Binious du 73e Régiment d’Infanterie Territoriale

A propos du n° 3774 de L’Illustration du 3 juillet 1915

Illustration-03-07-15-Couv
La bombarde et le biniou bretons sur le front

On doit cette illustration au peintre-illustrateur Georges Scott, peintre des armées, qui visite le 73e RIT le 13 juin 1915. Car ce n’est pas comme on pourrait le croire au premier abord, véritablement une photographie. Cette vue sera republiée à de nombreuses reprises, symbolisant à elle seule la présence de la Bretagne dans la Grande Guerre.

Illustration-03-07-15a
L’Illustration du 3 juillet 1915
Illustration-03-07-15

On remarque la présence de binious dans les rangs de ce régiment dès le début de l’année 1915. Le 73e RIT est composé de militaires originaires de la partie bretonnante des Côtes d’Armor. Les Territoriaux sont des militaires âgés entre 34 et 49 ans, plus âgés que les régiments de premières lignes.

Le 29 juin 1915, le lieutenant Aymar du Quengo de Tonquédec (1867-1943), qui intègre le régiment en avril 1915, officialise la création d’une fanfare qui comprend binious, bombardes, tambours et clairons.

Tonquedec
Lieutenant de Tonquédec, La Résistance 2 juin 1900.

Le Journal de route du régiment indique à la date du 14 juillet 1915 :
« Le 14 juillet, pour la fête nationale les hommes reçoivent des rations supplémentaires. le lieutenant-colonel passe en revue le matin une section par Cie pour la remise des premières croix de guerre, le défilé s’exécute au son des binious et des bombardes. les punitions de prison sont suspendues.« 

Son successeur le lieutenant Colombani de Niolo et surtout son adjoint le capitaine Léopold Moreau de Bellaing (1875-1942) vont maintenir la fanfare de binious. Il faut préciser que Moreau de Bellaing est d’origine guingampaise, il arrive au régiment en février 1916 et le quitte en juin 1917.

Les sonneurs bretons du 73e RIT. Source : MuCEM – 1952.110

De Bellaing fournit un précieux témoignage sur les binious du 73e RIT, à travers un livre de souvenirs qu’il publie en 1930.

Sans titre

Léopold De Bellaing, Repos.. Souvenirs gais de la guerre et du temps de paix, Rennes, 1930, 80 p.

La fanfare avec ses binious est toujours en activité en avril 1917, on trouve noté à cette date sur le Journal de Route du Régiment :  » Dans l’après midi le Général Joppé vient rendre une visite d’adieu au Régiment. La musique et la CHR lui rendent les honneurs. Le drapeau s’incline à son passage et par une attention délicate du Lt Colonel, avant son départ, la musique et les binious jouent un air breton.« 

Le 18 septembre 1921, à Huelgoat est organisée un fête par la Fédération des Syndicats d’Initiative de Bretagne, à cette occasion les instruments du 73e RIT sont « rassemblée en panoplie derrière la table d’honneur« , en présence du Maréchal Foch. La presse locale relate l’évènement et les discours notamment celui de Mr Bahon-Rault qui se termine ainsi :
« … ce n’est pas sans une émotion profonde que j’écoutais ce matin les accents entrainants des binious, en cette manifestation de paix, en songeant au courage stoïque des héros de l’Yser allant au feu, à la mort, à la gloire, aux accents des binious de « chez nous » que vous voyez ici. … Salut, Messieurs, aux binious de l’Yser, salut à la race bretonne ! » (Semaine religieuse du diocèse de Vannes, 1 octobre 1921)

Quelques années plus tard De Bellaing donnera quelques explications sur les binious du 73e RIT dans la revue An Oaled, du 4e trimestre 1931. Il précise que les instruments appartiennent aux officiers du 73e RIT, qu’ils portent une plaque de métal avec le nom du donateur, mais surtout il explique comment ces instruments sont rentrés en sa possession : « En ce qui concerne la Musique, tous les instruments, propriété personnelle des exécutants, puisque les régiments territoriaux, aux termes des règlements n’avaient pas droit à une musique fournie par l’État, tous des instruments donc furent pris par les Allemands au moment de l’affaire du Chemin des Dames, sauf toutefois la grosse caisse sans doute jugée trop encombrante et les binious probablement parce qu’ils ne savaient pas les utiliser. »

En 1919, la guerre terminée, le 73e RIT est dissous. Léopold De Bellaing hérite des précieux binious, qu’il conserve avec l »espoir de voir un jour la création à Guingamp d’un musée où les instruments seraient exposés en la mémoire du 73e RIT.

AB
source : Mucem

Deux médailles accrochées aux binious dont parle De Bellaing, indiquant le nom des donateurs.
« Don de M le lieutenant de la Motte Rouge » et « Don de M le lieutenant-colonel de Quengo de Tonquédec« 

Ces instruments ne font pas partie de la souscription « Le biniou aux armées » émise au début de l’année 1915 par Mathurin Oliviero (1866-1943) pharmacien chimiste originaire de Pontivy, dans la presse du Sud-Finistère et Morbihannaise. A la fin du mois de juin 1915, se sont près de 800 francs qui sont ainsi récoltés afin de commander pour 732 francs d’instruments chez le « maître tourneur Jacob de Keryado Lorient » (Union Agricole, 27 juin 1915)

Sous
Pour la patrie, par la tradition

En 1952, Yves De Bellaing donne l’ensemble des instruments (une clarinette, deux binious et sept bombardes) avec plusieurs photos et partitions au musée des Arts et Traditions Populaires de Paris. Un couple biniou et bombarde est alors exposé dans les vitrines du musée. A la fermeture des ATP, en 2005, l’ensemble est transféré au MuCEM à Marseille et… est remis en caisse !

Cantine1
Cantine (caisse en bois) où étaient rangées les instruments                   Source : MuCEM

Les instruments du 73e territorial de Guingamp

Il est seulement possible actuellement de voir les instruments sur le site Cornemuses d’Europe et de Méditerranée et la base de donnée du MuCEM. (J’ai extrait les photos de ces deux sites)
Attention, i
l semble bien que les anches figurants sur trois des sept bombardes ne soient pas d’époque.

Instruments
Instruments-2

Les sept bombardes sont de factures différentes, en buis ou en ébènes, avec ou sans incrustation en étain, avec des bagues en os, il semble que les clés ont disparues sur au moins trois d’entre elles.
Les deux binious sont de belles factures, mais assez différents comme les bombardes.
Il ne parait pas anormal de trouver une clarinette (7 clés cuivre, Si b en buis ) dans ce lot d’instruments. La treujenn-gaol (clarinette en breton), était à cette époque l’instrument le plus utilisé par les sonneurs dans la partie bretonnante des Côtes-d’Armor zone de recrutement du 73e RIT.

Les sonneurs du 73e territorial

La clique de binious du 73e RIT de Guingamp. Collection famille Calloud. (source)

Je n’ai réussi à identifier qu’un des membre de cette clique de binious du 73e RIT de Guingamp.
Jean-Marie Le Goff de Saint-Peran en Glomel qui sonne régulièrement dans l’après guerre avec le Grand Léon de Carhaix.  Comme le prouve ces quelques dates relevées dans la presse locale : Guerlesquin en 1919 (fête en l’honneur de Prospert Proux) ; Huelgoat en 1929 (Gorsedd) ; Carhaix en 1931 (fête des Gras) et Plestin-les-Grèves en 1931 (Gorsedd).
Né à Paule en 1872, il fait la campagne de Madagascar en 1895. Son carnet militaire indique qu’il arrive au 73e RIT de Guingamp le 8 novembre 1915, il y reste jusqu’au 27 décembre 1915. Il ne peut donc pas être le sonneur en photo sur la couverture du magazine L’Illustration de juillet 1915. Je n’ai que peu d’information de ce sonneur, surnommé « Gov ar C’hoat« , il est décédé en 1959 à Glomel. Il était cultivateur, Gildas Jaffrenou et Polig Monjarret le donne aussi comme tourneur sur bois, qui aurait réalisé des binious et bombardes, Jean-Michel Guilcher dans sa thèse sur la danse bretonne, du début des années 1950 le donne comme un de ses informateurs pour le terroir fisel.

Sans-titre---1
Guillaume Léon (bombarde) Gildas Jaffrenou (cornemuse) Le Goff (biniou) photo prise dans les années 1930, renseignement Gildas Jaffrenou

Il serait intéressant de retrouver les noms des sonneurs de cette clique des binious du 73e RIT, ou au moins identifier les sonneurs de la couverture de L’Illustration.

Pour en savoir plus :

z0146

Soudagne, Jean-Pascal, Les Bretons dans la guerre de 14-18, Ouest-France, 2006

Illustration-15

Michaël Bourlet, Yann Lagadec, Erwan Le Gall (dir.), Petite patrie dans la grande guerre, PUR, 2013

Breton-12-2013

Cornemuses au front 14-18

La Cabrette

Faible

S’agit-il du 139e RI d’Aurillac avec son cabretaire ?

Cabrette

Au front, les poilus manquent de tout : de vivres, des nouvelles de leurs proches, entre autres. Les Auvergnats, eux, souffrent aussi du manque de leur instrument fétiche : la cabrette. Un régiment d’Auvergnats s’en feraient envoyer une, pour remonter le moral des troupes ( à droite sur la photo). © André Ricros [La Montagne, 11 novembre 2018]

Les soldats bretons ne seront pas les seuls à réclamer leurs instruments favoris afin d’agrémenter les quelques moments de repos pendant la Grande Guerre. En septembre 1915, un capitaine du 16e Régiment d’Artillerie, régiment basé à Issoire en Auvergne, écrit au journal Le Figaro :

« Parmi les instruments qu’on vous demande, ou qu’on pourrait vous demander, il y en a un tout à fait spécial et local, il est vrai dont je n’entends jamais parler et qui ferait tant de plaisir à mes braves poilus, tous originaires des quatre provinces de l’Auvergne la Loupiasie, la Fouchtrasie la Bouniasie et la Bougrasie !… Cet instrument s’appelle une musette d’Auvergne, ou plutôt une chabrette. Il ne serait pas difficile d’en trouver dans les parages de la Roquette, rue de Lappe. Tous mes solides et braves gaillards sont très amateurs des airs de bourrée qu’ils dansent avec grâce et légèreté, entre deux bombardements.(1) »

Émile Berr, journaliste au Figaro, se met en quête de l’instrument :

« Pour l’avoir, c’est, en effet, rue de Lappe qu’il fallait se renseigner. La rue de Lappe, c’est un morceau d’Aurillac ou du vieux Clermont-Ferrand transporté à cent mètres de la place de la Bastille. […] Et naturellement il y à dans la rue de Lappe un « bal musette » où l’on vient danser la bourrée. Le joueur de musette ou de biniou disons de chabrette pour être Auvergnat tout à fait est mécanicien dans un grand journal illustré; mais tous les soirs il revient au pays, c’est-à-dire à sa chabrette et à son accordéon, et fait danser les camarades ou bien, enfermé dans son étroit logis d’ouvrir bien sage, rue du Chemin-Vert, entre sa femme et sa petite fille, il travaille; il construit des musettes, et voici ce qui est merveilleux il en vend Et dans cette chambre d’ouvrier de Paris, on est stupéfait de trouver l’outillage tout neuf du joueur de bourrées, la ceinture à soufflet, les anches, le sac à air en velours frappé, les flûtes… flûtes en ivoire, en ébène rehaussé d’argent, en gros bois simple et nu de chabrettiste pauvre. Elles sont toutes là, couchées pêle-mêle dans la grande boite où l’Auvergnat déraciné vient choisir sa musette. J’ai choisi la nôtre. Elle partira tout à l’heure pour le front et demain, c’est au son de la chabrette et du canon que les gaillards du 16e d’artillerie danseront la bourrée.(1) »

Dix jours plus tard les lecteurs du Figaro sont avertis que le précieux instrument est bien arrivé. La « chabrette » trouve rapidement son chabrettaire et le capitaine remercie le journal de son envoi :

« Les Auvergnats dansent !
Une compagnie du 16e d’artillerie – régiment d’Auvergne – voulait danser la bourrée en musique, et demandait une « chabrette » ; autrement dit, une musette ; ou, si l’on veut, un biniou. Nous avons envoyé l’instrument ; et voici l’accusé de réception du capitaine : Aux. Armées, le 24 septembre 1915. « Monsieur, J’étais, en mission à l’arrivée de votre lettre et du colis contenant la « chabrette » tant désirée. Je ne sais comment m’exprimer pour adresser au Figaro les remerciements de tous nos braves et vaillants Auvergnats et vous dépeindre la joie qu’ils ont éprouvée à la vue de cette chabrette et de tous ses accessoires neufs et brillants. Le deuxième canonnier-conducteur Cantuel, un « cabrettaïre » de Salers (Cantal), s’en est emparé ; dès les premiers airs, tous niés poilus accoururent de toutes parts, et, à l’ébahissement des gens du pays, ils dansèrent par couples une bourrée en règle, qu’ils terminèrent par un «iou» formidable et des acclamations à l’adresse du Figaro. Si vous aviez pu assister à ce début de la chabrette dans le département de…, je suis sur, monsieur, que vous auriez été heureux de vous rendre compte de la joie et du plaisir que vous avez procurés à ces braves gens. Une grosse larme perlait par-ci par-là sur dés poils de barbe hirsute… léger et passager attendrissement au souvenir de leur Auvergne, de leurs montagnes qu’ils ont quittées depuis quatorze mois, et où beaucoup ne sont pas retournés depuis ; ils revoyaient parla pensée le jour heureux de leur mariage, les cabrettaïres munis de leurs instruments ornés de longs rubans de soie pour la circonstance, précédant la jeune mariée et les invités, annonçant à tous les échos l’hymen des jeunes époux… C’est un jeu de leur chère Auvergne que le Figaro leur a envoyé ; ils lui en sont profondément reconnaissants. Permettez-moi, cher monsieur, d’ajouter mes remerciements aux leurs et veuillez agréer l’assurance de mes sentiments les meilleurs. Capitaine Henry B… P. S. – J’oubliais de vous dire que leur moral est excellent; plus vaillants que jamais, ils sentent tous qu’il faut en finir avec cette race de barbares qu’ils ont vue à l’œuvre. C’est une grande satisfaction pour un officier d’avoir 1 l’honneur de commander de pareils soldats ; On remarquera que cette lettre est datée du 24 septembre, la veille du jour où se déclenchaient les offensives, si splendidement préparées par nos artilleurs. Quelles, bourrées ceux du 16e n’ont-ils pas dû danser depuis une semaine !
Émile Berr » (2)

Quelques mois plus tard, alors que la guerre s’enlise, des bretons réclament à leur tour une cornemuse pour remonter le moral des troupes bretonnes du front.
« Le capitaine d’une compagnie de Bretons voudrait un biniou pour ses soldats, comme un autre capitaine nous demandait naguère une musette d’Auvergne pour ses artilleurs.(3) »

A Paris en 1916, il était visiblement plus compliqué de trouver un biniou breton qu’une « chabrette » Auvergnate.
« Nous avons pu trouver à Paris un ouvrier auvergnat, fabricant de musettes; nous n’avons pu y trouver un Breton fabricant de binious. Mais l’adresse d’un spécialiste de Keryado (Lorient) nous a été donnée et la commande est faite. Le biniou sera expédié au front vers le 5 mai. (4) »

Le spécialiste de Keryado en Lorient est bien sûr Jean-Pierre Jacob (1865-1919), qui a donc eu une commande de plus à réaliser pour le journal parisien.

(1) Le Figaro, 17 septembre 1915.
(2) Le Figaro, 2 octobre 1915.
(3) Le Figaro, 11 avril 1916.
(4) Le Figaro, 23 avril 1916.
Detaille-f

Supplément de solde pour les binious

Une lettre, qui fut adressée à la fin du mois d’octobre 1870 aux maires des communes du Finistère par le Préfet du département, est souvent citée comme preuve de l’engagement de sonneurs dans l’armée avec supplément de solde s’ils apportent leurs instruments. Ce document n’a jamais été reproduit dans son intégralité (Merci à Gilles Kermarc et à Patrick Sicard pour sa communication).

« République Française Préfecture du Finistère Quimper, le 31 Octobre 1870
Monsieur, le Maire,
Je vous ai, par dépêche du 25 octobre adressée aux Sous-Préfets, fait savoir que tous les mobilisés devaient se tenir prêts à partir au premier signal, […]»

AD29-1M263-mobilisation - 1870-D

AD29 – 1M263

Cette lettre est signée par le Préfet du Finistère, E. CAMESCASSE.

Camescasse-D
Ernest Camescasse (1838-1897), né à Brest, il est nommé préfet du Finistère par Gambette le 5 septembre 1870, il restera en poste jusqu’au 1 mars 1871.

 

La présence du Général Keraty à Quimper au moment de sa rédaction indique que cette lettre est destinée au recrutement de l’Armée de Bretagne qui sera cantonné au tristement célèbre camp de  Conlie.
Visiblement les Mobiles bretons n’ont pas attendu la demande du Préfet pour prendre leurs binious, la presse parisienne signale déjà la présence de sonneurs au milieu du mois de septembre dans la capitale. Cet appel du préfet Camescasse a-t-il été suivit ? Les autres départements bretons et notamment le Morbihan, ont-ils prient les mêmes dispositions ?

Les binious militaires à la guerre de 1870

Un vitrail patriotique

Chapelle de Ty Mamm Doue en Kerfeunteun (Kemper)

DSC01510
Le vitrail du côté sud-est de la chapelle est un ex-voto en hommage au 118e Régiment d’Infanterie de Quimper en « souvenir reconnaissant des combattants de la guerre 14-18 ». C’est une œuvre commandée à H. M. Magne (1877-1943), vitrier réputé et réalisée dans les ateliers Champigneulle à Paris en 1921.
vitrail-patriotiqueC’est un vitrail très réaliste, où l’on trouve tous les éléments des tourments de la Grande Guerre retranscrits avec rigueur. La partie inférieure représente la procession du pardon annuel priant pour le retour de ses soldats.
vitrail-patriotique-ProMais c’est le tympan ajouré de ce vitrail qui nous intéresse ici. Réalisé sur le thème de la musique, on y voit quatre anges musiciens : harpe, rebec, un instrument à corde (?) et… un biniou.
Le 118e RI de Quimper et le 318e sont connus pour avoir eu des poilus sonneurs de biniou dans leurs rangs. Est-ce la raison de la présence de cet ange au-dessus de la scène de combat ?

DSC01517
Il a failli être détruit :
En 1943 lors de l’occupation, quand un officier allemand visitant la chapelle fut très mécontent de voir représenter la fuite des soldats allemands devant l’armée française. « Il a demandé à deux soldats d’aller le détruire. Ils devaient s’arrêter prendre la clé à l’auberge de Ty Mamm Doué. Un arrêt trop bien arrosé, si bien qu’en sortant ils n’ont jamais retrouvé la chapelle. Et c’est comme ça que le vitrail a été sauvé », aime à raconter Pierre Le Jeune.
Ouest-France (05 avril 2014)

Pour en savoir plus : blog de Jean-Yves Cordier
Merci à Patrick MALRIEU pour l’info et les photos

D’une guerre à l’autre

David Coché, sonneur et ancien poilu de 14-18

Nouvelliste-21-11-1939

Le Nouvelliste du Morbihan, 21 novembre 1939

A la fin de l’année 1939, alors que les troupes alliées sont cantonnées derrière la Ligne Maginot, une idée est lancée dans la presse lorientaise : offrir binious et bombardes aux sonneurs mobilisés. L’idée n’est pas sans rappeler la guerre 14-18, où déjà cette même presse s’était mobilisée afin de fournir des instruments au front.
« Aidons nos poilus de 1939 à se distraire au repos avec les vieux airs du terroir » (1)

David Coché, de Lanester, un ancien sonneur de la Grande Guerre est l’un des premiers à répondre à cet appel : « C’est moi qui, à la « der des der » jouait du biniou au 262e, dont maint Lorientais et des environs ont encore le souvenir bien vivant, avec un « as » de Quimper comme bombarde. C’est vous dire, sans prétention, que le 2-6-2 était servi, aussi maintes fois, nous avons bien amusé le régiment » (2).

Le 262e Régiment d’Infanterie de Lorient est constitué en 1914, il est issu du 62e RI dont il est le régiment de réserve. En avril 1916, deux galas sont organisés par la presse lorientaise (7) et la Société Philharmonique au bénéfice des soldats nécessiteux des régiments de la ville. Cette collecte servira à l’achat d’un couple biniou et bombarde et d’instruments de musique pour le 262e RI.

« Dans l’Oise, au repos, je me souviens d’une fête dans une cour de ferme, la ferme Gamet, précis-t-il ; on était monté sur des barriques et ce fut comme au pays ! Le lieutenant-colonel Poblet présidait au premier rang avec le capitaine Baudet, natif d’Hennebont, animateur emballé de nos fêtes bretonnes » Et l’ancien poilu raconte avec quel plaisir la population et les soldats exécutèrent tant bien que mal gavottes et ridées » (3)

David Cochet mentionne un « as » de Quimper comme bombarde, il s’agit du caporal clairon Fanch Bodivit (1886-1963) célèbre sonneur de Fouesnant, trois fois blessés au cours de la Grande-Guerre (8).

L’ancien sonneur lorientais est né à Cléguer en 1887, il raconte qu’il débute la musique à sept ans avec une « pauvre flûte« , avant de s’enhardir vers 14 ans au biniou. Il a ensuite l’occasion de sonner dans de nombreuses noces et pardons de la région de Lorient. Ses compères sont les trois frères Fléjeau de Lanester.  Trois frères qui « montaient les binious, bien rudimentaires avec le tourneur Jacob qui fignolait les bois et soignait avec quelle attention les instruments. On venait de loin pour les consulter (4) ».  Il ne semble pas fréquenter le mouvement breton de l’entre-deux-guerre, ni les nombreux concours de sonneurs, je n’y ai pas retrouvé son nom. La guerre terminée, de retour à Lorient il travaille à l’Arsenal comme perceur et semble avoir arrêté son activité de sonneur. Marié, une fille, il décède en 1972 âgé de 85 ans à Hennebont.

Un troisième couple d’instruments est offert à la fin de l’année 1939 aux soldats Malardé de Melrand « dont le père sonne aux noces de chez nous » et un collègue du pays (5). Le Nouvelliste du Morbihan fait le point sur ses souscriptions à la fin du mois de janvier 1940 (6), ce sont cinq couples d’instruments qui ont été livrés aux soldats sonneurs mobilisés.

(1) Le Nouvelliste du Morbihan 3 novembre 1939.
(2) Le Nouvelliste du Morbihan, 11 novembre 1939.
(3) Le Nouvelliste du Morbihan, 21 novembre 1939.
(4) Le Petit Lorientais, 26 novembre 1939.
(5) Le Nouvelliste du Morbihan, 31 décembre 1939.
(6) Le Nouvelliste du Morbihan, 31 janvier 1940.
(7) Le Nouvelliste du Morbihan, 20 avril 1916.
(8) Le Citoyen, 29 septembre 1916.

Kristian MORVAN

Des nouvelles du front

Une vue du 318e Régiment d’Infanterie de Quimper

318aSource : Collection Archives de Lorient

Autre vue du 318e RI avec un couple de sonneurs (voir les autres), sans doute une photo de Étienne Le Grand (1885-1959) ce serait la cinquième. Vu la tenue légère des sonneurs (chemise) on doit être en été. La poche du biniou est gonflée, la bombarde a son anche, la musique va démarrer.

A suivre…