Tout va très bien Madame la Marquise

Gus Salaün, fier sonneur

Une anecdote sur le sonneur de Bannalec
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Si l’on connaît bien des éléments de la vie de Gus Salaün, il en est des péripéties qui auraient certainement sombré dans l’oubli sans les archives de presse. Qui se souvient, en effet, que le fameux sonneur de Bannalec avait refusé de doubler l’acteur Noël-Noël au biniou dans un film de 1936 ? C’est ce que nous rappelle un article du Nouvelliste du Morbihan daté de 1937. Pour qui en eût douté, cet entrefilet nous confirme que le sonneur ne manquait pas de caractère !
nouvelliste-morbihan-24-01-1937

Paru  le 24 janvier 1937, l’article du Nouvelliste du Morbihan ne délivre pas une information d’une grande fraîcheur mais le caractère piquant de celle-ci semble avoir justifié sa parution.

Tout va très bien Madame la marquise est un film de Henry Wulschleger, sortie à la fin de l’année 1936, sur un scénario d’Yves Mirande, Yves Le Querrec à l’état civil. Il met en scène un personnage nommé  Yvonnick Le Ploumanech, joueur de biniou du genre idiot du village ; le rôle est joué par Noël-Noël acteur vedette de l’époque. Yvonnick est engagé dans un music-hall parisien pour figurer dans une revue où il lui arrive de multiples péripéties, ce qui rappelle étrangement l’aventure de Mathurin Furic (Matilin an Dall) en 1847[1]. Finalement le sonneur ahuri revient au pays épouser sa fiancée  Annick.

Les scènes en Bretagne sont tournées en l’été 1936, à Penmarch, Concarneau, Pleyben… dès le tournage l’acteur Noel-Noel se défend de vouloir ridiculiser la Bretagne : la preuve il y vient chaque été en vacances, et l’auteur Yves Mirande est lui breton de Lannion  alors…

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Qualifié de film outrageant dans la presse bretonne, ce film suscita la polémique dès sa sortie le 4 décembre 1936, au cinéma du Moulin-Rouge à Paris. Deux députés bretons font scandale dans la salle provoquant son interruption. Il par la suite interdit de projection, par les maires dans des villes bretonnes comme à Vannes,  mais aussi dans des villes à forte émigration bretonne comme au Havre,  au motif que certaines scènes sont injurieuses pour la Bretagne et ses habitants.  Sans être un navet, ce film est ce que l’on peut appeler une bécassinerie, premier film du genre, d’ailleurs, le héros du film est surnommé « Bécassin » dans la presse. Il sera suivi en 1939 du « Bécassine », de Pierre Carron, interprété par Paulette Dubost, film du même tonneau qui subira les mêmes critiques.

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L’acteur Noël-Noël en sonneur de biniou

Les bretons manquent-ils d’humour ?

Mais revenons-en à Auguste, dit Gus Salaün, qui comme l’indique le sous-titre « avait de l’amour propre », refuse de participer à cette mascarade. Issu d’une famille de sonneurs de Bannalec : père, grand-père, frères, tout le monde sonne. Il est à cette époque considéré comme le virtuose de la bombarde.  Polig Monjarret admiratif, regrettera cependant de l’entendre jouer des airs comme « Perles de Cristal » ou « la Tyrolienne », pour des touristes en mal de dépaysement.
Gus est entre les deux guerres de toutes les manifestations folkloriques (Quimper, Pont- l’Abbé, Douarnenez, etc…), congrès bardique, Bleun-Brug, congrès de l’U. R. B., participe à de nombreux concours, sonne dans de nombreuses noces et… tient un café au bourg de Bannalec.
En 1931, avec son compère : Fañch Bodivit (1886-19363), de Fouesnant, il enregistre effectivement quatre disques au format de l’époque, les 78 tours chez Odéon.  Avait-il pour autant un contrat avec cette maison de disque ?
Certainement non, mais  les bretons c’est bien connu ont du caractère.
Les anecdotes sur ce sonneur décédé en 1977, sont nombreuses et bien connues  de la jeune génération des années 1970 qui on eu la chance de le rencontrer.  Cette savoureuse petite histoire relevée dans la presse, ne fera que rajouter à son aura.
Finalement, si Auguste avait accepté de figurer dans ce film, nous aurions aujourd’hui un témoignage supplémentaire sur les sonneurs de l’ancienne génération, mais on ne refait pas l’histoire…

[1] Le sonneur fut recruté pour figurer dans une pièce joué au théâtre de l’Ambigu-Comique à Paris en 1847.

Kristian Morvan,  Musique Bretonne, n°220, mai 2010, pp. 38-39.

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