Névénoé

Coopérative utopique 1973 – 1980

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En 1973, en Bretagne, Gérard Delahaye et Patrik Ewen fondent Névénoé, une coopérative musicale. Le principe : les bénéfices récoltés par la vente des disques seront réinjectés dans la création, et de chaque disque jailliront d’autres disques : ils sont six à choisir, et prennent leurs décisions à l’unanimité.
Dans l’après mai 68 et le bouillonnement culturel breton avec comme slogan « Vivre et travailler au pays », des musiciens influencés à la fois par le revival folk, la tradition bretonne et les Beatles. Le temps d’un rêve partagé, une dizaine de 33 tours et autant de 45 verront le jour. La courte discographie de Névénoé mélange les incantations poétiques de Melaine Favennec, les broderies énigmatiques de Kristen Noguès, le blues onirique de Gérard Delahaye, les psalmodies rageuses du poète Yvon Le Men, le rock en breton de Storlok mêlant poésie et expérimentation et Annkrist chanteuse sans concession.

Névénoé, c’est 13 albums 33 tours et huit 45 tours produits, allant du rock au traditionnel, du jazz à la chanson, en passant par la poésie… Loin d’être le plus prolifique des nombreux labels des années vinyles qui ont diffusé la matière musicale bretonne, Névénoé reste certainement le plus créatif. C’est à cette courte histoire, que ce livre bien documenté, rend hommage.

L’histoire des nombreux labels bretons de l’époque du disque vinyle : Mouez Breiz, Kelenn, Droug, Diskan, ArFolk, Velia, Keltia, Dastum… reste encore à écrire.

Les auteurs : Olivier Polar, Arnaud Le Gouëffec et Alain-Gabriel Mono.
Les Éditions de Juillet, 192 pages.

Simon Émile (1890-1976)

Le repos des musiciens

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Magnifique toile composée dans un jeu d’ombre et de lumière de 1936 d’Émile Simon (1890-1976) conservée au Manoir de Squividan à Clohars-Fouesnant (29).

Prix de Rome en 1912,  classé comme un post impressionniste, il est un véritable ethnologue de la Cornouaille qu’il parcourt de 1925 à 1976. Émile Simon a été le peintre de cette Bretagne de l’entre-deux guerres, notamment dans la région du Cap Sizun et du Pays Bigouden. Il puise son inspiration auprès des ruraux et dans les fêtes religieuses. Sa production est impressionnante, elle est estimée à  2500 toiles.

 

Mortimer Menpes (1855-1938)

The blind piper

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« The Blind Piper » est le titre de ce pastel en illustration du livre de Dorothy Menpes, Brittany, Adam & Charles Black, London, 1905. L’édition de 1912 est disponible : ICI.

Mortimer Menpes (1855-1938) est un artiste d’origine australienne, qui résidait à Londres. Il a beaucoup voyagé : Japon, Afrique du Sud, l’Inde et toute l’Europe, ses illustrations seront régulièrement publiées dans des livres de voyage. Ami du peintre Whistler qu’il a rencontré lors d’un voyage en Bretagne en 1880, il s’est installé alors à pont-Aven pour trois ans. La famille Menpes va revenir à Pont-Aven au début des années 1890, quand sa fille Dorothy a dix ans et y séjournent encore un moment. C’est à l’occasion d’un autre voyage, à l’âge adulte que Dorothy écrit « Brittany », se servant des illustrations de son père et de ses souvenirs d’enfance.

Cette illustration d’un joueur de flûte aveugle faisant « la manche » est placé dans un chapitre sur Quimperlé. Le costume des femmes en arrière plan peut effectivement le faire penser. Le texte qui accompagne l’image n’apporte pas d’information sur cette scène.

La position de jeu, le fait que le musicien soit aveugle, le même chapeau sur l’avant bras droit pour faire la manche fait penser à cette photo du peintre Étienne Bouillé (1858-1933) prise dans son atelier à Guingamp dans les années 1890. En gros plan, on distingue bien les yeux vitreux de l’aveugle. Il existe une deuxième vue de cette séance photo, sous un autre angle, où l’on voit la canne de l’aveugle accrochée sur son avant bras gauche comme sur le pastel de Menpes.

Pier-Bouille Pour plus d’Info sur cette photo : Ici

Même, s’ils sont tous les deux en sabots, et portent le même chapeau, pour moi il ne s’agit pas du même musicien. Sur la photo, Pier an Dall, le flûtiste est nettement plus âgé. Menpes a-t’il croisé Pier an Dall, d’autant plus comme le montre le livre de sa fille, il visite Guingamp ?

En conclusion, soit le peintre exécute librement sont œuvre ne cherchant pas à reproduire une scène vue, ou plus probablement il a effectivement vu ce « fluteux » ou « flutiste » en Bretagne. Cette probabilité induit que la présence de flûte traversière dans les rues bretonnes à la fin du XIXe siècle n’était peut être pas exceptionnelle ?