
C’est que le joueur de biniou, l’unique joueur de biniou refuse son concours. Il y a bien encore la fanfare de Malestroit. Mais faudrait la payer bien cher. Et puis, aurait-on le temps de la faire venir ?
Graves problèmes! Désolation générale. Jeunes gens et jeunes filles prennent des attitudes navrées, et, pour ma part, je regrette vivement cette résolution inattendue du sonneur de biniou, qui me prive du spectacle pittoresque de danses locales.
Si l’on tentait une suprême démarche en faisant sonner des arguments presque toujours vainqueurs ? Peine inutile, efforts perdus Le biniou demeure inébranlable, répondant invariablement à toutes les sollicitations « Pendant près de vingt ans, j’ai prêté mon concours à l’ancienne municipalité qui était royaliste, et dont je partage les opinions. Ma conscience me défend aujourd’hui d’entrer au service de la municipalité républicaine. »
Ainsi parla le sonneur de biniou, dont la hautaine fidélité à ses principes politiques fut cause que les jeunes gens et les jeunes filles de Ploërmel ne purent danser, eurent de la peine au cœur, et que je fus privé du doux spectacle de leurs jeux.
Hélas! Le biniou de Ploërmel, qui se dresse à tout moment dans mon souvenir, obsédant symbole, est aujourd’hui partout. On le rencontre le long des routes, sur la lande, dans les champs, dans la rue, soufflant à pleins poumons dans son instrument, d’où s’échappent des rumeurs de colère, des cris de haine, des appels de combat… C’est la boîte de Pandore au fond de laquelle il ne reste même pas un chant d’espérance.
Que de fois, pendant mes courses dernières à travers les campagnes de mon pays natal, n’ai-je pas été témoin de stupéfiantes manifestations qui m’emplissaient l’âme d’inquiétude !
Ici, à l’extrémité d’un clos, où paissent tranquillement des vaches aux yeux pleins de bonté, se dresse, comme un gibet, un poteau surmonté d’un large écriteau portant en lettres rouges cette inscription: « Défense au x nobles de chasser ! » Réponse très logique d’ailleurs, à d’autres interdictions.

Mais les châtelains visés ont aussi leurs partisans politiques, et bientôt, autour de leurs domaines, puis partout, surgissent de blancs poteaux ornés de la fatale inscription: « Défense de chasser ! »… Aussitôt, nouvelle levée d’écriteaux, et sur toutes les terres appartenant aux cultivateurs républicains apparaissent les terribles pancartes ornées de superbes majuscules.
Quelques braves ruraux, au cœur bien placé, restent encore réfractaires à cet étrange mouvement d’opinions qui met si nettement en face, comme aux jours les plus douloureux de notre histoire, les Blancs et les Bleus.
Mais d’ici peu, sans doute, l’ardeur des propagandistes aura raison de leur sage et philosophique indifférence.
Et ce qui donne à cet état de choses une signification si précise, c’est que la plupart de ces braves gens ne chassent pas, et se soucient fort peu du droit de chasse, n’ayant chacun pour toute propriété que quelques maigres parcelles de terre, où gîte rarement le lièvre et que le perdreau déserte de plus en plus. Mais pour eux l’occasion était bonne d’affirmer solennellement, sous le ciel, le soleil et les étoiles, l’inflexibilité de leurs opinions politiques. De telle sorte que l’imprudent chasseur qui se hasarde à travers ces inhospitalières campagnes finit par être saisi de vertige à la vue de tous ces écriteaux proscripteurs aux inscriptions menaçantes. Et bientôt Je malheureux rentre éperdu, hâtant sa course, croyant entendre les haies, les buissons, les arbres, les champs de choux, les carrés de betteraves… crier au passage : « Vite, fais-nous connaître tes opinions politiques. Es-tu royaliste, impérialiste, républicain, ou bien encore un rallié… ? »
Derrière chaque barrière, un paysan plus soucieux de défendre son champ contre le passage déshonorant d’un adversaire politique que de protéger un lapin problématique, ou même de récolter ses pommes de terre, monte la garde, la bouche haineuse, les sourcils froncés, la main crispée sur un instrument de travail devenu presque une arme de combat.
Doux pays!
Nous avons tenté de décrire quelque part les ravages de l’alcoolisme, cet autre fléau des campagnes, tels qu’ils nous étaient apparus lors d’un récent voyage en basse Bretagne, dans toute leur horreur, sous les formes aiguës de la névrose, de l’abêtissement, de la scrofule, du crime, de la folie…
Mais si l’alcoolisme est un cruel fléau, si les ravages qu’il cause sont chaque jour plus profonds, on devine assez facilement les mesures qu’une volonté toute-puissante pourrait employer pour le combattre avec succès; peut-être même pour le détruire. Le remède n’est pas loin du mal.
Quel providentiel docteur fera jamais connaître le moyen d’arrêter la contagion du mal de la politique? Nous voulons dire de cette politique provinciale, faite de haine, d’envie, de jalousie, qui chaque jour gagne davantage les âmes les plus simples et les meilleures, étouffant peu à peu les sentiments naturels, glaçant le cœur, engendrant le plus impitoyable égoïsme.
Illustre Thomas More, doux abbé de Saint Pierre, Cloots au large cœur, Saint-Simon, Fourier, vénérable Cabet… nobles et saints apôtres de la fraternité humaine, veuillez descendre un moment de vos ciels utopiques ou icariques, prenez vos places, et en avant la musique !
Voici tout d’abord notre biniou de Ploërmel… Un panache de rubans blancs orne son large chapeau. Il ouvre la marche, précédant de quelques pas la fanfare opportuniste de Malestroit. Bientôt c’est la suite ininterrompue des harmonies sociales, des orphéons démocratiques, des fanfares eucharistiques, etc., d’où montent vers le ciel de sauvages et discordants accords, pendant que les beaux gars et les belles jeunes filles, les mains enlacées, attendent vainement, pour danser en rond, le bon ménétrier d’antan, « qui faisait sortir de son instrument des airs si jolis que les petits oiseaux quittaient la paix des champs et des bois pour venir les entendre ».

Dayot (Armand), Le long des routes, Paris, Flammarion, 1897, p. 139-144.

Armand_Dayot

 

Noce aux violons à Ercé-en-Lamée

L’apprenti sonneur

violon - Erce-en-Lamée

Cortège de noce, à Ercé-en-Lamée au sud de Rennes (Pays de la Mée), à la sortie de l’église, mené par trois violons, deux adultes et un enfant.  Rare document montrant un jeune sonneur de 7 / 8 ans en pleine séance d’apprentissage. Photographie prise entre 1900 et 1910.

violon - Erce-en-Lamée A

La vielle à Perros-Guirec en 1885

Vielle Perros B

Vielle Perros DB

Document rare : une photographie datant de 1885, montrant à l’entrée du cimetière de Perros-Guirec un vielleux et un comparse, sur le côté un groupe d’enfants.

La scène
Aucun doute, on reconnait la forme caractéristique de l’église St-Jacques de Perros avec son clocher surmonté d’un dôme. Le vielleux est devant l’enclos paroissiale, au bas des marches, devant l’échalier menant au cimetière qui à cette époque est encore autour de l’église. Le vielleux de face semble bien être de petite taille, sur son coté un personnage assis parait l’accompagner, que fait-il ? Il ne regarde pas le photographe ? un chanteur ?
Sur la droite, un personnage en uniforme, regarde le vielleux et son comparse : un militaire, le garde champêtre ? A gauche, devant la grille d’entrée, un groupe d’enfants a été attiré par le musicien.

La vielle
Il s’agit d’une vielle plate, en forme de guitare, modèle le plus utilisé en Bretagne au XIXe siècle, avant l’arrivée des modèles de vielle ronde provenant de luthier du centre de la France. Comme le vielleux, la vielle me semble de petite taille ? Avis d’un spécialiste ?

Musicien du pays ou itinérant ?
S’agit-il d’une fête avec un musicien du pays ou d’un musicien de passage faisant la « manche » ?
La vielle est un instrument qui n’est pas inconnu dans la région. L’écrivain angevin René Bazin (1853-1932), note sa présence au pardon de Notre-Dame la Clarté Perros dans son roman Madame Corentine publié en 1893.
Guen fit le tour de l’enceinte de murs bas qui enveloppe la chapelle, ayant peine à se faire un chemin, à cause des hommes qui refusaient de se ranger. Ils étaient si nombreux, que le peu de bruit qui s’élevait de la place étonnait d’abord, pêcheurs pour la plupart ou paysans des paroisses voisines, vêtus de sombre, toutes les lignes anguleuses, le visage creusé de rides, l’œil fixe et froid, gardant, même aux jours de fête, la songerie du large et l’inquiétude du danger. Aux abords de la place, sur le seuil des portes, aux angles des routes, des mendiants demandaient l’aumône, dans une langue rauque. Il y en avait des grappes autour des brèches ouvertes dans l’enceinte de la chapelle, des êtres affreux de misère, tendant aux pèlerins dans une sorte de concurrence sauvage, leurs moignons, leur poitrine rongée de lèpre, des plaies mal bandées et saignantes. Des idiots, habillés de jupons, tournaient autour de leur bâton. Des joueurs de vielle raclaient des airs lugubres. Et tout au bout du tertre, le long de la pente qui descend vers Ploumanac’h, les marchands ambulants dressaient sur leurs tréteaux des piles de pains mous, de gâteaux mal levés, ou des mannequins pleins de poires et de prunes, cahotées, meurtries, mais jamais mûres.
De rares coiffes blanches glissaient dans cette cohue sans gaieté : les coiffes blanches emplissaient l’église.
René Bazin, écrivain, journaliste, essayiste est aussi l’auteur de nombreux récits de voyage, il parcourt la France entière. Son récit est précis et juste, tout porte à croire qu’il a assisté à cette scène.

Pour en savoir plus sur la vielle en Trégor lire l’article de Bernard Lasbleiz dans Musique Bretonne n°170 du 01/2002 pages : 32-35.