Les vielles Kerboeuf

Petit Bleu Article de Pascal Cayeux, extrait du Petit Bleu des Côtes d’Armor du 07/03/2018

Rencontre: A Plouër-sur-Rance, Audren Kerboeuf maintient la vielle en vie

Luthier à Plouër-sur-Rance (Côtes d’Armor), il exporte ses instruments partout dans le monde. Reconversion réussie pour cet informaticien. Qui entretient un savoir-faire familial.

Kerboeuf Petit Bleu 2018

Audren Kerboeuf dans son atelier de Plouër-sur-Rance où il rénove et fabriques des vielles à roue. Ses commandes arrivent de toute l’Europe, mais aussi du Brésil ou de Russie.

C’est un vieil instrument. L’instrument-orchestre, comme il est aussi surnommé, avec son clavier pour la mélodie et sa manivelle pour actionner la roue qui fait office d’archer sur les cordes. On en trouve les premières traces dès le IXe siècle, « il fallait être deux pour en jouer ».
La vielle a traversé les époques et les styles, de la musique baroque aux airs plus folkloriques et plus récents, d’Auvergne ou de Haute-Bretagne. Appareil du passé pas dépassé, la preuve puisqu’il s’en fabrique encore. Et parmi la poignée de fabricants qui subsiste en France, moins d’une dizaine, la marque Kerboeuf s’est taillé une belle réputation.

Bilan de compétences
Aujourd’hui, c’est Audren qui perpétue le savoir-faire familial. Qui ne remonte pas à la nuit des temps, mais à une trentaine d’années tout au plus, seulement serait-on même tenté de penser. On est en 1989, et Bernard Kerboeuf, ébéniste à côté de Saint-Brieuc (Étables-sur-Mer), accessoirement sonneur de bombardes, éprouve l’envie de tâter de la vielle à roue.
Sa passion pour l’instrument le poussera à en fabriquer une première, puis un peu plus tard à faire le choix professionnel de s’établir en tant que luthier dans le centre de la France, à La Châtre (Indre), ce coin du Berry où la vielle à roue est tout particulièrement populaire.
On imaginerait aisément le petit Audren traînant ses guêtres à longueur de journée dans l’atelier du parternel, s’imprégnant des moindres faits et gestes du luthier. Pas du tout. Bien que lui-même musicien, c’est plutôt dans les percussions qu’il s’éclate, en bagad ou en pipe-band. Mais aussi dans l’informatique, métier d’avenir…
« J’ai obtenu un Bac + 3 de web-master, puis j’ai été embauché comme chef de projet dans de grosses firmes, en Irlande puis dans le Nord de la France. Mais je ne m’éclatais pas… »
Il ose un bilan de compétences, dont le résultat sera sans équivoque : la filière qui lui conviendrait le mieux, c’est celle de l’artisanat d’art. Une surprise, y compris pour le principal intéressé.
« Je ne m’attendais pas à ça. Je ne savais pas vraiment vers quoi m’orienter, mais je savais par contre ce que je n’avais pas du tout envie de faire. L’artisanat d’art ? Pourquoi pas… J’ai tout de suite pensé à l’activité de mon père. »
À presque 30 ans, il se retrouve à passer en accéléré un CAP d’ébénisterie « avec des gamins de 15-16 ans, je vous assure que ça fait drôle », puis rejoint son père pour y apprendre la facture de vielle à roue en 2015.
Audren Kerboeuf a repris l’activité à son compte depuis le mois de septembre 2017, et l’a rapatriée en Bretagne pour l’établir dans son atelier de Plouër-sur-Rance, près de Dinan (Côtes d’Armor) :  « Un choix familial, ma compagne partageant son temps de travail entre Rennes et Saint-Malo ».

Un an de travail devant lui
Il est passé maître dans l’art de travailler l’érable ondé, le palissandre de Santos, l’épicéa du Jura ou le noyer français, principales essences utilisées pour la fabrication des vielles à roues. Tandis que chanterelles, sautereaux, bourdons et sympathiques, les cordes qui composent la vielle, n’ont plus de secret pour lui. Au point qu’il existe un son Kerboeuf, reconnu et apprécié des amoureux de l’instrument.
Ses commandes lui proviennent aujourd’hui de toute la France, mais aussi d’Italie, d’Espagne, des Pays-Bas, d’Angleterre et même du Brésil et de Russie, « j’ai un an de travail devant moi », se réjouit le jeune patron de 34 ans.
De la fabrication, mais aussi de la rénovation voulue par quelques collectionneurs, pièces de 1738 comme celle qu’il vient tout juste de retourner à son propriétaire, ou comme celle de 1752 à laquelle il va bientôt s’attaquer. Comme un clin d’œil du destin : c’est dans ces « monuments du passé » que l’ancien informaticien est en train de se tracer un avenir…

Pour retrouver sur Internet : http://www.vielleskerboeuf.com/

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