Gourin 2016

1956-2016, soixante ans du concours de sonneurs
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4ème trophée consécutif pour les sonneurs bigoudens Julien Tymen (bombarde) & Michel Kerveillant (biniou). Saluons les organisateurs d’avoir mis le concours de koz en plein air.

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Un coup de cœur pour le couple Gwenn Trimaud (bombarde) & Vincent Beliard (biniou) pour leur ridée hypnotique.

Saint-Brieuc, 1881

Le premier concours de biniou

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Les renseignements sur ce concours sont rares : le nombre de concurrents, la composition du  jury, le montant des prix, le classement ? Ce concours a été pourtant largement annoncé dans la presse locale sur toute la Bretagne. Il est organisé dans le cadre d’un grand concours régional agricole, avec : fête nautique, courses de chevaux, bal champêtre, concours hippique, bal… et concours musicaux d’orphéons, fanfares, harmonies, et binious !
« La ville de Saint-Brieuc ouvre un concours d’orphéon, de fanfares, d’harmonies et de binious fixé au dimanche 26 juin 1881. La lutte ouverte entre les hautbois, binious et tambourins, donnera à ce concours un attrait d’un nouveau genre. Cette innovation, tout à fait locale, ne manquera pas d’attirer à St-Brieuc un grand nombre de sociétés et d’auditeurs, qui pourront profiter de cette circonstance pour visiter les côtes de Bretagne et voir dans leurs costumes nationaux les musiciens populaires de cette région pittoresque. » (Journal de Lannion, 21/04/1881)

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Journal de Tréguier, 11 juin 1881

Cet article annonce « Une quarantaine d’exécutants inscrits » aux concours de binious ce qui parait bien improbable.

J’ai trouvé aux Archives de la ville de St-Brieuc le règlement de ce concours.
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Le règlement tel qu’il est publié pose plusieurs problèmes :
– Il y aurait eu un concours de bombardes seules en deux catégories avec ou sans clef ?
Cette partie est étonnante, pour moi les organisateurs, peu aux faits des instruments utilisés par les sonneurs, semblent confondre hautbois « classique » et bombarde bretonne.
– Suivi, d’un concours de couple bombarde et biniou mais là encore en deux catégories : doigté de cinq et de sept ?
Que veut dire ce doigté de cinq ? la bombarde comme le biniou se jouant avec sept doigts.
– En fin, un concours de trio biniou, bombarde et tambour qui lui ne pose pas de problème. Comme le répertoire qui impose d’exécuter cinq airs de ronde et cinq airs de dérobée ce qui correspond bien au répertoire de danses des sonneurs de la région.

Ce concours musical ne semble pas avoir remporté un grand succès quel que soit les catégories. « Les sociétés qui sont venues à St Brieuc ne sont pas nombreuses, mais la qualité a largement remplacé la quantité« , quatre musiques sont classées : Laval, Lamballe et deux de Guingamp. Quant au concours de biniou, aucune trace, aucun classement n’est publié dans la presse. Je n’ai retrouvé la trace que de deux couples ayant participé.

Jean Guillerm et son compère de Belle-Isle-en-Terre
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Nous possédons deux documents prouvant la participation de Jean Guillerm son diplôme, et sa médaille du concours.
Guillerm a fait ce concours avec un compère, je n’ai pas retrouvé son nom. Nous lui connaissons trois compères, trois sonneurs de clarinettes. Aurait-il fait le concours avec un compère à la clarinette ? Je n’ai pas de trace de sonneur de bombarde l’accompagnant.

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Diplôme de Jean Guillerm, en très mauvais état, du concours de St-Brieuc

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La médaille du concours de St-Brieuc sur laquelle il est inscrit République Française / Ville de St Brieuc 1881 et, gravé à la main : Guillerm. Cette médaille J.-V.Guillerm l’arborait fièrement en haut d’un des bourdons de sa cornemuse.

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 Première photo  connue de Guillerm à la cornemuse, avec un de ses compères à la clarinette. Cette vue a été prise entre 1884 et 1899.

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Tampon de J.-V. Le Guillerm, « tambour de ville » et premier bag-pipeur breton connu.

Les frères Péron

Un autre couple participant à ce concours nous est connu grâce à cet article de presse :

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Le Finistère, 6 juillet 1881

Le couple annoncé comme vainqueur est les frères Péron, originaires de Châteaulin. Ils nous sont un peu plus connus grâce à une étude menée par un descendant Vincent Soubigou (1).  L’un des deux frères est Lambert Péron (1858-1900) à la bombarde, cordonnier de métier. Il participe à trois des tous premiers concours de sonneurs organisés : St Brieuc (1881), Paris (1889) et Brest (1895). L’autre frère Péron et donc au biniou, est pour l’instant non identifié. Il pourrait s’agir de Guillaume ou de Jean-Marie, tous les deux plus âgés que Lambert et tous les deux cordonniers à Châteaulin. Un article de presse nous enseigne sur les prix attribués à ce concours : « Le 26 juin 1881, au concours régional de Saint-Brieuc, M. Péron et son frère, décédé depuis, avaient obtenu un sac sarclé d’argent, un diplôme d’honneur, une médaille d’argent et une prime. » (Le Bas-Breton, 6 juillet 1889)
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Lambert Péron (1858-1900) sur la photo des concurrents du Finistère au concours de Brest du 4 aout 1895. On remarque que le sonneur porte sur son chupenn ses médailles remportées aux précédents concours.   L’Illustration n° 2788, 17 aout 1895, p. 145.

 Au moins deux couples de concurrents se présentent donc à ce concours. Le paradoxe est qu’il n’y a pas de couple biniou & bombarde à demeure dans le pays de Saint-Brieuc. Les plus proches sont au moins à 30 km plus au sud : Gausson, La Motte, Uzel et ensuite Loudéac. Le pays de St Brieuc semble avoir eu des couples de sonneurs à la révolution, les comptes rendus des fêtes révolutionnaires en apportent le témoignage. Mais depuis la Restauration à chaque fois que des villes comme : St Brieuc, Moncontour, Quintin, Lamballe, Chatelaudren…, organisent des grandes fêtes (courses hippiques, pardon, régates, 14 juillet, expositions…), elles font venir des sonneurs de binious et bombardes de Loudéac, voir de plus loin comme en 1838 à St Brieuc avec Matilin an Dall qui vient de Quimperlé. Dans le pays de St Brieuc l’instrument le plus utilisé est la vielle quelques fois en duo avec la bombarde et ensuite la clarinette.

L’annonce du concours montre bien l’objectif des organisateurs qui est de présenter aux touristes de l’exotisme. Le bord de mer et les musiciens locaux « dans leurs costumes nationaux » sont présentés comme les atouts de cette région pittoresque. Pourtant ce premier concours semble bien avoir été un échec, par manque de préparation et méconnaissance des musiques populaires locales, mais ce n’est que partie remise.

(1) Soubigou, Vincent, Lambert Péron – Illustre sonneur de la fin du XIXe siècle, Musique Bretonne, n° 247, Avril 2016, pp. 32-40.
(2) Jouyau Pierre-Yves, « Le facteur mène l’enquête » ArMen, n° 167, 11-12/2008, pp. 36-39.

Concours de sonneurs

Concours de sonneurs, une déjà longue histoire.

Vous trouverez ci-dessous une ébauche de liste récapitulative de tous les concours de biniou que j’ai recensés depuis leurs apparitions en 1881. La période plus récente du renouveau depuis la création de la B. A. S. (Bodadeg ar sonerion), sera complétée  par la suite. Je vais rajouter dans un second temps quelques concours d’accordéons et de clarinettes & violons du pays Gallo. Le classement et divers documents se rattachant va être rajouté pour chaque concours.

Date – Commune – Organisation – Nombre de couple participant / classé
1881 Saint-Brieuc (22) – Concours musical – 2 (classés)
1889 Paris (75) – Concours de musiques pittoresques – 1 (participant)
1892 Vannes (56) – Concours musical – (60 ou 64 participants) – 5 (classés)
1894 Pontivy (56) – Exposition municipale – 5 (classés)
1895 Brest (29) – Concours musical – (42 + 1 participants) – 42 (classés)
1899 Vannes (56) – URB* – 38 (participants) – 10 (classés)
1901 Quimperlé (29) – URB* – 23 (participants) – 8 (classés)
1902 Auray (56) – URB* – ? (participants) – ? (classés)
1903 Pontivy (56) – Fêtes de Pontivy – 3 (classés)
1904 Gourin (56) – URB* – 7 (classés)
1905 Brest (29) – Fêtes musicales – 6 (participants) – 4 (classés)
1905 Pont-Aven (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs – 10 (participants) – 5 (classés)
1905 Ploërmel (56) – Fêtes des courses
1906 Brest (29) – Exposition Brest – ? (classés)
1906 Baud (56) – Exposition Baud – ? (classés)
1906 Carnac (56) – URB* – 20 (participants) – 6 (classés)
1907 Rostrenen (22) – URB* – 4 (participants) –  4 (classés)
1907 Pont-Aven (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs –  10 (participants) – 4 (classés)
1907 Pontivy (56) – Fêtes de Pontivy – 7 (classés)
1908 Pouldu (29) – Fêtes du Pouldu – ? (classés)
1908 Quimper (29) – Fêtes de Quimper – 8 (classés)
1909 Pluméliau (56) – Fêtes de Pluméliau – 3 (classés)
1909 Quimper (29) – Fêtes de Quimper – 7 (classés)
1909 Locminé (56) – Fêtes de Locminé – 8 (classés)
1909 Douarnenez (29) – Fête des Mouettes – 6 (participants) – 6 (classés)
1910 Dinard (35) – Fête Bretonne – 3 (classés)
1910 Douarnenez (29) – Fête des Mouettes – 3 (classés)
1912 Redon (35) – URB* – 8 (classés)
1913 Brest (29) – Fêtes de Brest – 6 (classés)
1913 Hennebont (56) – FRB** – 6 (classés)
1913 Pont-Aven (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs – 5 (classés)
1913 Vannes (56) – URB* – 3 (classés)
1913 Loudéac (22) – Fêtes de Loudéac – 3 (classés)
1913 Quimperlé (29) –  ? – 5 (classés)
1919 Lorient (56) – Fêtes de Lorient – 2 (classés)
1921 Huelgoat (29) – Fêtes Bretonnes – 4 (classés)
1921 Penmarc’h (29) – Fête des Cormorans – ? (classés)
1922 Bieuzy-les-Eaux (56) – Fêtes Bieuzy-les-Eaux – 3 (classés)
1922 Pontivy (56) – URB* – 3 (classés)
1922 Carnac (56) – Pardon des Menhirs – 4 (classés)
1923 Penmarc’h (29) – Fête des Cormorans – ? (classés)
1923 Plouay (56) – Fêtes de Plouay – 6 (classés)
1923 Lorient (56) – Comice Agricole – ? (classés)
1923 Carnac (56) – Pardon des Menhirs – ? (classés)
1923 Locminé (56) – Comice Agricole – ? (classés)
1923 Quiberon (56) – Comice Agricole – 3 (classés)
1923 Loudéac (22) – FRB** – ? (classés)
1923 Pont-L’Abbé (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs – ? (classés)
1924 Lorient (56) – Fêtes de la Victoire – 5 (classés)
1924 Pont-L’Abbé (29) – ? (organisation) – ? (classés)
1924 Carnac (56) – Pardon des Menhirs – 4(classés)
1924 Pont-Aven (29) – Pardon des Fleurs d’Ajoncs – ? (classés)
1925 Carnac (56) – Pardon des Menhirs – ? (classés)
1925 Moncontour (22) – Fêtes de Moncontour – 2 (classés)
1926 Trinité-sur-Mer (56) – Régates – ? (classés)
1926 Guénin (56) – Comice Agricole – ? (classés)
1929 Lignol (56) – ? (organisation) – ? (classés)
1929 Bieuzy-les-Eaux (56) – Fête de Bieuzy-les-Eaux – 3 (classés)
1931 Le Faouët (56) – Fêtes de Le Faouët – 5 (classés)
1932 Guénin (56) – Comice Agricole – 4 (classés)
1932 Vannes (56) – Fêtes du centenaire – ? (classés)
1932 Languidic (56) – Comice Agricole – 4 (classés)
1936 Trinité-sur-Mer (56) – Régates – 2 (classés)
1937 Plougastel-Daoulas (29) – Blun-Brug – ? (classés)
1937 Plozévet (29) – Plozevet – 10 (classés)
1937 Carnac (56) – Pardon des menhirs
1938 ? – Blun-Brug – 2 (classés)
1939 Melrand (56) – Fêtes de Melrand – 4 (classés)
1939 Quimper (29) – Blun-Brug – ? (classés)
1949 Quimper (29) – Fêtes de Cornouaille
1957 Gourin (56) – Bodadeg ar sonerion
1958 Quimper (29) – Fêtes de Cornouaille

URB* : Union Régionaliste Bretonne
FRB** : Fédération Régionaliste de Bretagne

Biblio :
DEFRANCE Yves, « Les concours de biniou sous la IIIe République ou la naissance du spectacle folklorique », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1987, t.116, p. 191-209.
Ouvrage collectif, Musique traditionnelles de Bretagne – Concours, joutes et rencontres, Musique et danses en Bretagne, 2006.
RIVALLAIN, Yann, « Le championnat de Bretagne des sonneurs« , ArMen n° 141, 07/2004, pp. 10-17.

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Thomen, Raoul (1876-1950)

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Les frères Caouissins Ronan (1913-2003) et Herry (1914-1986) font l’acquisition en novembre 1939, grâce à l’aide de l’abbé Perrot, d’une imprimerie à Landerneau. Elle sera baptisée « Imprimerie du Léon ». Fortement impliqués dans le mouvement breton, les deux frères ont l’idée de lancer un journal illustré pour les jeunes bretons. Il nait en juillet 1940, son nom sera Ololê (appel que se lançaient autrefois les pâtres bretons) il paraitra sans interruption de novembre 1940 à mai 1944, soit 130 numéros.
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C’est rapidement un succès, son tirage culmine à près de 20 000 exemplaires; La raison de sa réussite est principalement sa qualité, Herry Caouissin qui travaillait  dans les années 1930 à Paris comme journaliste dans des journaux catholiques comme Cœurs Vaillants, reprend les ingrédients du grand hebdomadaire pour la jeunesse.  Ololê comblera un vide, dès 1940, Cœurs vaillants étant interdit en zone occupée. Rédigé presque entièrement en langue française, Ololê est d’abord catholique, avec comme leitmotiv « Doue ha Breizh » (Dieu et Bretagne). Il se donne pour ambition de faire connaitre l’histoire de la région et de ses traditions aux petits bretons par le jeu, la bande dessinée, des romans et des illustrations.
Herry et Ronan Caouissin contactent des auteurs connus comme :  Le Rallic, Thomen, Lortac, Moriss, Rémy Bourles, Cuvilliern Benjamin Rabier, Jobbé Duval, mais aussi des dessinateurs bretons : Micheau Vernes, Patrick Peron, Xavier Haas, Xavier de Langlais… Ololê publiera aussi le premier album d’Hergé « Tintin au pays des soviets » édité en 1929, dénonçant ainsi le bolchévisme.

Les aventures du Matilin an Dall

Les frères Caouissin veulent avec le personnage de Matilin (1789-1859), sonneur de bombarde de Quimperlé entrer dans la légende, montrer la tradition bretonne dans ce qu’elle a de plus rayonnante. Le dessin de Raoul Thomen rend une aventure légère, humoristique, quitte à s’éloigner de la vérité historique. Le personnage de Matilin vient en opposition à la Bécassine de Pinchon édité par Gautié-Languereau, qui connait à cette époque un énorme succès.

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La première planche des aventures de Matilin parait le 8 juin 1941 dans le n° 26 d’Ololê.
Première
Raoul Thomem (1876-1950) est un artiste peintre, illustrateur et aussi dessinateur de bande dessinée belge. Il est surtout connu pour avoir créé en 1921 pour le journal Cri-Cri, « Les Aventures acrobatiques de Charlot », qui se poursuivent jusqu’en 1939 dans Boum !, L’As et L’Épatant.
L’idée d’une bande dessinée sur le célèbre sonneur, ou plutôt d’une histoire en images comme on dit à l’époque, agrémentée de quelques bulles, revient à Herry Caouissin. C’est grâce à la documentation fournie par Herry (livres et cartes postales) que Thomen réalise les Aventures de Matilin; leur collaboration se fait par courrier.
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En 1942, parait un album cartonné reprenant les 17 planches, pré-publiées dans Ololê, dans In-4 à l’italienne, en deux versions l’une en Français et l’autre en Breton.
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Le second épisode des aventures de Matilin se veut pédagogique : la fée Gwennigel, d’un coup de baguette magique, transporte Matilin dans le livre d’Hersart de la Villemarqué, le Barzaz Breiz, afin de le faire voyager dans le temps et participer ainsi aux grands évènements de l’histoire bretonne.
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Le recueil de planches est publié en 1943 dans un album de 32 pages en n&b et couleur, couverture souple.
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La bande dessinée d’Ololê, publiée en 1942 et 1943, est pour beaucoup dans le renouveau de l’intérêt porté à Matilin qui conduira, quelques années plus tard, à des recherches sérieuses et documentées.

Biblio :
Michel Denis, Ololê un illustré breton sous l’occupation, Le collectionneur de Bandes Dessinées, n° 83, été 1997, pp. 33-39.
Bernard de Parades, Christian Morvan, Fañch Postic et Patrick Malrieu, Matilin an Dall, naissance d’un mythe, Éditions Les Amis de Bernard de Parades, 2003. 252 p.
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