P’tit Gus

A voir…. P’tit Gus de et par Jean-Louis Le Vallegant

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Dans ce récit musical Jean-Louis Le Vallegant, sonneur de bombarde et saxophoniste, nous conte sa jeunesse des années 1960 dans une boucherie d’un bourg de Bretagne. C’est l’histoire d’un petit gamin aux grandes oreilles qui retire son bonnet et découvre le monde à travers la MUSIQUE.
Entre le Blue rondo à la turk de Dave Brubeck au saxo et la bombarde de Gus Salaun, culture officielle et culture populaire, un spectacle qui nous emmène de l’intime à l’universel.

« En gros je parle de non-transmission. J’appartiens à une génération qui est allée à la conquête de sa culture. P’tit Gus parle des nécessités intimes : l’indépendance, la création, la transmission… pour exister. » JL Le Vallégant

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Névénoé

Coopérative utopique 1973 – 1980

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En 1973, en Bretagne, Gérard Delahaye et Patrik Ewen fondent Névénoé, une coopérative musicale. Le principe : les bénéfices récoltés par la vente des disques seront réinjectés dans la création, et de chaque disque jailliront d’autres disques : ils sont six à choisir, et prennent leurs décisions à l’unanimité.
Dans l’après mai 68 et le bouillonnement culturel breton avec comme slogan « Vivre et travailler au pays », des musiciens influencés à la fois par le revival folk, la tradition bretonne et les Beatles. Le temps d’un rêve partagé, une dizaine de 33 tours et autant de 45 verront le jour. La courte discographie de Névénoé mélange les incantations poétiques de Melaine Favennec, les broderies énigmatiques de Kristen Noguès, le blues onirique de Gérard Delahaye, les psalmodies rageuses du poète Yvon Le Men, le rock en breton de Storlok mêlant poésie et expérimentation et Annkrist chanteuse sans concession.

Névénoé, c’est 13 albums 33 tours et huit 45 tours produits, allant du rock au traditionnel, du jazz à la chanson, en passant par la poésie… Loin d’être le plus prolifique des nombreux labels des années vinyles qui ont diffusé la matière musicale bretonne, Névénoé reste certainement le plus créatif. C’est à cette courte histoire, que ce livre bien documenté, rend hommage.

L’histoire des nombreux labels bretons de l’époque du disque vinyle : Mouez Breiz, Kelenn, Droug, Diskan, ArFolk, Velia, Keltia, Dastum… reste encore à écrire.

Les auteurs : Olivier Polar, Arnaud Le Gouëffec et Alain-Gabriel Mono.
Les Éditions de Juillet, 192 pages.

Mortimer Menpes (1855-1938)

The blind piper

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« The Blind Piper » est le titre de ce pastel en illustration du livre de Dorothy Menpes, Brittany, Adam & Charles Black, London, 1905. L’édition de 1912 est disponible : ICI.

Mortimer Menpes (1855-1938) est un artiste d’origine australienne, qui résidait à Londres. Il a beaucoup voyagé : Japon, Afrique du Sud, l’Inde et toute l’Europe, ses illustrations seront régulièrement publiées dans des livres de voyage. Ami du peintre Whistler qu’il a rencontré lors d’un voyage en Bretagne en 1880, il s’est installé alors à pont-Aven pour trois ans. La famille Menpes va revenir à Pont-Aven au début des années 1890, quand sa fille Dorothy a dix ans et y séjournent encore un moment. C’est à l’occasion d’un autre voyage, à l’âge adulte que Dorothy écrit « Brittany », se servant des illustrations de son père et de ses souvenirs d’enfance.

Cette illustration d’un joueur de flûte aveugle faisant « la manche » est placé dans un chapitre sur Quimperlé. Le costume des femmes en arrière plan peut effectivement le faire penser. Le texte qui accompagne l’image n’apporte pas d’information sur cette scène.

La position de jeu, le fait que le musicien soit aveugle, le même chapeau sur l’avant bras droit pour faire la manche fait penser à cette photo du peintre Étienne Bouillé (1858-1933) prise dans son atelier à Guingamp dans les années 1890. En gros plan, on distingue bien les yeux vitreux de l’aveugle. Il existe une deuxième vue de cette séance photo, sous un autre angle, où l’on voit la canne de l’aveugle accrochée sur son avant bras gauche comme sur le pastel de Menpes.

Pier-Bouille Pour plus d’Info sur cette photo : Ici

Même, s’ils sont tous les deux en sabots, et portent le même chapeau, pour moi il ne s’agit pas du même musicien. Sur la photo, Pier an Dall, le flûtiste est nettement plus âgé. Menpes a-t’il croisé Pier an Dall, d’autant plus comme le montre le livre de sa fille, il visite Guingamp ?

En conclusion, soit le peintre exécute librement sont œuvre ne cherchant pas à reproduire une scène vue, ou plus probablement il a effectivement vu ce « fluteux » ou « flutiste » en Bretagne. Cette probabilité induit que la présence de flûte traversière dans les rues bretonnes à la fin du XIXe siècle n’était peut être pas exceptionnelle ?

Tout va très bien Madame la Marquise

Gus Salaün, fier sonneur

Une anecdote sur le sonneur de Bannalec
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Si l’on connaît bien des éléments de la vie de Gus Salaün, il en est des péripéties qui auraient certainement sombré dans l’oubli sans les archives de presse. Qui se souvient, en effet, que le fameux sonneur de Bannalec avait refusé de doubler l’acteur Noël-Noël au biniou dans un film de 1936 ? C’est ce que nous rappelle un article du Nouvelliste du Morbihan daté de 1937. Pour qui en eût douté, cet entrefilet nous confirme que le sonneur ne manquait pas de caractère !
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Paru  le 24 janvier 1937, l’article du Nouvelliste du Morbihan ne délivre pas une information d’une grande fraîcheur mais le caractère piquant de celle-ci semble avoir justifié sa parution.

Tout va très bien Madame la marquise est un film de Henry Wulschleger, sortie à la fin de l’année 1936, sur un scénario d’Yves Mirande, Yves Le Querrec à l’état civil. Il met en scène un personnage nommé  Yvonnick Le Ploumanech, joueur de biniou du genre idiot du village ; le rôle est joué par Noël-Noël acteur vedette de l’époque. Yvonnick est engagé dans un music-hall parisien pour figurer dans une revue où il lui arrive de multiples péripéties, ce qui rappelle étrangement l’aventure de Mathurin Furic (Matilin an Dall) en 1847[1]. Finalement le sonneur ahuri revient au pays épouser sa fiancée  Annick.

Les scènes en Bretagne sont tournées en l’été 1936, à Penmarch, Concarneau, Pleyben… dès le tournage l’acteur Noel-Noel se défend de vouloir ridiculiser la Bretagne : la preuve il y vient chaque été en vacances, et l’auteur Yves Mirande est lui breton de Lannion  alors…

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Qualifié de film outrageant dans la presse bretonne, ce film suscita la polémique dès sa sortie le 4 décembre 1936, au cinéma du Moulin-Rouge à Paris. Deux députés bretons font scandale dans la salle provoquant son interruption. Il par la suite interdit de projection, par les maires dans des villes bretonnes comme à Vannes,  mais aussi dans des villes à forte émigration bretonne comme au Havre,  au motif que certaines scènes sont injurieuses pour la Bretagne et ses habitants.  Sans être un navet, ce film est ce que l’on peut appeler une bécassinerie, premier film du genre, d’ailleurs, le héros du film est surnommé « Bécassin » dans la presse. Il sera suivi en 1939 du « Bécassine », de Pierre Carron, interprété par Paulette Dubost, film du même tonneau qui subira les mêmes critiques.

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L’acteur Noël-Noël en sonneur de biniou

Les bretons manquent-ils d’humour ?

Mais revenons-en à Auguste, dit Gus Salaün, qui comme l’indique le sous-titre « avait de l’amour propre », refuse de participer à cette mascarade. Issu d’une famille de sonneurs de Bannalec : père, grand-père, frères, tout le monde sonne. Il est à cette époque considéré comme le virtuose de la bombarde.  Polig Monjarret admiratif, regrettera cependant de l’entendre jouer des airs comme « Perles de Cristal » ou « la Tyrolienne », pour des touristes en mal de dépaysement.
Gus est entre les deux guerres de toutes les manifestations folkloriques (Quimper, Pont- l’Abbé, Douarnenez, etc…), congrès bardique, Bleun-Brug, congrès de l’U. R. B., participe à de nombreux concours, sonne dans de nombreuses noces et… tient un café au bourg de Bannalec.
En 1931, avec son compère : Fañch Bodivit (1886-19363), de Fouesnant, il enregistre effectivement quatre disques au format de l’époque, les 78 tours chez Odéon.  Avait-il pour autant un contrat avec cette maison de disque ?
Certainement non, mais  les bretons c’est bien connu ont du caractère.
Les anecdotes sur ce sonneur décédé en 1977, sont nombreuses et bien connues  de la jeune génération des années 1970 qui on eu la chance de le rencontrer.  Cette savoureuse petite histoire relevée dans la presse, ne fera que rajouter à son aura.
Finalement, si Auguste avait accepté de figurer dans ce film, nous aurions aujourd’hui un témoignage supplémentaire sur les sonneurs de l’ancienne génération, mais on ne refait pas l’histoire…

[1] Le sonneur fut recruté pour figurer dans une pièce joué au théâtre de l’Ambigu-Comique à Paris en 1847.

Kristian Morvan,  Musique Bretonne, n°220, mai 2010, pp. 38-39.