Esso – Folklore de la Bretagne

Disque publicitaire de 1962 distribué dans les stations essence Esso.

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Disque publicitaire Esso – Ma province et moi n°8
Esso-Dos

Attention aux pochettes trompeuses, comme sur ce disque publicitaire souple pour ESSO où « sonnent » à la bombarde Charles Pletsier et au biniou Jean-Claude Pedron, deux sonneurs parisiens de la K. A. V. En réalité, il n’ont jamais enregistré de musique à cette occasion là.

Les attaches bretonnes de la chanteuse Jacqueline Danno ne permettent de sauver cette triste production musicale. A remarquer, le premier thème musicale interprété à la clarinette qui fait bien parti du répertoire des sonneurs de treujenn-gaol du kreiz-breizh.

Ce disque était accompagné d’un journal gratuit distribué dans les stations-sercice. (Document : Alain Lozac’h)
Doc : Alain Lozac’h

QUAND SONNENT BOMBARDES ET BINIOUS
Que vient chercher le touriste en bretagne ? Ou plus exactement que vient-il chercher qu’il ne puisse trouver ailleurs ? Ceci qui est le secret des vacances réussies : un total dépaysement. Un pittoresque sans clinquant, mais franc, mais lumineux, au détour de chaque rue, au tournant de chaque heure.
Dès le jour de votre arrivée, que faites-vous ? A peine défaites les valises vous vous préoccupez de l’horaire des marées et du calendrier des fêtes de la région. Et c’est bien le diable si le lendemain dimanche, vous n’entendez pas vriller les notes vives des binious et des bombardes soutenues par les roulements des caisses.
C’est irrésistible ! Vous voilà à la fenêtre, vous voilà dans la rue. Ainsi sans doute en d’autres lieux en d’autres temps, à la recherche de la fanfare municipale ou de la clique militaire…
Tenez, les voilà qui débouchent. En tête, le porte-drapeau, puis les sonneurs de binious, les trois bourdons portés haut, puis les sonneurs de bombardes, puis les tambours. Et parce qu’en d’autres circonstances vous avez vu défiler des Écossais, voilà que vous trouvez un air de famille. Une impression de déjà-vu.
Voulez-vous en savoir un peu plus long que le touriste moyen ? Suivez nous un bout de chemin dans le domaine du folklore musical Breton :ce ne sera pas ennuyeux.
Il doit y avoir en Bretagne trois mille sonneurs environ. Il y en a aussi en dehors de Bretagne. C’est un moyen de retrouver un peu de l’air du pays. Or, voilà trente ans peut être, il ne restait guère plus d’une vingtaine de couples, capables de faire danser gavottes et ridées, aux noces et aux assemblées.
Pourquoi cette déchéance ? Pourquoi ce renouveau ?
On ne peut pas le comprendre sans faire connaissance assez intimement avec ces deux instruments bretons : la bombarde et le biniou.
LA BOMBARDE
C’est un hautbois rustique dont l’étendue ne dépasse pas l’octave, du moins par le jeu de l’anche. En outre une clé permet de descendre à la sensible. La sonorité est aiguë et puissante.
LE BINIOU
C’est une cornemuse. Comme toutes les cornemuses, elle comporte une poche à vent (ar sac’h), un tuyau à soupape dans lequel on souffle pour gonfler la poche (ar zutel), un petit hautbois de 14 cm environ (levriad). Mais elle n’a qu’un bourdon, le bourdon étant ce chalumeau appuyé sur l’épaule et qui ne donne qu’une note : la tonique. Le biniou a la même étendue que la bombarde mais à l’octave supérieure ce qui en fait un instrument suraigu.
Le biniou joue sans arrêt. La bombarde joue une fois le thème et laisse le biniou reprendre seul en écho. Il y a à cela une raison bien simple : la bombarde est un instrument dur, fatiguant. Le sonneur doit pouvoir reprendre haleine.
Les sonneurs étaient de toutes les noces depuis l’aubade depuis l’aubade à la mariée et le cortège evit mont d’an iliz ( pour aller à l’église) jusqu’aux danses dans le pré en passant par l’air du rôti, au milieu du repas.
Ces musiciens rustiques aimaient leur métier et le servait comme une religion. Pierre Hélias parle du vieux Léon Bras qui, à l’hospice de Carhaix couchait avec sa bombarde contre son cœur.
Hélas, l’accordéon est venu. Le prestige de la ville sur la campagne a porté un rude coup aux traditions. En même temps que les robes de velours brodé se voyaient reléguées au profond des armoires, au profit des robes de quatre sous à la mode de la ville, le piano à bretelles faisait taire le biniou, et la valse, le tango, le fox-trot plongeaient dans l’oubli passe-pieds et jabadaos. Il faut bien l’avouer, c’est la cornemuse écossaise qui a vraiment sauvé le biniou. Par de curieux détours.
C’EST DE PARIS QUE SOUFFLE LE VENT.
A vrai dire, le trésor folklorique de la Bretagne avait bien ses conservateurs. Quelques-uns se préoccupaient de sauver des mites les vieux costumes de fête. D’autres, de retrouver les pas des danses dédaignées. D’autres, de recueillir les instruments antiques — devenus rares–et de relever les airs de danses, les cantiques et les marches.
Il était bien naturel que ce soit des Bretons exilés et c’est à Paris qu’ils sont le plus nombreux que vienne le mouvement. C’est loin de son pays, privé de tout ce qui en fait le caractère et la personnalité, que l’on découvre les secrets de ce caractère et de cette personnalité.
C’est à Paris que se forma le premier groupe de danseurs, Korollerien Breiz Izell (danseurs de Basse Bretagne) et, en 1932, une confrérie de sonneurs se constituait sous la direction d’Hervé Le Menn : la K.A.V.
Dix ans plus tard, la B.A.S. naissait à son tour en Bretagne cette fois, et le biniou braz, ou grand biniou, allait être l’artisan du renouveau folklorique breton.
Qu’est ce que le biniou bras ? Tout simplement la cornemuse écossaise. C’est un emprunt que les Bretons ont fait à leurs cousins des Highlands. La musique instrumentale Bretonne ne pouvait revivre qu’en s’appuyant sur ces deux dynamismes du XXème siècle : le nombre et la jeunesse.
Cela, la cornemuse écossaise le permettait. Moins difficile à jouer – sinon à bien jouer – plus facile à accorder, elle est un instrument de clique et son mariage avec le petit hautbois du talabarder lui conférait la nationalité bretonne.
Aujourd’hui chaque bourg a ses sonneurs et chaque ville ou presque son bagad. Consultez le calendrier des fêtes, assistez aux pardons et, si voulez embrasser le problème d’un seul coup, allez aux fêtes interceltiques de quimper ou au Festival des Cornemuses à Brest. Vous serez ébloui par la splendeur des costumes, mais impressionnés par la masse sonore des binious et des bombardes, cent bagadoù sonnant ensemble.
Et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, pensez-vous ? Ce serait méconnaître la complexité du caractère breton d’une part et, d’autre part, certaines réalités musicales. Le Breton admire facilement tout ce qui vient de l’étranger, tout en restant attaché à ce qui est de chez lui.
D’où l’engouement en faveur de la cornemuse écossaise. Mais, pour certains sonneurs de la nouvelle vague, l’oreille et le cœur n’y trouvent pas leur compte.
La cornemuse écossaise s’exprime en majeur…Le petit biniou breton, lui chante sur un mode ancien qui s’est maintenu en Bretagne.
Pour une oreille imprégnée de la gamme tempérée, disons en simplifiant dangereusement le problème, que la gamme bretonne est mineure par en bas et majeur par en haut. C’est ce qui confère aux airs traditionnels leur caractère si particulier où flotte un je ne sais quoi de mystérieux, de mystique. C’est ce qui donne aux danses le caractère d’un rite sacré, quand c’est le vieux biniou qui fait danser et celui d’une joyeuse sauterie quand c’est le biniou bras. D’où un retour au biniou coz, du moins pour la danse.
La Bretagne a retrouvé des sonneurs. Elle en compte d’excellents, des virtuoses authentiques. Demain viendra sans doute le poète inspiré qui fera passer à travers le buis ou l’ébène un souffle nouveau.

JEAN CLAUDE PEDRON

Article paru dans le journal distribué dans les stations-services ESSO Bretagne et Vendée.
BRETAGNE été 1962 – Esso vacances n°3 du 7 août 1962
Recopié par A. LOZAC’H le 17/11/2020

Biniou jouet

Les binious du père Noël

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Trois cartes postales datant des années 1900 à 1906, d’enfants en costume breton de théâtre, qui tiennent un curieux « biniou jouet ». Il s’agit d’une petite « bombarde », montée comme levriad sur une petite poche en caoutchouc alimentée par un court sutel (porte-vent), il ne manque que le bourdon… Un tel instrument semble bien difficile à faire fonctionner !

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Un catalogue (mobilier et et matériel scolaire) de 1898 de la fabrique de Les Fils d’Émile Deyrolle à Paris permet de retrouver ce jouet.

exportSur une publicité pour des ballons en caoutchouc et autres bimbeloteries de la fin du XIXe siècle, on retrouve aussi des « cornemuses jouets » :

Annu-Jouet-Jeux-1897-Faible

Annuaire officiel des jouets & jeux, des bazars, bimbeloterie…, 1897, p. 73

 

Le marchand de cornemuses

Le jouet en forme de cornemuse ou de biniou est largement diffusé, par les camelots principalement pendant les fêtes de Noël.

Petit journal 4 01 1891

Le Petit Journal, 4 janvier 1891

« Un peu plus loin, des airs bretons se font entendre. C’est un marchand de binious en miniature qui nous fait l’effet de faire de brillantes recettes. (La Libre Parole, 24 décembre 1894)

 

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Deux sous ma petite Musique ! – à la portée de les bouches

Un texte d’Arthur Mangin, présentant l’exposition Universelle de 1867, pour le Musée des Familles note déjà la présence du jouet dans les rues parisiennes :
« Mettons-nous un instant à l’écart et donnons-nous ce plaisir. L’endroit où nous sommes convient parfaitement. Nous y serons bien un peu abasourdis par les accords confus de voix et d’instruments qui, du café-concert voisin, arrivent jusqu’à nous; par l’aigre psalmodie des petites cornemuses en caoutchouc qui se vendent deux francs cinquante centimes dans une des boutiques de gauche; par les cris des marchands qui s’efforcent d’arrêter sur leur étalage l’attention des flâneurs; par les cris des garçons du café; par le cliquetis des verres et des fourchettes, par le brouhaha dos conversations et des exclamations; par le roulement des petites voitures où des hommes de trait promènent, à raison de deux francs l’heure, les personnes impotentes ou paresseuses. »

En 1932 le jouet fait toujours son effet.
Sans titre

Paris 1932 : « un joueur de biniou sur les Boulevards » (source : Gallica)

Mais le paradoxe est de retrouver le biniou jouet en Bretagne. On aperçoit dans les premières scènes d’un film de 1923, sur la fête des reines de Quimper, un vendeur de biniou en caoutchouc en costume breton [Merci à Laurent Bigot pour l’info.]

Quimper 1923

Source : Cinémathèque de Bretagne, Grande fête des Reines de Cornouaille, film de René Arcy-Hennery