Supplément de solde pour les binious

Une lettre, qui fut adressée à la fin du mois d’octobre 1870 aux maires des communes du Finistère par le Préfet du département, est souvent citée comme preuve de l’engagement de sonneurs dans l’armée avec supplément de solde s’ils apportent leurs instruments. Ce document n’a jamais été reproduit dans son intégralité (Merci à Gilles Kermarc et à Patrick Sicard pour sa communication).

« République Française Préfecture du Finistère Quimper, le 31 Octobre 1870
Monsieur, le Maire,
Je vous ai, par dépêche du 25 octobre adressée aux Sous-Préfets, fait savoir que tous les mobilisés devaient se tenir prêts à partir au premier signal, […]»

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Cette lettre est signée par le Préfet du Finistère, E. CAMESCASSE.

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Ernest Camescasse (1838-1897), né à Brest, il est nommé préfet du Finistère par Gambette le 5 septembre 1870, il restera en poste jusqu’au 1 mars 1871.

 

La présence du Général Keraty à Quimper au moment de sa rédaction indique que cette lettre est destinée au recrutement de l’Armée de Bretagne qui sera cantonné au tristement célèbre camp de  Conlie.
Visiblement les Mobiles bretons n’ont pas attendu la demande du Préfet pour prendre leurs binious, la presse parisienne signale déjà la présence de sonneurs au milieu du mois de septembre dans la capitale. Cet appel du préfet Camescasse a-t-il été suivit ? Les autres départements bretons et notamment le Morbihan, ont-ils prient les mêmes dispositions ?

Les binious militaires à la guerre de 1870

Un vitrail patriotique

Chapelle de Ty Mamm Doue en Kerfeunteun (Kemper)

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Le vitrail du côté sud-est de la chapelle est un ex-voto en hommage au 118e Régiment d’Infanterie de Quimper en « souvenir reconnaissant des combattants de la guerre 14-18 ». C’est une œuvre commandée à H. M. Magne (1877-1943), vitrier réputé et réalisée dans les ateliers Champigneulle à Paris en 1921.
vitrail-patriotiqueC’est un vitrail très réaliste, où l’on trouve tous les éléments des tourments de la Grande Guerre retranscrits avec rigueur. La partie inférieure représente la procession du pardon annuel priant pour le retour de ses soldats.
vitrail-patriotique-ProMais c’est le tympan ajouré de ce vitrail qui nous intéresse ici. Réalisé sur le thème de la musique, on y voit quatre anges musiciens : harpe, rebec, un instrument à corde (?) et… un biniou.
Le 118e RI de Quimper et le 318e sont connus pour avoir eu des poilus sonneurs de biniou dans leurs rangs. Est-ce la raison de la présence de cet ange au-dessus de la scène de combat ?

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Il a failli être détruit :
En 1943 lors de l’occupation, quand un officier allemand visitant la chapelle fut très mécontent de voir représenter la fuite des soldats allemands devant l’armée française. « Il a demandé à deux soldats d’aller le détruire. Ils devaient s’arrêter prendre la clé à l’auberge de Ty Mamm Doué. Un arrêt trop bien arrosé, si bien qu’en sortant ils n’ont jamais retrouvé la chapelle. Et c’est comme ça que le vitrail a été sauvé », aime à raconter Pierre Le Jeune.
Ouest-France (05 avril 2014)

Pour en savoir plus : blog de Jean-Yves Cordier
Merci à Patrick MALRIEU pour l’info et les photos

D’une guerre à l’autre

David Coché, sonneur et ancien poilu de 14-18

Nouvelliste-21-11-1939

Le Nouvelliste du Morbihan, 21 novembre 1939

A la fin de l’année 1939, alors que les troupes alliées sont cantonnées derrière la Ligne Maginot, une idée est lancée dans la presse lorientaise : offrir binious et bombardes aux sonneurs mobilisés. L’idée n’est pas sans rappeler la guerre 14-18, où déjà cette même presse s’était mobilisée afin de fournir des instruments au front.
« Aidons nos poilus de 1939 à se distraire au repos avec les vieux airs du terroir » (1)

David Coché, de Lanester, un ancien sonneur de la Grande Guerre est l’un des premiers à répondre à cet appel : « C’est moi qui, à la « der des der » jouait du biniou au 262e, dont maint Lorientais et des environs ont encore le souvenir bien vivant, avec un « as » de Quimper comme bombarde. C’est vous dire, sans prétention, que le 2-6-2 était servi, aussi maintes fois, nous avons bien amusé le régiment » (2).

Le 262e Régiment d’Infanterie de Lorient est constitué en 1914, il est issu du 62e RI dont il est le régiment de réserve. En avril 1916, deux galas sont organisés par la presse lorientaise (7) et la Société Philharmonique au bénéfice des soldats nécessiteux des régiments de la ville. Cette collecte servira à l’achat d’un couple biniou et bombarde et d’instruments de musique pour le 262e RI.

« Dans l’Oise, au repos, je me souviens d’une fête dans une cour de ferme, la ferme Gamet, précis-t-il ; on était monté sur des barriques et ce fut comme au pays ! Le lieutenant-colonel Poblet présidait au premier rang avec le capitaine Baudet, natif d’Hennebont, animateur emballé de nos fêtes bretonnes » Et l’ancien poilu raconte avec quel plaisir la population et les soldats exécutèrent tant bien que mal gavottes et ridées » (3)

David Cochet mentionne un « as » de Quimper comme bombarde, il s’agit du caporal clairon Fanch Bodivit (1886-1963) célèbre sonneur de Fouesnant, trois fois blessés au cours de la Grande-Guerre (8).

L’ancien sonneur lorientais est né à Cléguer en 1887, il raconte qu’il débute la musique à sept ans avec une « pauvre flûte« , avant de s’enhardir vers 14 ans au biniou. Il a ensuite l’occasion de sonner dans de nombreuses noces et pardons de la région de Lorient. Ses compères sont les trois frères Fléjeau de Lanester.  Trois frères qui « montaient les binious, bien rudimentaires avec le tourneur Jacob qui fignolait les bois et soignait avec quelle attention les instruments. On venait de loin pour les consulter (4) ».  Il ne semble pas fréquenter le mouvement breton de l’entre-deux-guerre, ni les nombreux concours de sonneurs, je n’y ai pas retrouvé son nom. La guerre terminée, de retour à Lorient il travaille à l’Arsenal comme perceur et semble avoir arrêté son activité de sonneur. Marié, une fille, il décède en 1972 âgé de 85 ans à Hennebont.

Un troisième couple d’instruments est offert à la fin de l’année 1939 aux soldats Malardé de Melrand « dont le père sonne aux noces de chez nous » et un collègue du pays (5). Le Nouvelliste du Morbihan fait le point sur ses souscriptions à la fin du mois de janvier 1940 (6), ce sont cinq couples d’instruments qui ont été livrés aux soldats sonneurs mobilisés.

(1) Le Nouvelliste du Morbihan 3 novembre 1939.
(2) Le Nouvelliste du Morbihan, 11 novembre 1939.
(3) Le Nouvelliste du Morbihan, 21 novembre 1939.
(4) Le Petit Lorientais, 26 novembre 1939.
(5) Le Nouvelliste du Morbihan, 31 décembre 1939.
(6) Le Nouvelliste du Morbihan, 31 janvier 1940.
(7) Le Nouvelliste du Morbihan, 20 avril 1916.
(8) Le Citoyen, 29 septembre 1916.

Kristian MORVAN

Cornemuses au front 14-18

La Cabrette

Faible

S’agit-il du 139e RI d’Aurillac avec son cabretaire ?

Les soldats bretons ne seront pas les seuls à réclamer leurs instruments favoris afin d’agrémenter les quelques moments de repos pendant la Grande Guerre. En septembre 1915, un capitaine du 16e Régiment d’Artillerie, régiment basé à Issoire en Auvergne, écrit au journal Le Figaro :

« Parmi les instruments qu’on vous demande, ou qu’on pourrait vous demander, il y en a un tout à fait spécial et local, il est vrai dont je n’entends jamais parler et qui ferait tant de plaisir à mes braves poilus, tous originaires des quatre provinces de l’Auvergne la Loupiasie, la Fouchtrasie la Bouniasie et la Bougrasie !… Cet instrument s’appelle une musette d’Auvergne, ou plutôt une chabrette. Il ne serait pas difficile d’en trouver dans les parages de la Roquette, rue de Lappe. Tous mes solides et braves gaillards sont très amateurs des airs de bourrée qu’ils dansent avec grâce et légèreté, entre deux bombardements.(1) »

Émile Berr, journaliste au Figaro, se met en quête de l’instrument :

« Pour l’avoir, c’est, en effet, rue de Lappe qu’il fallait se renseigner. La rue de Lappe, c’est un morceau d’Aurillac ou du vieux Clermont-Ferrand transporté à cent mètres de la place de la Bastille. […] Et naturellement il y à dans la rue de Lappe un « bal musette » où l’on vient danser la bourrée. Le joueur de musette ou de biniou disons de chabrette pour être Auvergnat tout à fait est mécanicien dans un grand journal illustré; mais tous les soirs il revient au pays, c’est-à-dire à sa chabrette et à son accordéon, et fait danser les camarades ou bien, enfermé dans son étroit logis d’ouvrir bien sage, rue du Chemin-Vert, entre sa femme et sa petite fille, il travaille; il construit des musettes, et voici ce qui est merveilleux il en vend Et dans cette chambre d’ouvrier de Paris, on est stupéfait de trouver l’outillage tout neuf du joueur de bourrées, la ceinture à soufflet, les anches, le sac à air en velours frappé, les flûtes… flûtes en ivoire, en ébène rehaussé d’argent, en gros bois simple et nu de chabrettiste pauvre. Elles sont toutes là, couchées pêle-mêle dans la grande boite où l’Auvergnat déraciné vient choisir sa musette. J’ai choisi la nôtre. Elle partira tout à l’heure pour le front et demain, c’est au son de la chabrette et du canon que les gaillards du 16e d’artillerie danseront la bourrée.(1) »

Dix jours plus tard les lecteurs du Figaro sont avertis que le précieux instrument est bien arrivé. La « chabrette » trouve rapidement son chabrettaire et le capitaine remercie le journal de son envoi :

« Les Auvergnats dansent !
Une compagnie du 16e d’artillerie – régiment d’Auvergne – voulait danser la bourrée en musique, et demandait une « chabrette » ; autrement dit, une musette ; ou, si l’on veut, un biniou. Nous avons envoyé l’instrument ; et voici l’accusé de réception du capitaine : Aux. Armées, le 24 septembre 1915. « Monsieur, J’étais, en mission à l’arrivée de votre lettre et du colis contenant la « chabrette » tant désirée. Je ne sais comment m’exprimer pour adresser au Figaro les remerciements de tous nos braves et vaillants Auvergnats et vous dépeindre la joie qu’ils ont éprouvée à la vue de cette chabrette et de tous ses accessoires neufs et brillants. Le deuxième canonnier-conducteur Cantuel, un « cabrettaïre » de Salers (Cantal), s’en est emparé ; dès les premiers airs, tous niés poilus accoururent de toutes parts, et, à l’ébahissement des gens du pays, ils dansèrent par couples une bourrée en règle, qu’ils terminèrent par un «iou» formidable et des acclamations à l’adresse du Figaro. Si vous aviez pu assister à ce début de la chabrette dans le département de…, je suis sur, monsieur, que vous auriez été heureux de vous rendre compte de la joie et du plaisir que vous avez procurés à ces braves gens. Une grosse larme perlait par-ci par-là sur dés poils de barbe hirsute… léger et passager attendrissement au souvenir de leur Auvergne, de leurs montagnes qu’ils ont quittées depuis quatorze mois, et où beaucoup ne sont pas retournés depuis ; ils revoyaient parla pensée le jour heureux de leur mariage, les cabrettaïres munis de leurs instruments ornés de longs rubans de soie pour la circonstance, précédant la jeune mariée et les invités, annonçant à tous les échos l’hymen des jeunes époux… C’est un jeu de leur chère Auvergne que le Figaro leur a envoyé ; ils lui en sont profondément reconnaissants. Permettez-moi, cher monsieur, d’ajouter mes remerciements aux leurs et veuillez agréer l’assurance de mes sentiments les meilleurs. Capitaine Henry B… P. S. – J’oubliais de vous dire que leur moral est excellent; plus vaillants que jamais, ils sentent tous qu’il faut en finir avec cette race de barbares qu’ils ont vue à l’œuvre. C’est une grande satisfaction pour un officier d’avoir 1 l’honneur de commander de pareils soldats ; On remarquera que cette lettre est datée du 24 septembre, la veille du jour où se déclenchaient les offensives, si splendidement préparées par nos artilleurs. Quelles, bourrées ceux du 16e n’ont-ils pas dû danser depuis une semaine !
Émile Berr » (2)

Quelques mois plus tard, alors que la guerre s’enlise, des bretons réclament à leur tour une cornemuse pour remonter le moral des troupes bretonnes du front.
« Le capitaine d’une compagnie de Bretons voudrait un biniou pour ses soldats, comme un autre capitaine nous demandait naguère une musette d’Auvergne pour ses artilleurs.(3) »

A Paris en 1916, il était visiblement plus compliqué de trouver un biniou breton qu’une « chabrette » Auvergnate.
« Nous avons pu trouver à Paris un ouvrier auvergnat, fabricant de musettes; nous n’avons pu y trouver un Breton fabricant de binious. Mais l’adresse d’un spécialiste de Keryado (Lorient) nous a été donnée et la commande est faite. Le biniou sera expédié au front vers le 5 mai. (4) »

Le spécialiste de Keryado en Lorient est bien sûr Jean-Pierre Jacob (1865-1919), qui a donc eu une commande de plus à réaliser pour le journal parisien.

(1) Le Figaro, 17 septembre 1915.
(2) Le Figaro, 2 octobre 1915.
(3) Le Figaro, 11 avril 1916.
(4) Le Figaro, 23 avril 1916.
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Des nouvelles du front

Une vue du 318e Régiment d’Infanterie de Quimper

318aSource : Collection Archives de Lorient

Autre vue du 318e RI avec un couple de sonneurs (voir les autres), sans doute une photo de Étienne Le Grand (1885-1959) ce serait la cinquième. Vu la tenue légère des sonneurs (chemise) on doit être en été. La poche du biniou est gonflée, la bombarde a son anche, la musique va démarrer.

A suivre…

Le 318e Régiment d’Infanterie de Quimper

Un après midi de danse au biniou 

Sans-titre---1---Copie-FCette vue est publiée pour la première fois en couverture de Musique Bretonne revue de l’association Dastum en 1982, on la retrouve dans le livre Musique Bretonne des éditions ArMen en 1996.

Bretons-Grande-Guerre-p.75-FLa même scène, mais cette fois sur un plan plus large, publiée une première fois dans un livre de Jean-François Douguet, Etienne Le Grand, Un regard breton dans la Grande Guerre, aux éditions Les Cahiers d’Arkae, en 2008. On la retrouve dans Les Bretons et la Grande Guerre : Images et Histoire de D. Guyvarc’h & Y. Lagadec aux éditions des Presses Universitaires de Rennes de 2013.

Ouest-France-page-66-FToujours la même scène, à un autre moment, extrait de Les Bretons dans la guerre de 14-18 de JP Soudagne & C Le Corre, aux éditions Ouest-France de 2006.

Union-Agricole-23-05-1915Autre vue du couple de sonneurs, de qualité très moyenne, publiée le 23 mai 1915 dans un journal de Quimperlé l’Union Agricole. Elle est envoyée au journal par Mathurin Oliviero (1866-1943), pharmacien à Paris mais d’origine pontyvienne, qui lance la souscription « Le Biniou aux Armées« . Un mois auparavant, il signale dans ce même journal, qu’il vient d’envoyer au 318e RI un couple d’instruments ; Cette scène pourrait donc se passer au début du mois de mai 1915.

Une cinquième vue du même régiment, le 318e RI, avec un couple de sonneurs accompagné d’un clairon. La vue semble avoir été prise au mois d’août 1915.

Ces cinq photographies ont été prises par  Étienne Le Grand (1885-1959), photographe quimpérois, mobilisé en août 1914 au 318e R. I. Il est nommé photographe du régiment au mois de décembre 1914. Le soldat-photographe Le Grand va ainsi couvrir la guerre de près de sept cents photos qui sont de précieux témoignages sur les hommes qui ont fait cette guerre. Le 318e RI est un régiment quimpérois créé en 1914 et dissous en 1916, c’est le régiment de réserve du 118e R.I.

Étienne Le Grand indique que cette scène se passe dans un bourg proche de la ligne de front à Saint-Pierre-lès-Bitry dans l’Oise. Mais rien ne montre que les sonneurs font effectivement partie du 318e R. I., dans ce bourg, à cette date plusieurs régiments sont cantonnés. Le numéro sur le képi du biniou, qui pourrait nous renseigner sur le régiment est hélas illisible. La danse exécutée par les poilus, en quadrette, est bien celle de la région de Quimper.

Laurent Bigot, fait remarquer que « la position des mains du sonneur de biniou, qui n’utilise que deux doigts de la main droite, laisse penser qu’il est bigouden » (Musique Bretonne, ArMen, 1996, p. 227).

Je n’ai pas retrouvé de nom de sonneurs incorporés dans ce régiment.

Kristian Morvan

Pour en savoir plus :

MBretonne-24

Patrick Malrieu, Binious Militaires, Musique Bretonne, mars 1982, pp. 4-13.

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Ouvrage Collectif, Musique Bretonne Histoire des sonneurs de tradition, éditions ArMen, 1996, 511 p.

 Arkae

Étienne Le Grand, Un regard breton dans la Grand Guerre, Cahiers d’Arkae n°10, 2008, 95 p.

 z0146

Jean Pascal Soudagne, Les Bretons dans la guerre de 14-18, Ouest-France, 2006

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Didier Guyvarc’h & Yann Lagadec, Les Bretons et la Grande Guerre : Image et Histoire, PU Rennes, 2013, 208 p.