Brest, 1895

L’organisation

Voulant créer un événement musical dans la ville la municipalité de Brest décide d’organiser une grand concours musical réunissant : Orphéons, Harmonies, Fanfares, Trompes de chasse, Trompettes de cavalerie et Binious au mois d’août 1895. Une commission est rapidement mise en place, les inscriptions se font auprès de Georges Mahéo secrétaire de la commission Biniou.
Une souscription est lancée pour recueillir des prix en nature en plus des primes offertes par l’organisation. Ainsi Mr le Colonel Bourgeois offre un biniou en palissandre monture en ivoire, le journal La Dépêche offre lui aussi un biniou, Mr Lelièvre une bombarde, Mme Sinou : une bombarde buis et corne, mais l’on trouve aussi parmi ces prix : une paire de pantoufles, des étuis à cigares, des chapeaux, une longue vue, etc… Il faut ajouter que chaque concurrent reçoit une médaille avec rubans et un diplôme de « maître sonneur« . Le bilan financier de l’organisation permet de voir que le biniou offert en prix à une valeur de 30 fr. (La Dépêche de Brest, 23 décembre 1895).
L’article 4 du règlement précise le répertoire que les concurrents devront exécuter : trois airs de ronde ou gavotte, deux airs de bal, et trois de dérobées, passe-pied ou jabadao. Cependant le jury aura la faculté de réduire ce nombre (La Dépêche de Brest, 22 juillet 1895). Visiblement les organisateurs connaissent le répertoire des sonneurs, contrairement au concours précédemment organisé comme à Saint-Brieuc (1881) ou à Vannes (1892). Dès le 30 juillet, 42 couples ont confirmé leurs présences, l’organisation refuse d’inscrire de nouveaux concurrents.

Le jury

Les membres du jury sont : MM le lieutenant-colonel Bourgeois ; Delatte, de la musique des équipages ; Moreau, du 19e ; Podeur et Rodallec.

  • Colonel Bourgeois : Alfred Bourgeois (1824 Brest – 1904 Brest) après une carrière militaire, Alfred Bourgeois revient dans sa ville natale pour une retraite active. Il milite pour la défense de la langue bretonne en créant un cours privé de breton. Musicien, il publie plusieurs partitions pour piano : « Une noce à Carnac » – Quadrille sur des airs Bretons (1894), « Le pauvre Alain, Ar paour kez Alann » – Ballade Bretonne (1897) et « La Morbihannaise » danse bretonne pour piano et musette (sd). Il collecte de nombreuses chansons (texte et musique) qui restent toujours en partie inédites malgré la publication posthume par Hervé Le Menn d’un recueil Kanaouennou pobl (1) en 1959. Il publie aussi de nombreux articles sur divers sujets dans le Bulletin de la Société Académique de Brest.
    Dans un texte d’introduction de 1905 du recueil Kanaouennou Pobl, Anselme Vinet précise même « […] le colonel Bourgeois présidait le jury des binious et bombardes avec la plus grande compétence, ayant pratiqué lui-même ces vieux instruments« . (p. 9). Le colonel Bourgeois publie en 1896 un petit livre intitulé Recueil d’airs de Biniou et Bombarde (2), dans lequel on trouve 148 airs notés, précédés d’une introduction de 11 pages sur les instruments et la danse.
  • Moreau du 19e Régiment d’Infanterie de Brest : Non identifié, mais probablement un musicien de ce régiment.
  • Delatte de la musique des équipages : Non identifié.
  • Podeur : non identifié, mais un musicien puisque qu’un prix lui est remis pour une cantate qu’il offre au comité d’organisation.
  • Rodallec : François-Louis Rodallec (1849-1935) directeur d’école et secrétaire de mairie à Scaër, précurseur, il est le premier à s’intéresser à la lutte bretonne qu’il commence à codifier, musicien il fonde la première Musique Municipale de Scaër en 1895, il est aussi l’un des premiers à collecter des airs directement auprès des sonneurs. Il existe un manuscrit, toujours inédit de ses collectages. Il a déjà participé au jury du concours de sonneurs de Vannes (1892).

Cinq juges, tous musiciens avec deux des meilleurs connaisseurs de la musique des sonneurs de cette époque.

Le concours

Alors que ce concours est organisé le dimanche 11 août, les premiers sonneurs arrivent dans la matinée du samedi comme Gannat et Le Gall qui ont revêtu leurs Bragou Braz, guêtres blanches et large chapeau. Les sonneurs du sud de la Cornouailles sont regroupés à Châteaulin et à Douarnenez pour faire leurs arrivées par le port de Brest en vapeur. L’accueil est triomphal « tous les sonneurs sont sur le pont jouant ensemble, quoique des aires différents, et de ces soixante instruments animés d’un souffle robuste s’élève comme un bruissement de friture, un bourdonnement de ruche gigantesque » (La Dépêche de Brest, 13 août 1895). Le repas et le coucher sont assurés par l’organisation à l’école des filles de la rue Vauban.
Le Lendemain, départ à 8h pour la place de la Liberté, lieu du concours. Le cortège est mené par un orchestre : clarinette, vielle et tambour venu de Morlaix.
Dans un brouillon de lettre adressée au linguiste François Vallée du 28 octobre 1896, le colonel Bourgeois donne quelques informations sur ce trio :  » […] au concours de Brest, il est venu de Morlaix un orchestre breton composé : d’une clarinette, d’une vielle et d’un tambour, cet orchestre a concouru à part, car il a exécuté des airs de danse bretonne / de ronde une espèce de gavotte [barré] / dont le rythme était tout à fait différent de ceux des airs de biniou que nous avons noté […] « .
Le couple biniou et bombarde n’étant pas présent dans toute la partie le nord de la région, cet orchestre est invité par l’organisation « afin que tout ce qui danse en Bretagne soit représenté à Brest le 11 aout » (La Dépêche de Brest, 7 aout 1895).
Les épreuves selon la presse débutent à 8h1/2 et se prolongent jusque 11h25 sur la place de la Liberté dont l’accès est gratuit. Le premier couple à passer est Le Gleut et Rolland de Rédené, qui attaque la suite de gavotte du concours, les quarante-deux couples vont se succéder. Le publique,  qui applaudit après chaque passage, est évalué à deux mille personnes, les aveugles sont remarqués, ils font l’objet de longues ovations.

En trois heures de concours les 42 couples vont se succéder ! Soit un passage tous les 5 mn avec les changements, ce qui parait bien improbable pour le même type de concours aujourd’hui, mais laisse le double de temps pour chaque couple par rapport au concours de Vannes (1892).

LeMondeIllustré 25 aout 1895 couv

Ce dessin est la seule illustration connue aujourd’hui du déroulement de ce concours.

L’après-midi un concours d’honneur est organisé à la salle de la Bourse, afin d’attribuer des prix par instrument, l’entrée pour cette partie est payante. Chaque concurrent sélectionné le matin, aussi bien biniou que bombarde, repasse seul devant le jury, pour exécuter deux airs du répertoire breton de son choix. Je n’ai pas retrouvé le nombre de participant de cette deuxième partie du concours, mais les classements donnent cinq prix pour la bombarde et trois pour le biniou. Cet épreuve débute à 13h30, et se termine à 15h. Pour conclure la journée l’ensemble des participants aux différents concours (Harmonies, Fanfares… et biniou) se retrouvent pour une parade triomphale dans les rues de Brest.
« Les milliers de curieux qui se pressent aux fenêtres et sur le trottoir applaudissent au passage les plus célèbres des sonneurs et notamment les aveugles, qui suivent un peu péniblement la marche, quoique soutenus par leur fidèle compère » (La Dépêche de Brest, 13 aout 1895). Ce concours n’est pas que musical puisqu’un classement des plus beaux costumes est aussi établi. Des primes d’éloignement sont attribuées dans le but de faire venir les sonneurs morbihannais à Brest.
Les concurrents se retrouvent ensuite à la salle de la Bourse pour la proclamation des résultats qui sera précédée d’un discours du président du jury : le colonel Bourgeois.
La presse remarque parmi les concurrents le style de Michoïc [Lambert Péron (1858-1900) bombarde de Châteaulin], la pureté dans les sons du grave à l’aigu de Jérôme l’aveugle [Jérôme Le Bihan (1855 Melgven – 1917 Rosporden) aveugle, surnommé : Dall Rosporden], l’heureux choix des airs et le timbre pénétrant de Léon [Guillaume Léon (1870 Carhaix – 1950 Carhaix) surnommé : Léon Braz].

Les résultats complets sont publiés uniquement dans La Dépêche de Brest du 13 août 1895, la presse du Morbihan ne publiant que le classement des morbihannais, comme le reste de la presse du Finistère qui ne publie que le classement des finistériens.

CONCOURS PAR COUPLES

1-prix, 100 fr. et un biniou: Jérôme Le Bihan et Boullic, de Rosporden.
Jérôme Le Bihan (1855 Melgven – 1917 Rosporden) bombarde, aveugle, surnommé : Dall Rosporden.
Boulic : François Boulic (1848 Scaër – 1911 Kernevel) biniou, surnommé : Boulig Koz
Couple déjà vainqueur du concours de Vannes en 1892.

2-prix, 60 fr. et une garniture de cheminée : Gestin et Le Bihan, de Scaër.
Le Bihan : sonneur inconnu ?
Gestin : Auguste Gestin (1866 Guiscriff – 1938 Scaër) biniou.

3-prix, 50 fr. et une glace : Salaun et Guiban, de Bannalec.
Salaun : François Salaun (1839 – 1913 Bannalec), bombarde.
Guiban : S’agit-il de François Guiban (1865 Bannalec – 1932 Bannalec), biniou ?

4-prix, 30 fr. et un porte-cigare garni : Péron et Hicher, de Châteaulin.
Péron : Lambert Péron (1858 Châteaulin – 1900 Châteaulin) bombarde, surnommé : Michoïc.
Hicher : Hicher Jean ou Alain ?, biniou, cabaretier à l’auberge des Trois Canards à Plomodiern.
Annoncé à la 5e place dans la presse brestoise, le classement sera  corrigé le lendemain dans la Dépêche de Brest du 15 août 1895.
Voir : Soubigou, Vincent : Lambert Péron – Illustre sonneur de la fin du XIXe siècle, Musique Bretonne, n° 247, Avril 2016, pp. 32-40.

5-prix 30 fr. et un objet d’art : Gourmelin et Stéphan, de Quimperlé.
Gourmelin : Auguste Gourmelin (1866 Riec-sur-Belon – 19?? Quimperlé).
Stéphan : en 1895 une famille de 3 frères et un fils qui déclare comme profession « ménétrier » à Gouenarch.

6-prix, 15 fr. et une cafetière : Lessard et Pouliquen, de Scaër.
Lessard : sonneur non identifié, participe au concours de Quimperlé en 1901.
Pouliquen : sonneur non identifié, participe au concours de Quimperlé en 1901.

7-prix, 15 fr. et un sonneur en bois sculpté : Rivoal et Le Lay, de Langonnet.
Rivoal : sonneur non identifié, unique participation à un concours.
Le Lay : Jean-Louis Le Lay (1858 Priziac – 1911 Carhaix), habitué des concours de sonneurs.

8-prix, 10 fr. et un veston en ratine bleu : Léon et Menguy, de Carhaix.
Léon : Guillaume Léon (1870 Carhaix – 1950 Carhaix) bombarde, coiffeur, surnommé : Léon Braz.
Menguy : Yves Menguy (1865 Plévin – 193? Plévin) biniou, taupier, surnommé : Lok
Couple habitué des concours et fêtes bretonnes.

9-prix, 10 fr. et une carnassière : Guéguen et Bodivit, de Pont-l’Abbé.
Guéguen : s’agit-il d’Alain-Pierre Guéguen (1845 Pont-l’Abbé – 1909) bombarde, surnommé : Penn ar pont ?
Bodivit : François Bodivit (1856 Gouesnarch – 1900 Paris) biniou, profession : ménétrier.

10-prix, 10 fr. et une chemise de flanelle : les frères Kerloch, de Pont-Croix.
Jean Kerloch (1875 – 1960) aveugle, surnommé : Yann Dall.
François Kerloch (1876 – 19??).

11-prix, 10 fr. et une chaine en argent : Hervet et Névot, de Gourin.
Hervet : Jean Hervet (1860 Gourin – 1924 Gourin) bombarde, aveugle, surnommé : Yann Dall.
Névot : sonneur inconnu, deux sonneurs au nom de Névo (11e et 14e place), il pourrait s’agir d’un Laurent ou Jean-Michel Névo de Saint-Tugdual ou Gourin ??

12-prix, 10 fr. et une montre en nickel : Le Menn, frères, du Faou.
Le Menn : couple de sonneurs non identifié, s’agit-il d’un Nicolas Le Menn ?
unique participation à un concours

13-prix, 10 fr. et une montre en nickel : les frères Jégou, de Trégunc.
Il semble qu’il ne s’agit pas de deux frères mais de :
René Jégou (1845 Guiscriff – 1906 Trégunc) biniou et de son oncle : Joseph Jégou (1858 Trégunc – 1???) bombarde, aubergiste à Tregunc, qui déclare comme profession joueur de hautbois en 1887.
Voir : deux airs de R. Jégou & J. Jégou collectés par GUILLERM Henri, HERRIEU Loeiz, Recueil de mélodies bretonnes recueillies dans la campagne, Quimper, David, 1904-1905, 43 p. https://br.wikisource.org/wiki/Pajenn:Guillerm_Herrieu_-_Recueil_de_Melodies_bretonnes.djvu/22

14-prix, 10 fr. et un jersey : Névot et Vincent de Saint-Tugdual.
Névot : sonneur inconnu, deux sonneurs au nom de Névo (11e et 14e place), il pourrait s’agir d’un Laurent ou Jean-Michel Névo de Saint-Tugdual ou Gourin ??
Vincent : s’agit-il d’un Vincent Jacques de Saint-Tugdual ?

15-prix, 10 fr. et un réveil-matin : Donnio et Denmat de La Motte.
Donnio : Louis Donnio (1860 La Motte – 1925 La Motte) biniou.
Delmat : Mathurin Le Denmat (1863 Saint-Thélo – 1918 Grace-Uzel).
Le seul couple des Côtes d’Armor participant à ce concours.

16-prix, 5 fr. et une paire de pantoufles bretonnes : Le Naour et Cotonnec, de Nizon.
Le Naour : François Naour (1861 – 1931 Riec-sur-Belon) bombarde, aveugle, surnommé : ar soner bihan.
Cotonnec : François Cotonnec de Riec-sur-Belon, surnommé : sac’h biniou.

17-prix, 5 fr. et un réveil-matin : Guernalec frères, de Bannalec.
Guernalec frères : sonneurs non identifiés, il pourrait s’agir de François Guernalec et ?

18-prix, 5 fr. et une pendule-réveil ; Mignon et Boudoulec, de Roscanvel.
Mignon : s’agit-il de Pierre Mignon ? sonneur non identifié.
Boudoulec : sonneur non identifié, seule référence dans un concours.
Voir : Gilles Piriou, Le pays des penn maout, Ar Soner, n°319, 01/1992, pp. 14-15.

19-prix, 5 fr. et une paire de chaussures : Sizun et Kerhoas, du Faou.
Kerhoas : sans doute Jean Kerhoas (1872 Plonevez-du-Faou – 19?? Lopérec) biniou et perruquier.
Sizun : sonneur inconnu, seul recensement dans un concours.

20-prix, 5fr. et une lampe : Le Lohé et Cario d’Elven.
Le Lohé : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours.
Cario : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours.

21-prix, 5 fr. et six couvert dans un écrin : Cagnard et Marion, de Locmariaquer.
Cagnard : Jean-Marie Cagnard (1855 Locmariaquer – 1937 Locmariaquer) biniou
Marion : s’agit-il de Pierre Marion (1864 Locmariaquer – 19?? Locmariaquer) bombarde, surnommé Job Bras ou d’un Mathurin Marion (1853 Crach – 1896 Crach) menuisier et sonneur au bourg de Crach ?
Voir: Roland Becker : Cagnard-Marion, Musique Bretonne, n°210, 09/2008, pp. 28-33.

22-prix, une pipe en écume et une statuette de Jeanne d’Arc : Bonder et Camvel, de Saint-Evarzec.
Bonder : Pierre Bonder (1848 ou 50 Saint-Evarzec – 1901 Quimper).
Camvel : sonneur non identifié, sans doute un problème orthographique.

23-prix, une pipe écume et un service de table : Gannat et Le Gall, de Crozon.
Gannat : Jean Gannat, sonneur de père en fils, coiffeur, dentiste, horloger, surnommé : Youn ar Soner.
Le Gall :  Julien Le Gall (1871 Roscanvel – 19??) bombarde, surnommé : Julig Bihan
Le couple se fait remarquer avec leurs bragou braz, guêtres blanches et le large chapeau des anciens bretons (La Dépêche de Brest, 13 août 1895).
Voir : Gilles Piriou, Le pays des penn maout, Ar Soner, n°319, 01/1992, pp. 14-15.

24- prix, une pipe écume et une bouteille de liqueur : Le Gleut et Rolland, de Rédené.
Rolland : sonneur non identifié.
Le Gleut : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours.

25- prix, une pipe écume et une bouteille de liqueur : Volant et Blanchard, de Plonéour-Lanvern.
Volant : s’agit-il de François Volant (1862 Ploneour-Lanvern – 19??) bombarde, tailleur ?
Blanchard : Sébastien Blanchard (1872 Ploneour-Lanvern – 1899 Saint-Pol-de-Léon) biniou, profession : sonneur de biniou et chanteur ambulant, aveugle.

26- prix, un grand sachet de satin et une bouteille de liqueur : les frères Mérour, de Saint-Pierre-Quilbignon.
Saint-Pierre-Quilbignon est aujourd’hui rattaché à la ville de Brest.
Frères Mérour : couple non identifié, unique recensement dans un concours.

27- prix, une vasque barbotine et une vierge : Guillou et Joncour, de Plonévez-Porzay.
Guillou : sonneur non identifié.
Joncour : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours.

28- prix, un cartel breton et un chapeau breton : Cuzon et Pape, de Hanvec.
Pape : s’agit-il de François Le Pape (1875 Le Faou – 19??), bombarde ?
Cuzon : s’agit-il d’un Cuzon d’Hanvec, biniou, beau-frère de son compère ?

29-prix, une bombarde et un chapeau breton : Kersaudy et Mével, de Roscanvel.
Kersaudy : Guillaume Kersaudy (1861 – 1933 Roscanvel) biniou.
Mével : Joseph Mevel de Saint-Driec.
Voir : Gilles Piriou, Le pays des penn maout, Ar Soner, n°319, 01/1992, pp. 14-15.

30-prix, une statuette de Jeanne d’Arc et un complet de fumeur : Martin et Le Tulzo, de Pontivy.
Tulzo : Julien Le Tulzo (1867 Noyal-Pontivy -1934).
Martin : Joseph Martin (18??-19??) menuisier à Pontivy.
Voir : Musique Bretonne (Dastum), n°82, 06/1988, p.16.
Le couple a déjà participé au concours de Vannes (1892) et Pontivy (1894)

31-prix, une statuette porcelaine et un pot à tabac : les frères Bolzer, de Plozévet.
Alain Bolzer (1859 Plozevet – 1937 Plozevet) tailleur
Jean-Louis Bolzer (1864 Plozevet – 1948 Plozevet) tailleur.
Voir : Bernez Breton, Les maîtres-sonneurs, Cap Caval, n°27, 12/2011, pp. 5-11.

32-prix, un encrier breton et un complet de fumeur: Favennec et Scaéron, de Moëlan.
Favennec : François Favennec (1859 Moëlan – 19??) biniou, meunier.
Scaeron : il pourrait s’agir de Pierre Scaërou (1849 Moëlan – 1922 Moëlan), bombarde.
Voir : Alain Bellec, Anciens sonneurs de Moelan, Ar Soner, n°355, 04/2000, pp. 10-12.

33-prix, une longue-vue et une carafe de liqueur : Porfizou et Thomas de Camaret.
Porfizou : Pierre Porfizou surnommé : Per Koz Ken.
Thomas : Jean-Marie Thomas (1880 – 1953).
Voir : Gilles Piriou, Le pays des penn maout, Ar Soner, n°319, 01/1992, pp. 14-15.

34-prix, pantoufles tapisserie et une blague bretonne : Quiniou et Pérennès, de Plogastel-Saint-Germain.
Quiniou : famille de sonneurs de Plogastel, s’agit-il du père (1832 – 1???) ou d’un de ses deux enfants Pierre (1856 – 19??) ou François (1857 – 19??) ? La Dépêche le présente comme un sonneur aveugle.
Pérennès : s’agit-il de René Pérennès (1857 – 1899) de Guiler-sur-Goyen ? Unique recensement dans un concours.

35-prix, un pot à cidre et deux carafes de liqueurs : Le Bras et Paugam, de Pleyben.
Paugam : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours.
Le Bras : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours.

36-prix, un porte-épingle, un porte bijou et une gaule de pêche : Pichon et Riou, de Dinéault.
Riou : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours.
Pichon : François Pichon (1852 – 1936) sabotier, biniou, surnommé : Fanch korno.

37-prix, deux carafes liqueurs et une blague bretonne : Le Bras et Bosser, de Quéménéven.
Le Bras : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours.
Bosser : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours.

38-prix, deux carafes liqueurs et une blague bretonne : Douguet et Le Berre, de Dinéault.
Douget : Pierre Douguet (1853 – 1931) meunier, tourneur (luthier), bombarde, surnommé : Ar meleier vraz.
Le Berre : sans doute Thomas Le Berre.

39-prix, une bouteille curaçao et une gaule de pêche : Bodénès et Henry, Irvillac.
Bodenes : ou Bodenez, sonneur non identifié, unique recensement dans un concours
Henry : s’agit-il de François Henry (1860 La Roche-Maurice – 1927 Irvillac) forgeron et bistrotier à Malanty en Irvillac.

40-prix, un déjeuner breton et une bouteille de liqueur, Bihan et Guyot d’Elven.
Bihan : Jacques Le Bihan (1840 Elven – 19??), débitant de boisson au bourg d’Elven, bombarde.
Guyot : sans doute Pierre Guyot, semble aussi avoir participé au concours de Vannes (1899), biniou.
Voir : Deux Elvinois champions à Brest en 1895, Breiz (Kendalc’h), n°142, 12-1969, p. 9.

41-prix, une bourse bretonne et une bouteille de liqueur : Mocaër et Menez, du Faou.
Mocaër : sonneur non identifié, trois autres participations (Brest 1905 et 1906, Quimper 1908) dans des concours de sonneurs.
Menez : sonneur non identifié, deux autres participations (Brest, 1905 et 1906) dans des concours de sonneurs.
Couple sans doute de Rosnoen (29)

42-prix, trois petits objets en broderie : Tallec et Rionet de Mocaër.
L’identification de ce dernier couple pose problème, « Mocaër » n’est pas un nom de commune ? La presse du Morbihan comme celle Finistère ne les classe pas dans leurs départements respectifs.
Tallec : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours
Rionet : sonneur non identifié, unique recensement dans un concours

Primes d’éloignement
1-prix, 2 carafes de liqueur et un pot à tabac : Le Bihan et Guyot, d’Elven
2-prix, 2 carafes de liqueur et une blague bretonne : Cario et Le Lohé, d’Elven
3-prix, 2 carafes et une gravure encadrée : Cognard et Marion de Locmariaquer.
4-prix, une grosse de pipes et 2 bouteilles de vieux madères : Martin et Le Tulzo de Pontivy.
5-prix, 1 panier barbotin et une bouteille de vieux madère : Vincent et Névot, de Saint-Tugdual.
6-prix, boutons de chemise… : Donnio et Delmat de La Motte
7-prix, deux sujets Saxe… : Rivoal et Le Lay de Langonnet
8-prix : Le Gleut et Rolland, de Rédéné.

Primes aux costumes
1-prix, 15 fr., Rivoal et Le Lay, de Langonnet.
2-prix, 10 fr., Gannat et Le Gall, de Crozon.
3- prix, 5 fr., Guillou et Joncour, de Plonévez-Porzay.
4-prix, 5 fr., Guéguen et Bodivit, de Pont-l’Abbé.
5-prix, 5fr., Cognard et Marion, de Locmariaquer.
6-prix, 5 fr., Quiniou et Pérennès, de Plogastel-Saint-Germain.

Les bragou bras du couple Guillou et Joncour de Plonévé-Porzay ainsi que que les deux sonneurs Martin et Le Tulzo de Pontivy avec leurs gilets de flanelle blanche, garnis de noir sont remarqués par la presse (La Dépêche de Brest, 12 août 1895).

CONCOURS D’HONNEUR

Bombarde
1-prix, une bombarde ébène, garniture ivoire : Jérôme Le Bihan, de Melgven,
2-prix, une palme : François Salaun, de Bannalec
3-prix, une médaille grand module : Kerloch, de Pont-Croix.
4-prix, une pendule réveil-matin : Lambert Péron, de Châteaulin.
5-prix, une gerbe de fleurs artificielles et mention très honorable : Léon, de Carhaix.

Binious
1- prix, un biniou : Boulic, de Rosporden.
2- prix, une palme : René Jégou.
3- prix, une médaille grand module : Auguste Gestin, de Scaër.

Au total, hormis le trio morlaisien (vielle, clarinette et tambour), 42 couples (84 sonneurs) participent à ce concours – 33 couples du Finistère, 7 du Morbihan et 1 des Côtes d’Armor. A noter qu’au moins 6 sonneurs sont aveugles.

Les diplômes

En plus des prix, l’organisation remet à chaque concurrent un brevet de « maitre sonneur breton« . Je ne connais l’existence, aujourd’hui, que de trois diplômes :
Bolzer diplome
Diplôme de Jean-Louis Le Bolzer (source : Collectif, Musique Bretonne, ArMen, 1996, p. 383.)
Le Bihan diplome
Diplôme de Jacques Le Bihan (source : Deux Elvinois champions à Brest en 1895, Breiz (Kendalc’h), n°142, 12-1969, p. 9.
Donnio diplome
Diplôme de Louis Donnio (source : Collectif, Dasum 4 Le Pays de Loudéac, 1976)

Brest1895

La seule photo connue de ce concours, publiée dans la revue L’Illustration n°2788 du 17 aout 1895, p. 145.

Sur cette vue une partie des concurrents venus du Finistère : 28 sonneurs (15 binious et 13 bombardes).

La presse parisienne est présente :
« […] les sonneurs impassibles, s’avancent, les joues pleines de vent, chacun avec son joueur de bombarde, et chacun jouant un air différent, celui de son endroit. Imaginez-vous toutes les roues mal graissées de France et toutes les poulies de la flotte en train de grincer, ou bien bien encore, au mois de mars, trente à quarante mille matous surexcités par les effluves printanières chantant en chœur une ballade à la lune, vous aurez à peu près l’idée de ce monumental charivari, au milieu duquel prédomine de temps à autre l’air breton par excellence, l' »an ini goz« . (Article de Jan Méraud pour L’Illustration n°2788, 17 août 1895, p. 148.)

 

(1) Kanaouennou pobl dastumet gant A. Bourgeois. Kenvreuriez sonerion Pariz. 1959
(2) Alfred Bourgeois, Recueil d’airs de Biniou et Bombarde, Bossard Bonnel, sd [1896], 71 p. [réédité dans Bernard de Parades, Christian Morvan, Fañch Postic, Patrick Malrieu : Matilin ab Dall – Naissance d’un mythe, 2003, 250 p.]

Kristian Morvan

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