Facture Jacob 1939

Facture Jacob de 1939

 

Facture manuscrite, datant de 1939,  de Pierre Jacob (1896-1954), qui est installé comme tourneur à la Tournerie de Pont-Aven depuis les années 1920. Pierre Jacob est le fils de Jean-Pierre Jacob (1865-1919) célèbre fabriquant de biniou de Keryado. Cette facture nous montre qu’il continue l’activité familiale en réalisant des instruments bretons jusque dans les années 1940.

En 1937, l’écrivain quimperois Charles Chassé (1883-1965) notait : « de beaux binious, aux bois de buis ou d’ébène, sont l’œuvre du tourneur Jacob de Pont-Aven » dans le journal La Dépêche de Brest.

Le prix de 700 fr. en 1939 est à comparer avec un couple (biniou + bombarde) « type Jacob » tel qu’il s’en commercialise aujourd’hui.

Tournerie - La Dépèche de Brest 2-03-1922

La Dépêche de Brest, 02/03/1922

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Bernard Émile (1868-1941)

Étude de bretonnes ou la Ronde bretonne

Emile Bernard (1868-1941) Etude de Bretonnes, vers 1888, Huile sur toile, 81 x 54 cm, Dépôt du musée d’Orsay au musée des beaux-arts de Quimper

Huile sur toile, 81 x 54 cm, Dépôt du musée d’Orsay au musée des beaux-arts de Quimper © musée des beaux-arts de Quimper

Cette célèbre toile d’Émile Bernard, datée entre 1888 et 1890, symbolise l’école de Pont-Aven, dans son agencement de trois plans successif, cassant les codes du classicisme.

Sonneur de pont-Aven 1892

« Le sonneur de Pont-Aven 1892 » aquarelle et fusain, 29.5×19 cm

 

Cornemuses au front 14-18

La Cabrette

Faible

S’agit-il du 139e RI d’Aurillac avec son cabretaire ?

Cabrette

Au front, les poilus manquent de tout : de vivres, des nouvelles de leurs proches, entre autres. Les Auvergnats, eux, souffrent aussi du manque de leur instrument fétiche : la cabrette. Un régiment d’Auvergnats s’en feraient envoyer une, pour remonter le moral des troupes ( à droite sur la photo). © André Ricros [La Montagne, 11 novembre 2018]

Les soldats bretons ne seront pas les seuls à réclamer leurs instruments favoris afin d’agrémenter les quelques moments de repos pendant la Grande Guerre. En septembre 1915, un capitaine du 16e Régiment d’Artillerie, régiment basé à Issoire en Auvergne, écrit au journal Le Figaro :

« Parmi les instruments qu’on vous demande, ou qu’on pourrait vous demander, il y en a un tout à fait spécial et local, il est vrai dont je n’entends jamais parler et qui ferait tant de plaisir à mes braves poilus, tous originaires des quatre provinces de l’Auvergne la Loupiasie, la Fouchtrasie la Bouniasie et la Bougrasie !… Cet instrument s’appelle une musette d’Auvergne, ou plutôt une chabrette. Il ne serait pas difficile d’en trouver dans les parages de la Roquette, rue de Lappe. Tous mes solides et braves gaillards sont très amateurs des airs de bourrée qu’ils dansent avec grâce et légèreté, entre deux bombardements.(1) »

Émile Berr, journaliste au Figaro, se met en quête de l’instrument :

« Pour l’avoir, c’est, en effet, rue de Lappe qu’il fallait se renseigner. La rue de Lappe, c’est un morceau d’Aurillac ou du vieux Clermont-Ferrand transporté à cent mètres de la place de la Bastille. […] Et naturellement il y à dans la rue de Lappe un « bal musette » où l’on vient danser la bourrée. Le joueur de musette ou de biniou disons de chabrette pour être Auvergnat tout à fait est mécanicien dans un grand journal illustré; mais tous les soirs il revient au pays, c’est-à-dire à sa chabrette et à son accordéon, et fait danser les camarades ou bien, enfermé dans son étroit logis d’ouvrir bien sage, rue du Chemin-Vert, entre sa femme et sa petite fille, il travaille; il construit des musettes, et voici ce qui est merveilleux il en vend Et dans cette chambre d’ouvrier de Paris, on est stupéfait de trouver l’outillage tout neuf du joueur de bourrées, la ceinture à soufflet, les anches, le sac à air en velours frappé, les flûtes… flûtes en ivoire, en ébène rehaussé d’argent, en gros bois simple et nu de chabrettiste pauvre. Elles sont toutes là, couchées pêle-mêle dans la grande boite où l’Auvergnat déraciné vient choisir sa musette. J’ai choisi la nôtre. Elle partira tout à l’heure pour le front et demain, c’est au son de la chabrette et du canon que les gaillards du 16e d’artillerie danseront la bourrée.(1) »

Dix jours plus tard les lecteurs du Figaro sont avertis que le précieux instrument est bien arrivé. La « chabrette » trouve rapidement son chabrettaire et le capitaine remercie le journal de son envoi :

« Les Auvergnats dansent !
Une compagnie du 16e d’artillerie – régiment d’Auvergne – voulait danser la bourrée en musique, et demandait une « chabrette » ; autrement dit, une musette ; ou, si l’on veut, un biniou. Nous avons envoyé l’instrument ; et voici l’accusé de réception du capitaine : Aux. Armées, le 24 septembre 1915. « Monsieur, J’étais, en mission à l’arrivée de votre lettre et du colis contenant la « chabrette » tant désirée. Je ne sais comment m’exprimer pour adresser au Figaro les remerciements de tous nos braves et vaillants Auvergnats et vous dépeindre la joie qu’ils ont éprouvée à la vue de cette chabrette et de tous ses accessoires neufs et brillants. Le deuxième canonnier-conducteur Cantuel, un « cabrettaïre » de Salers (Cantal), s’en est emparé ; dès les premiers airs, tous niés poilus accoururent de toutes parts, et, à l’ébahissement des gens du pays, ils dansèrent par couples une bourrée en règle, qu’ils terminèrent par un «iou» formidable et des acclamations à l’adresse du Figaro. Si vous aviez pu assister à ce début de la chabrette dans le département de…, je suis sur, monsieur, que vous auriez été heureux de vous rendre compte de la joie et du plaisir que vous avez procurés à ces braves gens. Une grosse larme perlait par-ci par-là sur dés poils de barbe hirsute… léger et passager attendrissement au souvenir de leur Auvergne, de leurs montagnes qu’ils ont quittées depuis quatorze mois, et où beaucoup ne sont pas retournés depuis ; ils revoyaient parla pensée le jour heureux de leur mariage, les cabrettaïres munis de leurs instruments ornés de longs rubans de soie pour la circonstance, précédant la jeune mariée et les invités, annonçant à tous les échos l’hymen des jeunes époux… C’est un jeu de leur chère Auvergne que le Figaro leur a envoyé ; ils lui en sont profondément reconnaissants. Permettez-moi, cher monsieur, d’ajouter mes remerciements aux leurs et veuillez agréer l’assurance de mes sentiments les meilleurs. Capitaine Henry B… P. S. – J’oubliais de vous dire que leur moral est excellent; plus vaillants que jamais, ils sentent tous qu’il faut en finir avec cette race de barbares qu’ils ont vue à l’œuvre. C’est une grande satisfaction pour un officier d’avoir 1 l’honneur de commander de pareils soldats ; On remarquera que cette lettre est datée du 24 septembre, la veille du jour où se déclenchaient les offensives, si splendidement préparées par nos artilleurs. Quelles, bourrées ceux du 16e n’ont-ils pas dû danser depuis une semaine !
Émile Berr » (2)

Quelques mois plus tard, alors que la guerre s’enlise, des bretons réclament à leur tour une cornemuse pour remonter le moral des troupes bretonnes du front.
« Le capitaine d’une compagnie de Bretons voudrait un biniou pour ses soldats, comme un autre capitaine nous demandait naguère une musette d’Auvergne pour ses artilleurs.(3) »

A Paris en 1916, il était visiblement plus compliqué de trouver un biniou breton qu’une « chabrette » Auvergnate.
« Nous avons pu trouver à Paris un ouvrier auvergnat, fabricant de musettes; nous n’avons pu y trouver un Breton fabricant de binious. Mais l’adresse d’un spécialiste de Keryado (Lorient) nous a été donnée et la commande est faite. Le biniou sera expédié au front vers le 5 mai. (4) »

Le spécialiste de Keryado en Lorient est bien sûr Jean-Pierre Jacob (1865-1919), qui a donc eu une commande de plus à réaliser pour le journal parisien.

(1) Le Figaro, 17 septembre 1915.
(2) Le Figaro, 2 octobre 1915.
(3) Le Figaro, 11 avril 1916.
(4) Le Figaro, 23 avril 1916.
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Binet Raphaël 1880-1961

Les sonneurs de Pluméliau

Faouet

Raphaël BINET (1880-1961) Deux sonneurs, 1929. Tirage argentique 16,9 x 23,1 cm sur papier photographique 24 x 30 cm. Signée, datée, non timbrée. Au dos :  » Sonneurs – Sainte Barbe au Faouët « 

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Tableau sur panneau bois, 60 cm X 40 cm, huile. Signature Michel Le R ???? (Peut-être Le Run ??)

Binet Plumeliau

Source : Musée de Bretagne, Rennes (982.0008.2528 )

Sur le lieu pas de doute, il s’agit du calvaire de Castennec à Bieuzy-les-Eaux (56)

Les deux sonneurs sont :
A la bombarde : Joseph Le Strat (1890-1968) [Job bombarde]
Au biniou : Jean-Mathurin Le Dantec (1868 Pluméliau – 1937 Baud) [Info de : Roland Becker, merci]

Kenvreuriez Ar Viniouerien Vrezon 1935

 La confrérie des biniouistes

Cette photographie de 1935 présente les membres de la nouvelle association parisienne regroupant les sonneurs bretons, la Kenvreuriez Ar Viniouerien Vrezon, appelée habituellement K. A. V. créée par Hervé Le Menn.

KAV 1935 F
Sans titre2

 

 

 

K. A. V.
Kenvreuriez Ar Viniouerien Vrezon
H. Ar Menn, 39 Faubourg St-Martin, Paris X

Juillet 1935
Offert à Monsieur Le Bodoleg, l’un des plus vieux bardes de Petite Bretagne en souvenir de l’accueil aimable qu’il me fit, jeune barde inconnu.
Hervé Ar Menn
Diskejenn

Ar Voyer – Radenac – Marzin – Audic – Kere [?]
B. Primot – JL Primot – Ar Menn – Poignant

Le destinataire de cette carte est Yves Bodolec (1856-1941). Originaire de Chateaulin, c’est un militant de la cause bretonne dès la fin du XIXe siècle. Barde connu sous le nom de « Korrik ar c’hoat », collaborateur de la revue « An Oaled » et du « Réveil Breton », il est professeur de menuiserie à l’École Boulle à Paris.

Hervé Le Menn indique à son correspondant, sous la photo, les noms des sonneurs :

Ar Voyer (cornemuse) : il s’agit de Dorig Le Voyer (1914-1987), étudiant aux Beaux-Arts de Paris.
Radenac (cornemuse) : Marcel Radenac, originaire de Uzel / La Motte.
Marzin (tambour) : aucune information ?
Audic (cornemuse) : Marcel Audic (1906-1988), pharmacien né à Pontivy [Souvent confondu avec son frère Robert, professeur de breton à Paris, né à Pontivy en 1899 et décédé à Ploaré en 1962]
Kere ? (bombarde) : Le Quéré, le plus âgé, à identifier.
B. Primot (bombarde) et J.-L. Primot (biniou) : aucune information ?
Ar Menn : Hervé Le Menn (biniou)
Poignant (bombarde) : aucune information ?

Hervé Le Menn, est né à Hanvec en 1899, il est le onzième enfant d’une famille d’agriculteur. Suite à sa démobilisation de 1918, de retour à Hanvec, il apprend le métier d’électricien. Il quitte ensuite son Finistère natal à la recherche d’emploi, et est contraint d’émigrer vers la capitale en 1924. Il fréquente rapidement le mouvement breton parisien, et notamment le Cercle Celtique de Paris. Dès 1928, l’idée de regrouper des sonneurs commence à germer. C’est en 1932 que l’association est créée, par : Hervé Le Menn, Marcel Audic (1906-1988), Dorig Le Voyer (1914-1987) et Yves Le Cann (1911-1998) dit Cheun ar Chann, neveu d’Hervé Le Menn.

L’objectif est dans un premier temps de fédérer les sonneurs bretons et de remettre à l’honneur leur musique. Devant la difficulté de regrouper les anciens musiciens, profondément individualistes, Hervé Le Menn décide de former des jeunes. Il recrute principalement chez les étudiants parisiens de la diaspora bretonne. Autre difficulté, le manque d’instruments, pour y pallier il se lance alors dans la fabrication d’instruments (binou, bombarde, cornemuse), il est à cette époque ajusteur aux tramways. La commercialisation des instruments débute dès 1936. Il formera au tournage entre 1932 et 1936 son jeune élève Dorig Le Voyer. L’action de la K. A. V. s’inscrit dans un grand mouvement de rénovation des arts bretons insufflé par les Seiz Breur.

Il semble que Dorig Le Voyer, qui commence lui aussi à produire ses propres instruments en 1937, quitte l’association à cette époque. Il fait alors équipe, lui à la bombarde avec Yann Goulet (1914-1999) à la cornemuse. Le duo fonde le groupe Nevezadur, avec Yves Le Voyer frère de Dorig, formant : des danseurs, des sonneurs, des cours de bretons y sont aussi donnés,  Dorig ne sonnant alors plus pour la K. A. V.

Jusqu’au début de la guerre, la K. A. V. se produit principalement dans la région parisienne, elle ne fait que quelques apparitions en Bretagne, au regret de son président. Elle arrive à rassembler entre cinq et dix sonneurs par sorties, les débuts sont difficiles.

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Source : https://www.facebook.com/BretaniaBzh/

La K. A. V. au sortir de la guerre, entre 1945 et 1949, les effectifs se sont multipliés, pas moins de 16 sonneurs sur cette vue. Hervé Le Menn, à l’extrême droite, avec sa cornemuse deux bourdons et son costume mod Plougastel,  en est toujours le président. Il démissionnera et quittera l’association en 1954, c’est Charles Pletsier (1923-197?) qui lui succède, le 3e en partant de la droite, à la cornemuse.

Sans titre

Lettre à entête de l’association – Hervé Le Menn – cornemuse (1899-1973) et Marcel Audic – bombarde (1906-1988)