Binious Militaires – 1870

Les Mobiles Bretons

Après avoir recherché les sonneurs bretons mobilisés dans l’armée française, de 14-18 et de 39-45, regardons les témoignages sur la guerre de 1870.  J’ai retrouvé plusieurs témoignages et quelques illustrations, les photographies étant rares à cette époque.

Au début du mois de septembre 1870, alors que le Second Empire vient de chuter avec l’abdication de Napoléon III suite à la défaite de Sedan, c’est le début de la Troisième République. Devant l’avancée des troupes allemandes qui préparent le siège de Paris, le nouveau gouvernement fait appel aux Gardes Mobiles (armée de réserve) et c’est à l’occasion de l’arrivée des Mobiles (Mobile ou Moblot nom familier donné aux gardes) bretons dans la capitale que l’on retrouve la trace de sonneurs dans l’armée.

Les Bretons de Paris
Qu’ils étaient sérieux, les gars de la Bretagne,
Arrivant à Paris au son de leur biniou !
A leur tête marchait un curé de campagne,
La robe relevée au-dessus du genou,
Un bâton à la main pour unique bagage

Revue-de-Bretagne-Illustrée-1887

Revue Illustrée de Bretagne et d’Anjou, mars 1887, p. 105.

Et comme talisman dans ce lointain voyage
Une croix de bois suspendue à son cou !
Pour étonner Paris qui de rien ne s’étonne,
Il fallait un curé conduisant ses soldats,
Et le grave biniou de la lande bretonne. (1)

L’homme de lettres breton Léon Séché, créateur de la Revue Illustrée de Bretagne et d’Anjou, publie ce poème, daté du mois d’août 1871, en 1887. Il arrive à Paris en 1869, il est l’ami du lorientais Jules Simon nouveau ministre de l’Instruction Publique. La description qu’il fait est précise et tout à fait réaliste. L’illustration qui accompagne ce poème est due au dessinateur rennais, Adolphe Léofanti (1838-1890). Le dessin de Léofanti ne semble pas avoir été réalisé sur le vif, il illustre trop précisément le texte de Séché. Il place au premier plan un couple de sonneurs en costume et chapeau rond, le joueur de bombarde porte un fusil en bandoulière, suivent derrière le curé en soutane et le bataillon breton. On remarque en arrière-plan pour bien symboliser Paris, une colonne Morris, sur les côtés la foule des parisiens applaudit.
Dans une autre chronique rimée, datée du 10 septembre 1870, Léon Séché a l’occasion de décrire l’arrivée des Mobiles Bretons dans un Paris assiégé.

Les mobiles Bretons sont arrivés hier,
Sabots aux pieds, binious sonnants, curés en tête.
Un vrai Pardon ! aussi Paris leur a fait fête.
En les voyant passer, j’ai cru revoir la mer
Et mes anciens amis d’enfance et de collège ;
Et j’ai battu des mains à ces vaillants conscrits
Qui, venus de si loin pour défendre Paris,
Paraissaient étonnés qu’on leur fasse cortège.
Quoiqu’ils fussent lassés, ils allaient bien au pas,
Au refrain du biniou de la Basse-Bretagne,
Et, sans les paludiers carrés du Bourg de Batz,
On les eût volontiers pris pour de vieux soldats
Revenant de faire campagne. (2)

Le témoignage de l’écrivaine bretonne à succès Zénaïde Fleuriot est plus précis. Dans une lettre adressée à sa sœur du 10 septembre 1870, elle décrit l’arrivée des régiments bretons dans la capitale :
« Un journal avait annoncé une arrivée de Bas-Bretons, musique en tête (c’est-à-dire biniou en tête), dans la capitale, par la place du Château-d’Eau [aujourd’hui place de la République] et les boulevards. J’ai voulu entendre la note aiguë et mélancolique du vieil instrument campagnard, et j’ai été les attendre sur le parcours qu’ils devaient suivre.
Quel spectacle m’attendait à la Madeleine ! Les degrés du beau temple sont couverts de gardes-mobiles bretons. C’est comme à l’église de leur village. Ils se sont réfugiés auprès de leur Dieu. Les uns sont assis, les autres restent debout ; quelques-uns sont étendus tout du long, et se reposent de leurs fatigues, en attendant l’heure du combat. »(3)

Dans son roman « Les mauvais jours », publié en 1872, elle relate le départ des troupes et du biniou du Morbihan pour Paris :
« A la gare d’Hennebont, c’était un vrai tableau.
Les jeunes hommes debout attendaient, silencieux et graves, l’arrivée du train ; contre les barrières stationnaient les paysannes, muettes et tristes, consternées, mais calmes, comme il convient à des Bretonnes, et coiffées de l’élégante capeline d’indienne claire qu’il a pris fantaisie à la mode de leur emprunter. Dans le fond, le joli clocher gris et dentelé s’élevait au-dessus d’une masse superbe de feuillage. Les plus âgées d’entre les femmes étaient à genoux. Quand le sifflet du départ s’est fait entendre, les gars ont agité leurs chapeaux en poussant des formidables hurrahs et le biniou a fait entendre son chant d’adieu, ou plutôt son lai guerrier. Il a vraiment des accents émouvant pour des oreilles bretonnes, cet instrument rustique qu’il convie, c’est au combat.
Il y a eu changement de train à Redon, et tous les conscrits ont défilé devant nous. Les étrangers que renfermait le train ouvraient de grands yeux devant ces gars à la mine mélancolique ou sauvage. Beaucoup dansaient leur élégant passe-pied sur l’asphalte. »(4)
A-t-elle vraiment assisté à cette scène, qui parait un peu trop idéalisée ? Il semble que non, mais il s’agit d’un roman dont l’action se passe dans une région qu’elle connait bien.

La presse parisienne se fait aussi bien sûr l’écho de cette arrivée remarquée des troupes bretonnes :
– « Parmi les gardes mobiles bretons, il en est qui n’ont pas apporté seulement leur biniou et leur bâton noueux ; ils ont amené leur chien. » (Le Gaulois, 19 septembre 1870)
– « Ce matin sont arrivés à Paris 22000 Bretons, binious, musettes et violons en tête. En arrivant sur la place du Château d’Eau, ils ont joué l’air favori de : La Nigousse, ma douce. Cet air rappelle à peu de chose près celui de la Closerie des genêts. Ils ont eu un succès énorme. » (Le Gaulois, 17 septembre 1870)
Les 22 000 bretons est un nombre exagéré, mais il faut bien remonter le moral de la population. L’air « La Nigousse » est l’inévitable « An hini goz », qui est au XIXe siècle, avec le célèbre « Je suis natif du Finistère », l’hymne de la Bretagne.

La presse morbihannaise n’est pas en reste :
Dans une lettre un lecteur décrit le départ « pour la gloire » des Mobiles d’Auray le 17 septembre 1870.
« C’était vraiment un touchant spectacle que de voir ce départ de nos bravent jeunes gens, et voici pourquoi M. de Kerret leur commandait dans la dernière permission qu’il leur donna samedi dernier de passer 24 heures chez eux, invita ceux qui étaient possesseurs de binioux et de bombardes de s’en munir ; ces instruments devaient servir d’orchestre à l’arrivée et au départ d’une ville. C’est une heureuse idée et qui a été très-bien accueillie de la part de nos moblots. Mardi soir, une dépêche arrivée au commandant de tenir ses hommes prêts pour le lendemain pour le train qui passe ici à deux heures et qui les conduira directement à Paris tous vêtus encore de l’habit du village, ne se distinguant du civil que par le képi, le fusil sur l’épaule, ont traversé la ville au son du biniou, leur musique favorite, qu’ils accompagnaient de chansons bretonnes avec la même gaité que si on les avait vus se rendre à la fête de leurs village. […] (L’Abeille de Lorient, 22 septembre 1870)

Deux autres récits retracent l’historique de troupes de mobiles bretons du Morbihan et du Finistère :
Le premier, de Lallement & Sageret est le plus précis, il concerne le 31e Mobiles du Morbihan.
« Vannes, début septembre 1870 – Recrutement
On prévint alors ceux qui savaient sonner de la bombarde et du biniou qu’on les engageait à emporter leurs instruments. Ils pourraient ainsi de temps à autre relever le moral de leurs camarades, en leur rappelant par leur musique la patrie absente, avec ses noces et ses assemblées, et en les conviant même, par leur rythme entraînant, à danser les vieilles rondes de leurs villages. (p. 17) […]
Ce dimanche 11 septembre, tous, officiers, sous-officiers, caporaux et gardes mobiles du 5e bataillon, prirent place ensemble à deux heures de l’après-midi dans le train spécial qui les emmenait à Paris. Ils arrivèrent à la gare Montparnasse, le lundi 12 vers neuf heures du matin. Qu’on juge de l’effet produit sur les habitants de la capitale, toujours réputés assez badauds et alors plus enthousiastes et enfiévrés que jamais, à la vue de ce millier de Bretons défilant, en costumes campagnards, bombardes et binious en tête, le fusil sur l’épaule. (pp. 20-21) […]
Le 2e bataillon, arrivé quelques heures avant le 1er, fit tout le trajet, bombardes et binious en tête, comme le 5e. Un pareil défilé, avec ses hommes habillés, les uns des uniformes bleus des mobiles, les autres en paysans, ouvriers ou marins bretons ; les uns armés de fusils quelconques, les autres sans armes, ne devait pas manquer de pittoresque. (p. 29) »(5)

Le deuxième est un journal de route d’un capitaine mobile du Finistère (6).
En novembre 1870, après plusieurs combats à Montrouge, son bataillon est envoyé au repos dans la capitale.
« Et malgré l’air morne et inquiet des Parisiens circulant dans les rues, nous marchions fiers de notre état de misère, au pas mal cadencé de nos élèves clairons, anciens joueurs de binious. »
Ce bataillon est donc parti au combat avec des sonneurs de binious, deux mois après l’armée les forme au clairon ! Ce qui pourrait expliquer la présence encore aujourd’hui d’airs typés militaires dans le répertoire des sonneurs du sud-Finistère.

Francis Enne journaliste, fondateur du journal Le Républicain du Finistère, a l’occasion de décrire dans un roman une scène où l’on retrouve associé clairon et biniou côte à côte. « En tête du bataillon, à côté du clairon, se tenaient des joueurs de biniou ; […] ce sont des Bretons. Pauvres diables, ils ont emporté le biniou de leur pays, on le leur a permis sans doute ils sont si facilement démontés par la nostalgie. » (7)

La revue L’Illustration publie une illustration montrant une ronde de militaire dansant au son d’un cornemuseux. Le texte qui l’accompagne revient sur l’air d’Ann hini goz présenté à nouveau comme l’hymne national Breton.

L-Illustration-1871F

Journal L’Illustration, 21 janvier 1871, p. 37.

« En ani gous !… Il est impossible que vous n’ayez pas entendu, par ces froids si rigoureux, les moblots de la basse Bretagne danser leur ronde interminable en chantant leur chanson nationale : En ani gous, e zo men dous… C’est la vieille qui est ma maitresse !…
Ce chant du pays des chênes et du blé noir avait pour eux une poésie de plus, dans ce Paris dont ils ne comprennent pas la langue. Cette musique a servi d’ailleurs de langage pour ces Bretons bretonnant brusquement arrachés à leurs sillons. A leur arrivée à Paris, quand ils furent logés chez les habitants, les chefs ne savaient comment s’y prendre pour que leurs hommes comprissent l’appel du clairon.
L’un d’eux eut l’idée de faire sonner l’air national : En ani gous. Il fallait voir avec quel entrain nos Bretons se rendaient à l’appel ! » (René du Merzer, L’Illustration, janvier 1871)

En 1913, un journal de la capitale décrivant la visite d’une troupe de touriste bretons nous apprend la présence dans le groupe d’un sonneur de biniou de 76 ans.
« Un instrument assez peu en usage à Paris a retenti hier après-midi sur les grands boulevards, et mêlé ses notes pittoresques au bruit monotone des trompes d’automobiles et au ronflement des moteurs. Nous voulons parler du biniou. […]
Parmi les excursionnistes d’Armor se trouvait un sonneur connu du pays léonais, le père Quéré, un vieillard aux longs cheveux blancs, qui sonne encore allègrement, malgré ses soixante-seize ans, aux noces et aux baptêmes de son pays. Le vieux Quéré ne manqua pas, d’emporter son biniou… d’abord parce que ce même biniou avait déjà fait le voyage de Paris lorsque, en 1870, son propriétaire, soldat aux mobiles bretons, avait sonné pour faire oubliez à ses compatriotes, la nostalgie du pays…
Aussi, lorsqu’ils furent à nouveau sur ces grands boulevards qu’ils avaient parcourus jadis, l’un portant l’autre, sonneur et biniou furent-ils pris d’une émotion qui se traduisit par un En hinni goz exhalé par l’instrument et repris en à chœur par les compagnons de l’ancien mobile, qui ne cessa de jouer que lorsque les voitures eurent disparu du côté de la gare Saint-Lazare. » (Le Gaulois, 24 septembre 1913)
Cet article précis, nous permet d’identifier un des sonneurs de la guerre de 1870, le père Quéré, né en 1837, originaire du Léon dommage que le journaliste ne donne pas sa commune de résidence ce qui nous aurait permis une identification plus précise.

Mobile

La garde mobile de province – Cornemuse du Finistère

 

L’Armée de Bretagne et le camp de Conlie

Le Camp de Conlie dans la Sarthe, est le premier des 11 camps de défense créés en France. C’est une initiative du Général de Keratry ancien préfet de Paris, il rassemble principalement des mobilisés de Bretagne, prêt à se rendre au secours de la capitale encerclée. Il est installé sur la butte de la Jaunelière dès le 22 octobre 1870, il peut accueillir 50 000 hommes. Le Général Keraty veut réunir dans son armée les gardes mobiles encore disponibles des départements de Bretagne et du Maine, les corps francs de l’Ouest, des milliers d’hommes d’infanterie de ligne, quelques escadrons de cavalerie, et quelques marins. Le contingent mobilisable des cinq départements bretons était, à lui seul, de 80 000 hommes. Il parcourt également la Bretagne pour recruter des volontaires. Le résultat est un échec, l’Armée de Bretagne est sous équipée, mal instruite, démotivée,  délaissée car Gambetta se méfie d’une potentielle armée de « chouans ».

Des bretons arrivés au Camp de Conlie auraient-ils aussi apporté leurs instruments de musique ?

Musique-B-24-1982

Cette illustration ne semble avoir été publiée que deux fois, d’abord dans le livre collectif Le Mémorial des Bretons (8) en 1979 et dans la revue Musique Bretonne de l’association Dastum pour un article de Patrick Malrieu, Binious militaires (9) en 1982, les deux fois sans sources.

Elle a été décrite en 1950 dans la Nouvelle Revue de Bretagne (10) par Camille Le Mercier d’Erm :
« L’érudit Maurice Le Dault possède une curieuse aquarelle ; elle représente un groupe de mobilisés du camp de Conlie, dansant au son du biniou et de la bombarde, une danse endiablée de « cavaliers seuls », où, bien entendu, l’élément féminin fait défaut. Ils sont là sept hommes. Les deux sonneurs sont debout, à droite, marquant du pied la mesure, pendant que les cinq danseurs s’évertuent à tromper leur détresse par la frénésie de leur ébat. Ils dansent une danse violente, le coupe-chou au côté, dans leurs bizarres accoutrements d’infortune. Les uns coiffés du petit képi à visière relevée des mobilisés de « l’année terrible » ; un autre (le talabardon) portant encore son chapeau rond de Basse-Bretagne ; un autre même, le front enserré d’un mouchoir de couleur noué à la corsaire. Presque tous portent une sorte de blouson d’uniforme, sous lequel on distingue le plastron brodé d’un gilet breton ; un des gars pourtant, a conservé son chupen, et un autre, garde les bragou-berr et les guêtres de son pays. Aucun ne rit ni ne sourit, malgré l’animation factice de cette chorégraphie. De qui est cette aquarelle ?… Maurice Le Dault n’a pu me donner que des renseignements incomplets. « Elle faisait partie m’écrivait-il d’une collection d’aquarelles figurant les costumes militaires français et allemands de 1870. J’avais acheté cette collection à la vente d’un amateur redonnais ancien crieur de l’Hôtel des Ventes de Paris, d’où il la tenait. Cette aquarelle mesure‚ 33x2O cm. Elle n’est pas signée, mais le plus grand nombre des pièces de la collection, toutes certainement du même artiste, étaient signées d’un monogramme formé des lettres MG superposées. Je n’ai pas réussi à identifier cette signature. »
Quelqu’un pourrait-il identifier l’auteur de l’aquarelle décrite ci-dessus et préciser vers quelle date et à quelle occasion elle fût composée ? C. Le Mercier d’Erm. »

Elle reste donc une énigme. Aucun doute sur le sujet un couple de sonneurs fait danser des Mobiles Bretons pendant la guerre de 1870, mais je n’ai pas trouvé d’élément sur l’auteur. Où se trouve cette aquarelle aujourd’hui ?

Une lettre, qui fut adressée à la fin du mois d’octobre 1870 aux maires des communes du Finistère par le Préfet du département, est souvent citée comme preuve de l’engagement de sonneurs, avec supplément de solde s’ils apportent leurs instruments. Ce document n’a jamais été reproduit dans son intégralité (Merci à Gilles Kermarc et à Patrick Sicard pour sa communication).

 « République Française Préfecture du Finistère Quimper, le 31 Octobre 1870
Monsieur, le Maire,
Je vous ai, par dépêche du 25 octobre adressée aux Sous-Préfets, fait savoir que tous les mobilisés devaient se tenir prêts à partir au premier signal, […]»

Cette lettre est signée par le Préfet du Finistère, E. CAMESCASSE.

Camescasse-D
Ernest Camescasse (1838-1897), né à Brest, il est nommé préfet du Finistère par Gambette le 5 septembre 1870, il restera en poste jusqu’au 1 mars 1871.

 

 La présence du Général Keraty à Quimper au moment de sa rédaction indique que cette lettre est destinée au recrutement de l’Armée de Bretagne qui sera cantonné à Conlie.
Visiblement les Mobiles bretons n’ont pas attendu la demande du Préfet pour prendre leurs binious, la presse parisienne signale déjà la présence de sonneurs au milieu du mois de septembre dans la capitale. Cet appel du préfet Camescasse a-t-il été suivit ? Les autres départements bretons et notamment le Morbihan, ont-ils prient les mêmes dispositions ?

 

On trouve dans les recueil Les amours jaunes du poète incompris Tristan Corbière (1845-1875) un poème intitulé « La pastorale de Conlie par un mobilisé du Morbihan », bien que l’auteur n’ait pas participé à cette guerre, la situation laquelle se trouvait les troupes bretonnes le révolte :
« Un grand enfant nous vint, aidé par deux gendarmes,
— Celui-là ne comprenait pas —
Tout barbouillé de vin, de sueur et de larmes,
Avec un biniou sous son bras.
 
Il s’assit dans la neige en disant : Ça m’amuse
De jouer mes airs ; laissez-moi. —
Et, le surlendemain, avec sa cornemuse,
Nous l’avons enterré — Pourquoi !… »

La puissance de l’évocation du poète frappe l’esprit. Ce poème ne sera véritablement découvert que dix ans plus tard dans les Poètes Maudits de Paul Verlaine.

Je n’ai retrouvé qu’un témoignage précis, sur la présence de biniou au Camp de Conlie, celui du barde Taldir Jaffrennou  : « J’ai ouï dire à mon père, capitaine de mobilisés du Finistère au camp de Conlie, que plusieurs compagnies possédaient des sonneurs de binious. » (Le Citoyen, 4 septembre 1937)

 

GetImage

Mobiles du Finisterre

Draner (de son vrai nom Jules Jean Georges Renard 1833-1926) est un dessinateur caricaturiste Belge. L’auteur de cette aquarelle qui le moins que le puisse dire est qu’elle n’est pas du tout réaliste, l’auteur n’a pas pu voir un tel instrument !!!

Tous ces témoignages démontrent que les mobilisés bretons de 1870 ont bien apporté dans leurs paquetages leurs instruments de musique. Il s’agit d’abord d’initiatives individuelles relayées ensuite par le préfet à la fin du mois d’octobre 1870. L’histoire se répètera quelques années plus tard avec la guerre de 14-18 et ensuite en 39-45.

Kristian MORVAN

(1) Séché, Léon [1848-1914], Les Bretons à Paris, Revue Illustrée de Bretagne et d’Anjou, mars 1887, p. 104-106. [pour lire l’intégralité]
(2) Séché, Léon, La chanson de la vie, Paris, 1887, p. 41-42.
(3) Fleuriot-Kerinou, Francis, Zénaïde Fleuriot : sa vie, ses œuvres, sa correspondance, 1897, p. 337.
(4) Fleuriot, Zénaïde [1829-1890], Les mauvais jours: notes d’un Bourru sur le Siège de Paris, Paris, 1872, p. 52.
(5) E. Sagert & L. Lallement, Le 31e Mobiles – Régiment du Morbihan (Lorient-Auray-Vannes) Siège de Paris (1870-71) Essai de Notice Historique, Vannes, 1913.
(6) Histoire des Mobiles du Finistère (2e Bataillon), A Brest et au siège de Paris par un Capitaine, Brest, J. B.
(7) Enne, Francis [1844-1891], La comtesse Dynamite, 1883, p. 183.
(8) Le Mémorial des Bretons, 1870-1940, tome V, 1979, p.6.
(9) Malrieu, Patrick, Binious Militaires, Musique Bretonne, n° 24, mars 1982.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s