La vielle à Perros-Guirec en 1885

Vielle Perros B

Vielle Perros DB

Document rare : une photographie datant de 1885, montrant à l’entrée du cimetière de Perros-Guirec un vielleux et un comparse, sur le côté un groupe d’enfants.

La scène
Aucun doute, on reconnait la forme caractéristique de l’église St-Jacques de Perros avec son clocher surmonté d’un dôme. Le vielleux est devant l’enclos paroissiale, au bas des marches, devant l’échalier menant au cimetière qui à cette époque est encore autour de l’église. Le vielleux de face semble bien être de petite taille, sur son coté un personnage assis parait l’accompagner, que fait-il ? Il ne regarde pas le photographe ? un chanteur ?
Sur la droite, un personnage en uniforme, regarde le vielleux et son comparse : un militaire, le garde champêtre ? A gauche, devant la grille d’entrée, un groupe d’enfants a été attiré par le musicien.

La vielle
Il s’agit d’une vielle plate, en forme de guitare, modèle le plus utilisé en Bretagne au XIXe siècle, avant l’arrivée des modèles de vielle ronde provenant de luthier du centre de la France. Comme le vielleux, la vielle me semble de petite taille ? Avis d’un spécialiste ?

Musicien du pays ou itinérant ?
S’agit-il d’une fête avec un musicien du pays ou d’un musicien de passage faisant la « manche » ?
La vielle est un instrument qui n’est pas inconnu dans la région. L’écrivain angevin René Bazin (1853-1932), note sa présence au pardon de Notre-Dame la Clarté Perros dans son roman Madame Corentine publié en 1893.
Guen fit le tour de l’enceinte de murs bas qui enveloppe la chapelle, ayant peine à se faire un chemin, à cause des hommes qui refusaient de se ranger. Ils étaient si nombreux, que le peu de bruit qui s’élevait de la place étonnait d’abord, pêcheurs pour la plupart ou paysans des paroisses voisines, vêtus de sombre, toutes les lignes anguleuses, le visage creusé de rides, l’œil fixe et froid, gardant, même aux jours de fête, la songerie du large et l’inquiétude du danger. Aux abords de la place, sur le seuil des portes, aux angles des routes, des mendiants demandaient l’aumône, dans une langue rauque. Il y en avait des grappes autour des brèches ouvertes dans l’enceinte de la chapelle, des êtres affreux de misère, tendant aux pèlerins dans une sorte de concurrence sauvage, leurs moignons, leur poitrine rongée de lèpre, des plaies mal bandées et saignantes. Des idiots, habillés de jupons, tournaient autour de leur bâton. Des joueurs de vielle raclaient des airs lugubres. Et tout au bout du tertre, le long de la pente qui descend vers Ploumanac’h, les marchands ambulants dressaient sur leurs tréteaux des piles de pains mous, de gâteaux mal levés, ou des mannequins pleins de poires et de prunes, cahotées, meurtries, mais jamais mûres.
De rares coiffes blanches glissaient dans cette cohue sans gaieté : les coiffes blanches emplissaient l’église.
René Bazin, écrivain, journaliste, essayiste est aussi l’auteur de nombreux récits de voyage, il parcourt la France entière. Son récit est précis et juste, tout porte à croire qu’il a assisté à cette scène.

Pour en savoir plus sur la vielle en Trégor lire l’article de Bernard Lasbleiz dans Musique Bretonne n°170 du 01/2002 pages : 32-35.

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