Paris 1889, exposition universelle

Concours de musiques pittoresques

1889

Pour fêter le centenaire de la Révolution française de 1789, Paris accueille une Exposition Universelle. La France invite 35 pays qui participent à cette foire gigantesque. Gustave Eiffel, en ingénieur de génie, se lance un défi : bâtir le plus haut monument jamais construit sur terre…
Dans le programme de cette Exposition on trouve un « Concours de musiques pittoresques des provinces de France et de l’étranger » qui est organisé dans les salles du Trocadéro. Parmi les noms de la commission chargée de l’organisation : Bourgault-Ducoudray (1840-1910) professeur de musique, Julien Tiersot (1857-1936) jeune musicologue très intéressé  par les traditions populaires), Henri Paladilhe (1844-1926) compositeur… des noms que l’on retrouvera parmi les membres du jury.
Avant 1889 quelques concours de musique régionale ont déjà été organisés :
1864, Aix-en-Provence (tambourinaire)
1878, Gap, concours de ménétrier (violon)
1881, Saint-Brieuc, concours de Binious
1886, Vic-sur-Cère (Cantal) le premier concours de cabretaires
1888 et 1889, Neris-les-Bains (Allier)
 L’idée étant d’auditionner des musiciens et de les récompenser comme il est fait pour le salon des arts plastiques. Le concours est annoncé dans toute la presse nationale et régionale avec un certain scepticisme « […] si vous aimez les instruments primitifs tels que la vielle, le galoubet, le biniou, la cornemuse, le tambourin de Provence, vous pouvez satisfaire ce doux penchant. » (1)
Monde-Illustré-13-07-1889
Le Monde Illustré 13 juillet 1889, dessin de M. Kauffeman
Les commentaires rédigés à la suite de ce concours auditions sont assez contradictoires ; certains semblent avoir apprécié les prestations :

« Une curieuse séance a eu lieu le 4 juillet dans la salle des fêtes du Trocadéro où se pressait un public nombreux attire par l’originalité du programme. Il s’agissait d’un concours international, et d’une audition de musiques pittoresques, réunissant les instruments les plus bizarres des provinces de France et des pays étrangers. C’est ainsi que tour à tour on a entendu le biniou, la bombarde, la cornemuse, la musette, la vielle, le hautbois, le galoubet et le tambourin. Des Bretons du Finistère ont fait applaudir les mélodies caractéristiques du pays d’Armor. Des Savoyards et des tambourinaires d’Arles ont fait aussi entendre leurs airs nationaux. Quant aux étrangers, ils n’ont pas eu moins de succès; les Russes, avec la balalaika et la cithare, les Laoutars roumains, avec la cobza et la flûte de Pan ou naiou, dont ils tirent des effets fort étranges; les Hongrois avec le cymbalum, les Espagnols et les Italiens, avec les mandolines et les guitares. Notre dessinateur a groupé fort heureusement les types principaux des artistes qui ont pris part à ce concert original. » (Le Monde Illustré, 13 juillet 1889)

« La vielle qui fait encore danser la bourrée aux paysans de l’Auvergne, la cornemuse du Bourbonnais, le biniou et la bombarde des Bretons, le galoubet des Provençaux, le tympanon des Tsiganes, etc., ont été écoutés avec faveur, des prix ont été distribués, et il faut espérer que ces encouragements empêcheront la disparition de ces instruments dont l’usage est lié à des mœurs locales. » (Journal Officiel, 14 novembre 1889)

D’autres sont plus sceptiques :

« Les instruments rudimentaires qu’on nous a montrés là sont des instruments de paysans ; c’est au plein air et au grand soleil des fêtes villageoises que sont destinées les mélodies sommaires, les refrains monotones de ces braves gens » (Le Figaro, 5 juillet 1889)

Les commentateurs semblent d’accord sur un point : ce concours n’a été que d’un intérêt superficiel : « L’impression du pittoresque nait d’un ambiant qu’on ne saurait déplacer » (2)

Pourtant cette audition retient l’attention de deux commentateurs Julien Tiersot (1857-1936) qui était dans le jury et du journaliste Émile Goudeau (1849-1906).

Les observations de Julien Tiersot (3)

Julien_Tiersot_1911-1912

Dans son commentaire Julien Tiersot, plus enthousiaste, montre sa compétence :
« Qu’auraient dit les vieux classiques d’il y a cinquante ans si on leur avait proposé de se réunir pour entendre, juger et primer de simples ménétriers, des paysans, des gens ne sachant pas la musique, et dont c’est même le mérite essentiel, la plus parfaite rusticité étant de rigueur pour la plus part d’entre eux ? » (p. 210)
« On a détaché de la Classe C  les joueurs de biniou et de bombarde bretons qui y étaient primitivement compris, et l’on a décerné une médaille hors classe à Pérou (Lambert) et Ichar, de Châteaulin (Finistère). Le biniou, instrument de même nature que la cornemuse, est d’une sonorité beaucoup plus puissante : son bourdon, qui donne une pédale de tonique continue, couvrirait presque les sons du corps principal ou hautbois, si cette partie n’était soutenue par la bombarde, instrument à anche très court et aux sons très perçants, qui le double à l’unisson. Leur manière de préluder est très curieuse : quand le musicien commence à gonfler l’outre qui sert de réservoir d’air, les corps sonores de l’instrument se mettent à résonner à vide, ce qui produit des sons dont la discordance est incontestable. Pour faire patienter l’auditeur, il pose alors les doigts sur le corps principal, et fait entendre une multitude de petites notes improvisées de l’effet le plus bizarre. Bientôt la bombarde vient s’y joindre avec une tonique sonore, et arpège rapidement les notes de l’accord parfait, puis on commence sur-le-champ, avec beaucoup de volubilité, la bombarde détachant chaque note, tandis que le biniou joue d’un style très lié, avec une infinité de petits ornements qui se fondent dans l’ensemble de la ligne mélodique. Quand le morceau est près de finir, les musiciens accélèrent beaucoup et, par un arpège rapide, arrivent à une note suraiguë sur laquelle ils s’arrêtent tout à coup. Cela est très curieux, plein de vivacité et d’entrain. Le public a fait une véritable ovation aux Bretons. » (p. 211)
Tiersot remarque la complémentarité des deux instrumentistes dans le jeu mais aussi dans le style (lié / détaché), dans la sonorité (puissance) nous avons là la première description musicale du jeu d’un couple breton.

Les observations de Émile Goudeau (4)

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En introduction : « Musiques pittoresques signifie ici musiques naïves, originales, populaires, rustiques, musique de ceux qui ne savent pas la musique, musiques traditionnelles des vielleux et tambourinaires, joueurs de biniou et cornemuseux, musique de ménétriers qui font danser les villageois de nos provinces, musiques étrangères aussi, et quelque peu étranges, musiques sonnées, frappées ou soufflées, musiques sortant d’instruments bizarres, démodés, inconnus, primitifs comme la flûte de Pan, et souvent simples à la manière du mirliton. » (p. 25)

« la classe C comprend un second élément : le biniou et la bombarde. Saluez ! c’est la vieille mère celtique, la Bretagne aux longs cheveux qui se présente. Peron et Ichar, de Châteaulin (Finistère), ont remporté une médaille hors classe ; mais ce qui a dû leur être plus sensible, c’est la chaleureuse ovation du public après leur audition. Le biniou est une sorte de cornemuse, mais plus puissante et ornée d’un bourdon chargé de donner une pédale de tonique continue. Ce bourdon couvrirait le chant même du hautbois, si la bombarde ne venait doubler ce dernier par des sons d’une acuité extraordinaire. Tout en gonflant l’outre, le musicien prélude par des petites notes improvisées ; c’est une façon de dissimuler ce travail préalable, analogue aux grincements qui, dans les orchestres, indiquent que les musiciens s’accordent. Ensuite la bombarde s’en mêle par une suite d’accords parfaits en arpèges ; puis le duo commence, la bombarde pique les notes de son air, le biniou lie la mélodie et l’orne de notes amusantes. Le mouvement s’accélère, et les instruments endiablés semblent grimper en se poursuivant jusqu’au suraigu, où, crac, ils s’arrêtent net. Ce sont les bravos qui concluent. » (pp. 27-28)
Cette description du jeu musical d’un couple de sonneurs est parfaite, d’autant plus qu’ Émile Gaudeau n’est pas musicien et ne semble pas connaître la Bretagne.
En guise de conclusion : « Bref, pluie de médailles et de diplômes, que personne ne songe à renvoyer au jury. Le mot de pittoresque, ajouté à leur titre principal, n’a pas transformé ces musiciens en peintres. Ils partent enchantés et retourneront sous le toit natal avec la juste fierté d’avoir, eux aussi, obtenu leur triomphe dans la triomphale Exposition. Quant aux Parisiens, si leur oreille n’a pas fait son éducation définitive, c’est à désespérer de l’acoustique. Entendre le gamelang javanais, la musique tunisienne, les castagnettes et tambours de basque espagnols, le redoutable orchestre annamite ; aller de la guzla au biniou, de la vielle au czymbalum; se soumettre à toutes les dissonances, tous les miaulements, cris et clameurs que peut offrir la nature agrémentée par l’art, est certainement le fait d’oreilles héroïques. Et telles sont les oreilles parisiennes, auxquelles on ne saurait reprocher véritablement de n’entendre qu’une cloche et de n’ouïr qu’un son.
Quand, cet hiver, on nous offrira du Wagner, il nous paraîtra fade. Avis aux musiciens qui voudront véritablement inventer la musique de l’avenir. » (p. 31)

Ce concours donne le départ de l’ethnographie musicale comme véritable science en France. Dans les années suivantes de nombreux concours réunissant des musiciens traditionnels bretons, mais aussi d’autres régions vont être organisés.

Le couple Péron & Hicher

Peron & Ichard
Dessin de J. F. Raffaelli (1850-1924) pour l’article de Émile Goudeau, « Les musiques pittoresques au Trocadero« , in : Revue de l’Exposition Universelle de 1889, Paris, 14 Août 1889, p. 26.

Un seul couple de sonneur breton se présente à ce concours, il s’agit de Lambert Péron (1858-1900) de Châteaulin à la bombarde et de René Hicher (1848-1926) de Dinéault au biniou, tous les deux du Finistère.

Les organisateurs ont-ils vraiment recherché des concurrents ? Pas simple pour des citadins, sans attache avec la Bretagne, de trouver des sonneurs. Pourtant, ils auraient pu trouver des joueurs de binious dans l’émigration bretonne de la région parisienne. En 1899, le pardon de Montfort-l’Amaury est animé par un couple de sonneurs parisiens. On peut penser que les organisateurs ont contacté la municipalité de Saint-Brieuc qui avait déjà organisé un concours de biniou en 1881, concours remporté par les frères Péron (Lambert et un de ses frères) de Châteaulin.

La presse locale se fait l’écho de l’expédition des deux concurrents :
« Mardi dernier, sont parti pour Paris en costume breton, deux joueurs de biniou, MM Péron Lambert cordonnier à Châteaulin et Icher, Jean,  cabaretier aux Trois Canards à Plomodiern. Ils devaient prendre part au concours entre les musique pittoresque des provinces de la France.
Vendredi matin la dépêche suivante nous annonçait le résultat obtenu :
1er prix – Médaille de vermeille – Musette d’honneur – Diplôme d’honneur – Prime 500f (ou indemnité pour frais de voyage). Nos félicitations à nos sonneurs bretons. »
(Union Agricole, 10 juillet 1889)
 Et annonce leurs retour :
« Plomodiern – De notre correspondant le 9 :
Les deux joueurs de biniou Hicher Alain, de Plomodiern, et Peron Lambert, de Châteaulin, qui étaient allés à l’Exposition se faire entendre dans le concours de musique pittoresque, sont arrivés hier à Plomodiern. Comme vous l’avez annoncé mercredi, un prix de 500 fr. leur a été accordé.« 
(Union Agricole, 12 juillet 1889)
On retrouve la trace du passage à la capital de nos deux sonneurs dans un récit de G. Brault, illustré Albert Clouart publié en 1892.
 » […] le boucher nous présente le maître de la maison […]– Péron le joueur de biniou, qui avec Hircher, le sonneur de bombarde, a remporté le premier prix à l’Exposition. On n’en retrouve pas deux comme ceux-là […] pour nous conter son admiration de la grande ville, et il nous montre accroché au mur, un ignoble chromo représentant cette bête tour Eiffel. Comme nous le prions de nous jouer un petit air, il prend son instrument, incrusté de dessins d’étain, il gonfle l’outre à vent et exécute sur une ronde des variations échevelées […] il explique à son compères le boucher qu’il doit aller bientôt à une noce des environs ; il aura cent francs pour trois jours et huit bouteilles de cidre par journées […]  » (6)
L’auteur fait une erreur, c’est bien Hicher qui joue du biniou et qui tient l’auberge.

Nous en savons plus sur Lambert Péron, qui était le sonneur de bombarde grâce à une étude de son descendant Vincent Soubigou publiée dans la revue Musique Bretonne (6). Son compère au biniou au nom de Hicher (orthographe très fluctuante : Ircher, Icher, Ichard…), quelquefois prénommé Jean ou Alain (?) cabaretier au Trois Canards à Plomodiern reste à identifier plus précisément.

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A la bombarde : Lambert Péron (1858-1900) – Le sonneur de biniou est à identifier

Lambert Péron, sonneur gaucher, arbore deux médailles obtenues  sans doute  au concours de St Brieuc et de Paris. Cette vue aurait-elle été prise à l’occasion du concours de Brest en 1895 ?

(1) Camille Debans, Les coulisses de l’Exposition : guide pratique et anecdotique, Paris, E. Kolb, 1889.
(2) L’art Musical, 14, 1889, p. 99.
(3) Julien Tiersot, Promenades musicales à l’Exposition, concours de musiques pittoresques, in : Le Menestrel, 7 juillet 1889, pp. 210-212.
(4) Émile Goudeau, « Les musiques pittoresques au Trocadero« , in : Revue de l’Exposition Universelle de 1889, Paris, 14 Août 1889, pp. 25-32.
(5) Vincent Soubigou, Lambert Péron – Illustre sonneur de la fin du XIXe siècle, Musique Bretonne, n° 247, Avril 2016, pp. 32-40.
(6) G. Brault & Albert Clouard, Tro-Breiz Tour de Bretagne, Fischbascher, Paris, 1892, p. 179.

Gourin 2016

1956-2016, soixante ans du concours de sonneurs
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4ème trophée consécutif pour les sonneurs bigoudens Julien Tymen (bombarde) & Michel Kerveillant (biniou). Saluons les organisateurs d’avoir mis le concours de koz en plein air.

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Un coup de cœur pour le couple Gwenn Trimaud (bombarde) & Vincent Beliard (biniou) pour leur ridée hypnotique.

Saint-Brieuc, 1881

Le premier concours de biniou

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Les renseignements sur ce concours sont rares : le nombre de concurrents, la composition du  jury, le montant des prix, le classement ? Ce concours a été pourtant largement annoncé dans la presse locale sur toute la Bretagne. Il est organisé dans le cadre d’un grand concours régional agricole, avec : fête nautique, courses de chevaux, bal champêtre, concours hippique, bal… et concours musicaux d’orphéons, fanfares, harmonies, et binious !
« La ville de Saint-Brieuc ouvre un concours d’orphéon, de fanfares, d’harmonies et de binious fixé au dimanche 26 juin 1881. La lutte ouverte entre les hautbois, binious et tambourins, donnera à ce concours un attrait d’un nouveau genre. Cette innovation, tout à fait locale, ne manquera pas d’attirer à St-Brieuc un grand nombre de sociétés et d’auditeurs, qui pourront profiter de cette circonstance pour visiter les côtes de Bretagne et voir dans leurs costumes nationaux les musiciens populaires de cette région pittoresque. » (Journal de Lannion, 21/04/1881)

Journal de Treguier 11-06-1881

Journal de Tréguier, 11 juin 1881

Cet article annonce « Une quarantaine d’exécutants inscrits » aux concours de binious ce qui parait bien improbable.

J’ai trouvé aux Archives de la ville de St-Brieuc le règlement de ce concours.
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Le règlement tel qu’il est publié pose plusieurs problèmes :
– Il y aurait eu un concours de bombardes seules en deux catégories avec ou sans clef ?
Cette partie est étonnante, pour moi les organisateurs, peu aux faits des instruments utilisés par les sonneurs, semblent confondre hautbois « classique » et bombarde bretonne.
– Suivi, d’un concours de couple bombarde et biniou mais là encore en deux catégories : doigté de cinq et de sept ?
Que veut dire ce doigté de cinq ? la bombarde comme le biniou se jouant avec sept doigts.
– En fin, un concours de trio biniou, bombarde et tambour qui lui ne pose pas de problème. Comme le répertoire qui impose d’exécuter cinq airs de ronde et cinq airs de dérobée ce qui correspond bien au répertoire de danses des sonneurs de la région.

Ce concours musical ne semble pas avoir remporté un grand succès quel que soit les catégories. « Les sociétés qui sont venues à St Brieuc ne sont pas nombreuses, mais la qualité a largement remplacé la quantité« , quatre musiques sont classées : Laval, Lamballe et deux de Guingamp. Quant au concours de biniou, aucune trace, aucun classement n’est publié dans la presse. Je n’ai retrouvé la trace que de deux couples ayant participé.

Jean Guillerm et son compère de Belle-Isle-en-Terre
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Nous possédons deux documents prouvant la participation de Jean Guillerm son diplôme, et sa médaille du concours.
Guillerm a fait ce concours avec un compère, je n’ai pas retrouvé son nom. Nous lui connaissons trois compères, trois sonneurs de clarinettes. Aurait-il fait le concours avec un compère à la clarinette ? Je n’ai pas de trace de sonneur de bombarde l’accompagnant.

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Diplôme de Jean Guillerm, en très mauvais état, du concours de St-Brieuc

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La médaille du concours de St-Brieuc sur laquelle il est inscrit République Française / Ville de St Brieuc 1881 et, gravé à la main : Guillerm. Cette médaille J.-V.Guillerm l’arborait fièrement en haut d’un des bourdons de sa cornemuse.

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 Première photo  connue de Guillerm à la cornemuse, avec un de ses compères à la clarinette. Cette vue a été prise entre 1884 et 1899.

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Tampon de J.-V. Le Guillerm, « tambour de ville » et premier bag-pipeur breton connu.

Les frères Péron

Un autre couple participant à ce concours nous est connu grâce à cet article de presse :

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Le Finistère, 6 juillet 1881

Le couple annoncé comme vainqueur est les frères Péron, originaires de Châteaulin. Ils nous sont un peu plus connus grâce à une étude menée par un descendant Vincent Soubigou (1).  L’un des deux frères est Lambert Péron (1858-1900) à la bombarde, cordonnier de métier. Il participe à trois des tous premiers concours de sonneurs organisés : St Brieuc (1881), Paris (1889) et Brest (1895). L’autre frère Péron et donc au biniou, est pour l’instant non identifié. Il pourrait s’agir de Guillaume ou de Jean-Marie, tous les deux plus âgés que Lambert et tous les deux cordonniers à Châteaulin. Un article de presse nous enseigne sur les prix attribués à ce concours : « Le 26 juin 1881, au concours régional de Saint-Brieuc, M. Péron et son frère, décédé depuis, avaient obtenu un sac sarclé d’argent, un diplôme d’honneur, une médaille d’argent et une prime. » (Le Bas-Breton, 6 juillet 1889)
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Lambert Péron (1858-1900) sur la photo des concurrents du Finistère au concours de Brest du 4 aout 1895. On remarque que le sonneur porte sur son chupenn ses médailles remportées aux précédents concours.   L’Illustration n° 2788, 17 aout 1895, p. 145.

 Au moins deux couples de concurrents se présentent donc à ce concours. Le paradoxe est qu’il n’y a pas de couple biniou & bombarde à demeure dans le pays de Saint-Brieuc. Les plus proches sont à plus de 30 km plus au sud : Gausson, La Motte, Uzel et ensuite Loudéac. Le pays de Saint-Brieuc semble avoir eu des couples de sonneurs à la Révolution, les comptes rendus des fêtes révolutionnaires en apportent le témoignage. Mais depuis la Restauration à chaque fois que des villes comme : St Brieuc, Moncontour, Quintin, Lamballe, Chatelaudren…, organisent des grandes fêtes (courses hippiques, pardon, régates, 14 juillet, expositions…), elles font venir des sonneurs de binious et bombardes de Loudéac, voir de plus loin comme en 1838 à St Brieuc avec la venu de Matilin an Dall de Quimperlé. Dans le pays de Briochin, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’instrument le plus utilisé est la vielle quelques fois en duo avec la bombarde et ensuite la clarinette.

L’annonce du concours montre bien l’objectif des organisateurs qui est de présenter aux touristes de l’exotisme. Le bord de mer et les musiciens locaux « dans leurs costumes nationaux » sont présentés comme les atouts de cette région pittoresque. Pourtant ce premier concours semble bien avoir été un échec, par manque de préparation et méconnaissance des musiques populaires locales, mais ce n’est que partie remise.

(1) Soubigou, Vincent, Lambert Péron – Illustre sonneur de la fin du XIXe siècle, Musique Bretonne, n° 247, Avril 2016, pp. 32-40.
(2) Jouyau, Pierre-Yves, « Le facteur mène l’enquête » ArMen, n° 167, 11-12/2008, pp. 36-39.

Concours de sonneurs

Concours de sonneurs, une déjà longue histoire.

Vous trouverez ci-dessous une ébauche de liste récapitulative de tous les concours de biniou que j’ai recensés depuis leurs apparitions en 1881. La période plus récente du renouveau depuis la création de la B. A. S. (Bodadeg ar sonerion), sera complétée  par la suite. Je vais rajouter dans un second temps quelques concours d’accordéons et de clarinettes & violons du pays Gallo. Le classement et divers documents se rattachant va être rajouté pour chaque concours.

Date – Commune – Organisation – Nombre de couple participant / classé
1881 Saint-Brieuc (22) – Concours musical – 2 (classés)
1889 Paris (75) – Concours de musiques pittoresques – 1 (participant)
1892 Vannes (56) – Concours musical – (60 ou 64 participants) – 5 (classés)
1894 Pontivy (56) – Exposition municipale – 5 (classés)
1895 Brest (29) – Concours musical – (42 + 1 participants) – 42 (classés)
1899 Vannes (56) – URB* – 38 (participants) – 10 (classés)
1901 Quimperlé (29) – URB* – 23 (participants) – 8 (classés)
1902 Auray (56) – URB* – ? (participants) – ? (classés)
1903 Pontivy (56) – Fêtes de Pontivy – 3 (classés)
1904 Gourin (56) – URB* – 7 (classés)
1905 Brest (29) – Fêtes musicales – 6 (participants) – 4 (classés)
1905 Pont-Aven (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs – 10 (participants) – 5 (classés)
1905 Ploërmel (56) – Fêtes des courses
1906 Brest (29) – Exposition Brest – ? (classés)
1906 Baud (56) – Exposition Baud – ? (classés)
1906 Carnac (56) – URB* – 20 (participants) – 6 (classés)
1907 Rostrenen (22) – URB* – 4 (participants) –  4 (classés)
1907 Pont-Aven (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs –  10 (participants) – 4 (classés)
1907 Pontivy (56) – Fêtes de Pontivy – 7 (classés)
1908 Pouldu (29) – Fêtes du Pouldu – ? (classés)
1908 Quimper (29) – Fêtes de Quimper – 8 (classés)
1909 Pluméliau (56) – Fêtes de Pluméliau – 3 (classés)
1909 Quimper (29) – Fêtes de Quimper – 7 (classés)
1909 Locminé (56) – Fêtes de Locminé – 8 (classés)
1909 Douarnenez (29) – Fête des Mouettes – 6 (participants) – 6 (classés)
1910 Dinard (35) – Fête Bretonne – 3 (classés)
1910 Douarnenez (29) – Fête des Mouettes – 3 (classés)
1912 Redon (35) – URB* – 8 (classés)
1913 Brest (29) – Fêtes de Brest – 6 (classés)
1913 Hennebont (56) – FRB** – 6 (classés)
1913 Pont-Aven (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs – 5 (classés)
1913 Vannes (56) – URB* – 3 (classés)
1913 Loudéac (22) – Fêtes de Loudéac – 3 (classés)
1913 Quimperlé (29) –  ? – 5 (classés)
1919 Lorient (56) – Fêtes de Lorient – 2 (classés)
1921 Huelgoat (29) – Fêtes Bretonnes – 4 (classés)
1921 Penmarc’h (29) – Fête des Cormorans – ? (classés)
1922 Bieuzy-les-Eaux (56) – Fêtes Bieuzy-les-Eaux – 3 (classés)
1922 Pontivy (56) – URB* – 3 (classés)
1922 Carnac (56) – Pardon des Menhirs – 4 (classés)
1923 Penmarc’h (29) – Fête des Cormorans – ? (classés)
1923 Plouay (56) – Fêtes de Plouay – 6 (classés)
1923 Lorient (56) – Comice Agricole – ? (classés)
1923 Carnac (56) – Pardon des Menhirs – ? (classés)
1923 Locminé (56) – Comice Agricole – ? (classés)
1923 Quiberon (56) – Comice Agricole – 3 (classés)
1923 Loudéac (22) – FRB** – ? (classés)
1923 Pont-L’Abbé (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs – ? (classés)
1924 Lorient (56) – Fêtes de la Victoire – 5 (classés)
1924 Pont-L’Abbé (29) – ? (organisation) – ? (classés)
1924 Carnac (56) – Pardon des Menhirs – 4(classés)
1924 Pont-Aven (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs – ? (classés)
1925 Carnac (56) – Pardon des Menhirs – ? (classés)
1925 Moncontour (22) – Fêtes de Moncontour – 2 (classés)
1926 Trinité-sur-Mer (56) – Régates – ? (classés)
1926 Guénin (56) – Comice Agricole – ? (classés)
1929 Lignol (56) – ? (organisation) – ? (classés)
1929 Bieuzy-les-Eaux (56) – Fête de Bieuzy-les-Eaux – 3 (classés)
1931 Le Faouët (56) – Fêtes de Le Faouët – 5 (classés)
1932 Guénin (56) – Comice Agricole – 4 (classés)
1932 Vannes (56) – Fêtes du centenaire – ? (classés)
1932 Languidic (56) – Comice Agricole – 4 (classés)
1936 Trinité-sur-Mer (56) – Régates – 2 (classés)
1937 Plougastel-Daoulas (29) – Blun-Brug – ? (classés)
1937 Plozévet (29) – Plozevet – 10 (classés)
1937 Carnac (56) – Pardon des menhirs
1938 ? – Blun-Brug – 2 (classés)
1939 Melrand (56) – Fêtes de Melrand – 4 (classés)
1939 Quimper (29) – Blun-Brug – ? (classés)
1949 Quimper (29) – Fêtes de Cornouaille
1957 Gourin (56) – Bodadeg ar sonerion
1958 Quimper (29) – Fêtes de Cornouaille

URB* : Union Régionaliste Bretonne
FRB** : Fédération Régionaliste de Bretagne

Biblio :
DEFRANCE Yves, « Les concours de biniou sous la IIIe République ou la naissance du spectacle folklorique », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1987, t.116, p. 191-209.
Ouvrage collectif, Musique traditionnelles de Bretagne – Concours, joutes et rencontres, Musique et danses en Bretagne, 2006.
RIVALLAIN, Yann, « Le championnat de Bretagne des sonneurs« , ArMen n° 141, 07/2004, pp. 10-17.

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